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RDC: Dorley Matumona dézingue le discours de Kabila

Le premier discours de Joseph Kabila depuis son départ du fauteuil présidentiel, en janvier 2019, alimente les débats publics, trois jours après sa diffusion sur YouTube, vendredi 23 mai. Au parti présidentiel, la posture du prédécesseur de Félix Tshisekedi fait jaser, alors que ce dernier a dressé un tableau sombre de la gouvernance de son successeur. Dorley Matumona, notable de Funa à Kinshasa et cadre de l’UDPS, n’a pas caché son énervement dans une tribune publiée samedi 24 mai au Luxembourg. Cet ancien candidat à la députation nationale a rappelé à Kabila ses origines politiques, émanation de l’AFDL.

Pour lui, cette rébellion qui a porté Kabila-père au pouvoir, est le «fondement même de tous les maux qui rongent la RD-Congo aujourd’hui». Pour étayer ses allégations, il a cité la «confiscation de l’économie nationale au profit d’une seule famille, le pillage des richesses, l’affaiblissement et l’infiltration de l’armée ainsi que des services de sécurité par des forces étrangères, et l’absence de libertés fondamentales». Dès lors, Dorley Matumona est d’avis que Kabila devrait se taire, en lieu et place de délivre ce «discours aux allures insurrectionnelles», preuve d’une «audace» pleine de «justifications tardives» qui l’enfonce davantage.

Prenant le rétroviseur, il a rappelé le «vrai héritage» de Kabila: «des massacres comme ceux de Bundu Dia Kongo, Mukungubila, Kamwena Nsapu, des civils abattus froidement lors des manifestations pour la démocratie, Floribert Chebeya, Fidèle Bazana, Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala, Luc Nkulula, Rossy Tshimanga, les citoyens brûlés vifs à la permanence de l’UDPS, etc.».

Autant de griefs mis à la charge de Kabila qui devrait, selon Dorley Matumona, pousser l’ancien Chef de l’État à ne pas regarder le peuple RD-congolais dans les yeux, encore moins lui parler de «justice», de «patriotisme», de «non-respect de la Constitution», de «coup d’État institutionnel», de «simulacre d’élection» ou encore de «démocratie». «Monsieur Kabila a-t-il oublié les spectacles nauséabonds des corps de civils RD-congolais qui jonchaient les rues de Kinshasa après la publication des élections de 2006 et 2011», a interrogé Dorley Matumona. Et d’ajouter: «les frasques et la tyrannie de ce régime sanguinaire de 18 ans, avec sa litanie de crimes -humanitaires, économiques et écologiques-, ne peuvent être ignorées par quiconque». 

FCC-CACH, une «cohabitation imposée»

En clair, ce cadre de l’UDPS a dénoncé un discours qui, bien qu’empreint de calme, est «rien d’autre qu’une déclaration de menace directe contre la nation». Ceci est motivé, selon lui, par l’égoïsme des intérêts d’une personne «qui baigne dans l’illusion d’être le détenteur d’un certificat personnel et exclusif de propriétaire du Congo». En effet, Kabila a dit avoir légué à son successeur de biens meilleures conditions, tout en magnifiant l’accord de gouvernance FCC-CACH qui a donné à Tshisekedi une majorité, malgré les 35 élus sur 500 de l’UDPS.

Pourtant, six ans après, le parti présidentiel refuse de considérer cela comme une «mutualisation des forces» ou même une «forme de générosité institutionnelle». Allant plus loin, Dorley Matumona a averti que toute réflexion allant dans ce sens serait «une insulte à la mémoire collective». Il a plutôt soupçonné un désir de Kabila continuer à tirer les ficelles dans le secret. «Si le but était vraiment de faciliter la gouvernance et d’éviter une crise, pourquoi avoir maintenu un contrôle paralysant sur la sécurité, la justice et l’économie pendant près de deux ans?», a-t-il encore interrogé, non sans rappeler l’arrogance des «lieutenants» de Kabila sous l’ère FCC-CACH.

A la place d’une mutualisation de forces, Matumona a plutôt vu un «Président élu avec un pouvoir exécutif théorique» et un «ancien Président qui contrôlait l’Assemblée nationale, les ministères clés, les finances, l’armée et la diplomatie dans les faits». Bref, une «cohabitation imposée, érigée pour neutraliser les actions du Président de la République Félix Tshisekedi sans sembler l’assumer». «Il aurait été plus courageux d’abandonner complètement le pouvoir et de se retirer avec élégance», a-t-il préconisé.

Dans la foulée, ce cadre de l’UDPS a appelé Tshisekedi à affirmer de manière irrévocable un «leadership étatique fort», notamment en prenant des décisions politiques «qui s’imposent face à toute tentative de déstabilisation émanant de cette déclaration de menace non voilée». Il a également dit compter sur la mobilisation de la population entière dans le cadre d’une «communication franche et patriotique pour faire face aux menaces imminentes qui ne s’annoncent pas». «Il est primordial de ne pas succomber à la panique ni à l’intimidation, quelle qu’en soit la forme», a-t-il recommandé.

Aussi, dans l’entendement de Dorley Matumona, le dialogue républicain et stratégique devrait être maintenu avec toutes les couches de la société pour la défense réelle de la patrie, en plus de poursuivre les efforts pour une «diplomatie intelligente et stratégique avec tous les partenaires». Cette diplomatie devrait permettre, à terme, d’identifier et former des «partenariats audacieux et stratégiques avec des États fiables».

Côté sécurité, Dorley Matumona a insisté sur la nécessité de poursuivre le renforcement et la réforme de l’armée et des services d’intelligence. Enfin, il a appelé à l’assainissement des finances de l’État en éliminant toutes formes de gabegies. «Gardez à l’esprit que le Congo est plus vaste que nous et qu’il nous réclame de la grandeur. Nul ne pourra anéantir la puissance et la souveraineté de notre peuple», a-t-il exhorté. Malgré l’occupation, établie par des rapports des Nations unies, des territoires RD-congolaises par les militaires rwandais, Joseph Kabila s’est refusé de pointer Kigali du doigt alors que Kinshasa lui attribue des accointances avec la rébellion. Dorley Matumona y voit une complicité tacite, surtout que l’ancien Chef de l’État a épousé une des revendications de Kagame qui accuse le régime Tshisekedi de collaborer avec les FDLR.

WIDAL

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