
Faire de la République Démocratique du Congo une économie qui produit, transforme et exporte davantage. C’est l’ambition du gouvernement Suminwa II, dévoilée par le ministre Justin Kalumba. À l’occasion de l’exercice de redevabilité du deuxième exécutif du second mandat du président Tshisekedi, le patron des PME et de l’Industrie a détaillé les principaux chantiers engagés dans les deux secteurs. De la relance des zones économiques spéciales au financement des projets industriels, en passant par la formation de la jeunesse et la protection de la propriété industrielle, Kalumba a tout brossé, confirmant au passage la détermination du gouvernement à placer l’industrialisation au cœur de la transformation économique du pays.
Selon lui, ce changement de cap destiné vise à sortir progressivement la RD-Congo d’un modèle largement dépendant des importations pour privilégier désormais la production et la transformation locale. Dotée d’importantes ressources naturelles susceptibles d’être transformées sur son propre territoire, la RD-Congo passe pourtant comme un importateur de premier plan des produits finis. Un paradoxe auquel s’attaque désormais le gouvernement afin de rompre avec ce modèle économique où les matières premières sont exportées avant d’être transformées ailleurs, avec une partie substantielle de la valeur ajoutée créée hors du pays. «Produire davantage localement, transformer davantage et créer de la valeur en RD-Congo» constitue, en substance, la ligne défendue par le ministre Kalumba, qui veut voir l’industrie RD-congolaise répondre aux besoins du marché intérieur tout en se positionnant sur les marchés régionaux et internationaux.
Maluku comme pilier de l’industrialisation et le FPI en catalyseur
Pour concrétiser cette ambition, Justin Kalumba compte s’appuyer en grande partie sur la Zone économique spéciale de Maluku. La plateforme accueille actuellement 16 entreprises, dont plusieurs sont déjà opérationnelles. À ce jour, 250 millions de dollars y ont été investis, notamment pour la production de boissons non alcoolisées et de boissons en canette. À terme, Maluku doit devenir lla plaque tournante de la sous-région avec des productions réservées à l’exportation. En annonçant la conquête prochaine des marchés outre frontières, le ministre Kalumba a également évoqué la connexion des pôles industriels aux grands axes de transport. Selon lui, des corridors industriels articulés autour du corridor de Lobito et du corridor de l’Ouest -Kongo Central- doivent être constitués afin de faciliter l’acheminement des matières premières et des produits finis et d’améliorer l’attractivité du pays auprès des investisseurs.
Dans ce vaste chantier, le Fonds de promotion de l’Industrie -FPI- devrait servir de fer de lance. L’établissement intervient aujourd’hui dans quinze provinces et a mobilisé plus de 171 millions de dollars cette année pour différents projets. Mais dans l’offensive voulue par le ministre, le FPI devrait plus accéder à des financements pour les études de faisabilité, «préalable indispensable à la mobilisation de capitaux internationaux, bancaires, bilatéraux ou multilatéraux». «Sans étude sérieuse, il est difficile de convaincre un investisseur», a résumé le ministre, qui veut faire de ces études une véritable boussole pour les grands projets industriels. Le dossier des créances du FPI constitue toutefois un point de vigilance. Pas moins de 350 millions de dollars du FPI se trouvent aujourd’hui entre les mains des débiteurs défaillants. Ces derniers ont reçu un ultimatum pour régulariser leur situation, faute de quoi des mesures seront prises.
Toute cette architecture d’industrialisation devrait permettre au gouvernement d’émuler le marché d’emplois dans un pays où le chômage reste un vrai défi de société. Déjà, les premiers résultats sont visibles. En 2024, les unités industrielles recensées auraient généré environ 30 000 emplois, selon les chiffres présentés par le ministre. À Maluku, les projections atteignent près de 10 000 emplois directs. Trois hectares de la zone ont été réservés à la formation professionnelle afin d’adapter les compétences disponibles aux besoins des entreprises. Une autre entreprise installée sur le même site prévoit un recrutement 600 jeunes RD-Congolais comme stagiaires, avant la fin de l’année. Parmi eux, une centaine pourraient ensuite être retenus sous contrat à durée indéterminée.
À Kin-Malebo, autre pôle industriel en développement, 25 entreprises sont en cours d’installation. Les investissements annoncés atteignent 250 millions de dollars et pourraient générer jusqu’à 5 000 emplois directs, sans compter les emplois indirects.
Répliquer les success-stories de Maluku et Kin-Malebo à travers le pays
Loin de s’arrêter à Kinshasa, l’ambition d’industrialisation devrait atteindre le Congo profond très prochainement. Une zone économique spéciale est notamment prévue pour la chaîne de valeur des batteries, les précurseurs de batteries et les véhicules électriques. Deux autres zones manifestent également leur intérêt pour ce modèle. Pour le gouvernement Suminwa II, cette réplication des Zones économiques doit servir d’incitateur. Le ministre s’est d’ailleurs félicité de voir des entreprises jadis spécialisées dans l’importation changer de fusil d’épaule pour opter pour la transformation locale.
Dans un pays où la jeunesse représente entre 60 et 70% de la population, cette révolution est bien plus qu’une aubaine. Pour plus d’impact, Justin Kalumba entend faire de la formation et de l’entrepreneuriat deux maillons de la chaîne de la politique industrielle. Formation professionnelle, écoles techniques, incubateurs, entrepreneuriat et emploi doivent, selon lui, être davantage articulés afin de faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs industriels. Plus poussé, le ministre rêve de voir l’entrepreneuriat être enseigné dès le primaire, avec l’objectif de développer plus tôt la culture de l’innovation et de la création d’entreprises.
Ce vœu s’inscrit dans une ambition plus large, celle d’avoir une planification cohérente avec les capacités financières de l’État. Pour y arriver, les PME travaillent en synergie avec le ministère du Plan.
À travers ces différents chantiers, Justin Kalumba défend ainsi une transformation qui ne se limite pas à multiplier les unités de production, mais qui projette de faire émerger une industrie RD-congolaise capable de créer davantage de valeur sur place, de générer des emplois et de positionner progressivement la RD-Congo dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
WIDAL

