
L’ancien Secrétaire général du gouvernement Xavier Bonane Ya Nganzi estime que le succès du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi repose sur plusieurs préalables. «Un dialogue national ne se décrète pas. Il se prépare», souligne-t-il dans une tribune publiée samedi.
L’auteur réagit au lendemain de l’audience accordée par le chef de l’État aux représentants de la CENCO, de l’ECC, de la COMICO et de l’ERC à la Cité de l’Union africaine. Pour lui, cette rencontre pourrait constituer «un tournant majeur dans la gestion de la crise congolaise» si elle se traduit par une ordonnance présidentielle.
Selon lui, la première condition tient à «la décrispation politique». «Aucun dialogue ne peut être crédible dans un climat de méfiance généralisée», écrit-il. Il plaide ainsi pour des « « mesures de confiance» comme «le réexamen de certaines procédures judiciaires à caractère politique, les garanties des libertés publiques et la facilitation du retour des exilés politiques».
Ensuite, Bonane insiste sur la nécessité «de définir clairement le mandat du dialogue». «Les facilitateurs devront préciser les objectifs poursuivis, les questions soumises à la discussion, les règles de fonctionnement ainsi que le mode d’adoption des décisions», recommande-t-il. A défaut, avertit l’ancien député, le forum risque de devenir «un espace de revendications sans débouché politique. Une cour du roi Pétaud». Dans cette perspective, il suggère «la suspension des initiatives les plus controversées, notamment le projet de changement de la Constitution», comme «signal fort d’apaisement».
Enfin, l’inclusivité apparaît pour lui comme «déterminante». La crédibilité des assises dépendra, selon lui, «de la représentation équilibrée des institutions, de la majorité, de l’opposition, des confessions religieuses, de la société civile, des femmes, des jeunes, des autorités coutumières et des provinces».
Au-delà de la forme, Xavier Bonane estime que le contenu «devrait dépasser les seuls enjeux politiques immédiats pour aborder les causes profondes de la crise: la sécurité dans l’Est du pays, la gouvernance, les réformes institutionnelles, le processus électoral, la justice et la cohésion nationale».
Pour éviter les écueils du passé, il préconise que les conclusions débouchent sur «un Pacte national de stabilité, une feuille de route consensuelle des réformes, un calendrier précis de mise en œuvre et un mécanisme indépendant chargé du suivi». «La principale faiblesse des dialogues successifs n’a pas toujours résidé dans la qualité des conclusions, mais dans leur exécution», rappelle-t-il.
«Au fond, ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’organisation d’un simple forum politique. Il s’agit de savoir si la République entre dans une logique de construction du consensus”, conclut l’ancien Secrétaire général du gouvernement.
