
La première édition de «La nuit du droit du numérique» a été lancée par le ministre en charge de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya Katembwe, jeudi 22 mai dernier en fin d’après-midi au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa. Placée sous le thème: «L’externalisation dans les industries créatives: moteur d’innovation ou défi interne?», cette activité a connu la participation de plusieurs personnalités, dont le président de la plateforme Law & Technologies, Prospère Ntetikala, le chef de la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, David Thonon, ainsi que d’éminentes autres personnalités du monde technologique.
Prenant la parole en premier, Me Prospère Ntetikala a commencé par expliquer les raisons de l’organisation de «La nuit du droit du numérique» qui, a-t-il souligné, est une première en RD-Congo. «Nous avons voulu organiser un événement en fin de journée ou en soirée, car le thème choisi concerne l’industrie créative. Nous avons trouvé un lien fort entre la technologie et la culture. Pour nous, la culture est un sujet essentiel. Notre think tank s’est donné pour mission de réfléchir et d’être une force de proposition sur les questions de droit et de technologie en République démocratique du Congo et en Afrique centrale», a-t-il indiqué.
Et d’ajouter: «nous ne pouvions pas nous limiter à une approche strictement numérique du numérique. Il ne fait aucun doute que la technologie est à l’origine, voire au centre de la transformation de notre société. En tant qu’acteur social, notre think tank a voulu aujourd’hui mettre en lumière un sujet culturel, avec ses interactions juridiques, stratégiques et même structurelles», a souligné le président de cette plateforme.
Pour sa part, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, a reconnu l’importance croissante de l’intelligence artificielle. Il a rappelé avoir participé, tout au long du mois, à plusieurs événements sur ce sujet lié à l’informatique et au numérique. Il n’a pas manqué d’évoquer notamment la 32ème Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée en présence du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi, où les professionnels des médias ont abordé le thème: «Le journaliste congolais face au défi de l’intelligence artificielle -IA-: information et désinformation en ce temps de guerre d’agression rwandaise».
Et le patron de la Communication de renchérir: «je suis heureux de voir que Law & Technologies, un think tank spécialisé dans les questions du numérique, progresse. Ce mois-ci, nous avons célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse autour de la thématique de l’intelligence artificielle. Nous avons participé à plusieurs rencontres, notamment celles organisées par Larsicom. Cette initiative s’inscrit donc dans la continuité de ces efforts, visant à éveiller les jeunes RD-congolais -et, au-delà, tous les acteurs du secteur- à cette réalité désormais omniprésente qu’est l’intelligence artificielle».
Puis: «Dans le même ordre d’idées, nous ne sommes pas condamnés à subir la technologie qu’on nous impose. Nous devons au contraire l’appréhender, la comprendre et l’utiliser à bon escient. C’est dans cet esprit que nous avons répondu présents, avec enthousiasme, pour prononcer le mot d’ouverture de ces discussions autour des technologies et des industries créatives. Il s’agit aussi d’examiner la manière dont ces industries peuvent contribuer à façonner des récits positifs sur la RD-Congo».
À la question de savoir si le gouvernement Suminwa, dont il est le porte-parole, accorde une attention particulière aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, le ministre Patrick Muyaya a indiqué que l’Exécutif national prévoit l’organisation d’un forum national avant la fin de l’année en cours pour en débattre de manière approfondie.
«L’idée est de produire une directive afin de permettre à chacun de mieux comprendre les enjeux. Mais ensuite, c’est le rôle des organisations comme Law & Technologies, qui regroupent des penseurs du droit dans les domaines technologiques. Un symposium sera organisé d’ici la fin de l’année, réunissant les acteurs du gouvernement ainsi que des experts nationaux et internationaux, pour une réflexion globale sur la problématique. Il s’agira de définir la voie à suivre. Car l’intelligence artificielle est une innovation, mais elle doit être encadrée. Sans encadrement, elle peut avoir des effets pervers, comme nous le voyons déjà avec les deepfakes et d’autres usages qui ne contribuent pas nécessairement à soutenir les objectifs de notre société», a-t-il signifié.
Quant au chef de la délégation Wallonie-Bruxelles en RD-Congo, David Thonon, il a souligné que «La nuit du droit du numérique» peut être le point de départ d’un nouvel élan. «Le numérique, comme chacun le sait ici, ne se réduit pas à des outils. Il est aussi un langage, une culture, un levier. Il transforme nos façons d’apprendre, de produire, de soigner, de créer, et même de gouverner. C’est vrai, il peut être un facteur d’inégalité, mais aussi une opportunité de rééquilibrage. Tout dépend de ce que nous en ferons. Prenons l’exemple de Namur, en Wallonie: un petit événement y a grandi tranquillement depuis une dizaine d’années pour devenir un laboratoire mondial de l’innovation culturelle, le KIK Festival. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes s’y précipitent. Ce n’est pas une simple vitrine technophile, mais un écosystème. On y croise l’art, la science, les récits, les territoires. On y crée, on y connecte, on y imagine», a-t-il indiqué.
D’autres intervenants ont également partagé leurs points de vue sur la thématique de cette première édition. Parmi ces derniers, le ministre honoraire de la Communication Didier Mumengi, la conceptrice-rédactrice Betty Mukanya, le directeur général de Magem Congo Souleymane Kahuka, et le journaliste et directeur général de Kinshasa TV, Marius Muhunga. Avant la fin de cette première édition, de plus en plus nombreux étaient les intervenants qui ont souhaité la tenue, en 2026, d’une deuxième édition du genre autour du droit du numérique ou d’autres thèmes connexes, avec encore plus d’orateurs et d’intervenants.
