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RDC : Dr. Denis Mukwege crève l’abcès et exige justice pour les victimes de la guerre dans l’Est

La déclaration conjointe du gouvernement RD-congolais et du mouvement armé AFC/M23, soutenu par le Rwanda, exprimant leur volonté d’œuvrer à la conclusion d’une trêve ne cesse de susciter des réactions. Pour le Docteur Denis Mukwege, ces engagements, même s’ils soulèvent l’espoir d’avancer vers une désescalade en vue de faire taire les armes, soulève de nombreux questionnements. Dans une déclaration datée du vendredi 25 avril 2025, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 a fait savoir que la Résolution du 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 21 février 2025, exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel et le retrait des troupes rwandaises de la RD-Congo ainsi que la fin de leur soutien au M23.

A l’en croire, il n’y a donc a priori pas à ajouter d’autres conditions pour assurer la mise en œuvre effective de cette résolution, qui est une source de droit international s’imposant à tous les États, et qui doit être au cœur des efforts en cours pour sortir de la crise et mettre fin à l’agression de l’armée rwandaise d’occupation et à l’activisme de ses alliés.

Et de rappeler: «deuxièmement, si les annonces faites par les parties vont dans le sens de la conclusion d’une trêve, qui serait une nouvelle positive, il sied de rappeler ici qu’une demi-douzaine de trêves et cessez-le-feu ont été signés dans le cadre des processus de Luanda et de Nairobi, aujourd’hui fusionnés, pour être ensuite systématiquement rompus, démontrant la mauvaise foi flagrante des forces d’agression et d’occupation, qui se sont distinguées par leur mépris constant pour la Charte des Nations unies, leur défiance continue face aux condamnations répétées de la Communauté internationale, et leur recours à la stratégie du «talk & fight».

Le Prix Nobel de la paix a estimé que les pourparlers de paix facilités par l’État du Qatar et la facilitation américaine demeurent largement «opaques», alors que, a-t-il mis en évidence, la transparence est de mise pour rétablir la confiance et avancer vers une feuille de route crédible aux yeux de populations fatiguées par les manœuvres de l’ombre, souvent dictées par des intérêts économiques et financiers étrangers à ceux de la population RD-congolaise.

«Pour ces différentes raisons, même si nous sommes en faveur des efforts visant à la désescalade pour arriver à un cessez-le-feu et faire taire les armes, nous demeurons circonspects suite à la publication des récentes déclarations, car ceux qui cherchent à restaurer la paix dans l’Est de RD-Congo ne doivent pas perdre de vue non seulement que ce conflit armé est en grande partie international, mais aussi qu’il dure depuis des décennies, a provoqué la mort et le déplacement de millions de personnes, la commission de crimes internationaux les plus graves et l’une des catastrophes humanitaires la plus dramatique du monde, et ne peut par conséquent pas se satisfaire de solution a minima», a-t-il fait savoir.

Une meilleure coordination multilatérale des efforts de paix

Par ailleurs, il a indiqué qu’il est temps d’assurer une meilleure coordination multilatérale des efforts de paix, car, d’après lui, la multiplication d’initiatives éparses n’offre pas de gage sérieux pour mettre fin aux hostilités dans l’Est de la RD-Congo ni pour restaurer la stabilité dans la région des Grands lacs africains. Tout en précisant que la désignation par l’Union africaine -UA- du Président togolais Faure Gnassingbé, le 12 avril, doit donc être soutenue pour redynamiser et harmoniser les efforts déployés par les Etats et les institutions partenaires de la RD-Congo pour consolider une sortie de crise durable.

Dr Denis Mukwege a estimé qu’à l’exception de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération, signé en 2013, les précédents accords de paix ont systématiquement été motivés par des intérêts à court terme en ayant recours à des amnisties, à des promotions de seigneurs de guerre au sein des institutions de l’État et à l’intégration d’éléments de groupes armés dans les forces de défense et de sécurité RD-congolaises, en sacrifiant la paix sur l’autel de la justice. «La population RD-congolaise a déjà pu faire le constat amer qu’à la fin, ils n’ont obtenu ni la paix, ni la justice, et ces politiques ont eu un effet désastreux sur la protection des civils tout en créant un contexte propice à la répétition des conflits et des atrocités de masse», a-t-on lu dans cette déclaration.

Ainsi, il a réaffirmé qu’aucun État n’est au-dessus du droit international qui a aussi vocation à s’appliquer en RD-Congo et dans la région des Grands lacs africains. Et de poursuivre: «toutes les échelles de responsabilités -nationales, régionales et internationales- doivent être établies pour rendre justice aux victimes et briser le cycle vicieux de la violence et de l’impunité».

Puis: «c’est dans ce contexte que nous poursuivons notre plaidoyer pour l’adoption et la mise en œuvre d’une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle en RD-Congo que nous avons salué le 7 février 2025 la décision du Conseil des Droits de l’homme des Nations unies de créer une mission d’établissement des faits et une commission d’enquête indépendante sur les graves violations commises dans l’Est de la RD-Congo et que nous avons bien bonne note de la déclaration faite par Karim Khan lors de sa dernière visite à Kinshasa où le Procureur de la Cour pénale internationale -CPI- avait à juste titre souligné qu’’aucune partie au conflit n’avait un chèque en blanc’’ pour la commission de crimes relevant du Statut de Rome», a-t-il plaidé.

Si la Communauté internationale a été longtemps apathique face à la tragédie RD-congolaise et que les réponses diplomatiques sont demeurées souvent soit inexistantes, soit timides, a-t-il estimé, parce que la pression a été croissante depuis l’offensive majeure de l’armée rwandaise et de l’AFC/M23 et l’expansion territoriale rapide des forces d’occupation en janvier/février 2025. Et de renchérir: «les Etats-Unis et l’Union européenne ont adopté des mesures restrictives et d’autres États ont suspendu leur aide internationale au Rwanda, illustrant un début de prise de conscience, tardive mais nécessaire, de la gravité des violations des droits humains et du droit international, commises en RD-Congo, mais aussi du rôle déstabilisateur du régime de Kigali dans la région».

Le Prix Nobel de la paix a, en même temps, soutenu que la crise en RD-Congo comporte également une dimension interne, les initiatives en cours doivent d’abord mettre fin à la dimension internationale du conflit pour ensuite trouver des solutions intra-congolaises, dans l’esprit des démarches initiées par la CENCO et l’ECC avec le Pacte social pour la paix.

Hénoc AKANO

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