
C’est un changement de doctrine assumé. Longtemps perçue à Kinshasa comme une opposition de l’extérieur, bruyante et incontrôlable, la diaspora congolaise devient un axe officiel de l’action publique. Un virage porté par Crispin Mbadu Phanzu, ministre délégué chargé de la Francophonie et de la Diaspora, à l’occasion du bilan de l’An 1 du gouvernement Suminwa II. «La diaspora constitue désormais un volet spécifique de l’action gouvernementale», a-t-il martelé. Derrière la phrase, une méthode: identifier, structurer, fédérer. Premier outil: le futur Haut Conseil de la diaspora. L’idée est de mettre fin à l’émiettement de centaines d’associations congolaises entre Paris, Bruxelles, Londres, Johannesburg ou Montréal. Le Conseil deviendrait leur instance représentative unique, un interlocuteur direct de l’État. Le recensement est en cours, assure le ministre.
Mais la mesure la plus politique est sans doute la carte Okapi. Du nom de l’animal endémique et rare, symbole national. Elle s’adresse à tous ces Congolais d’origine qui ont perdu leur nationalité congolaise en acquérant une autre nationalité -Français, Belges, Américains, Sud-Africains. Jusqu’à présent, ils n’existaient plus administrativement pour Kinshasa. Avec l’Okapi, ils retrouvent un lien. La carte consulaire restera pour ceux qui ont conservé la nationalité. «Tout Congolais d’origine est admissible», résume Crispin Mbadu. L’enjeu n’est pas seulement symbolique. Il est économique et stratégique.
Explication: la diaspora pèse lourd. Selon la Banque mondiale, ses transferts officiels vers le pays sont estimés entre 3,5 et 4,5 milliards de dollars par an. En incluant les circuits informels -les fameux «mabanga»-, le montant serait bien supérieur. Une manne que le gouvernement veut mieux capter et orienter vers l’investissement productif.
Pour cela, le ministère développe un système d’identification numérique de la diaspora, censé fournir des données fiables, renforcer la protection consulaire et faciliter les partenariats entre entrepreneurs de l’extérieur et opportunités locales. La question de la protection s’est d’ailleurs invitée dans le bilan. Interrogé sur les violences xénophobes visant des Congolais en Afrique du Sud, le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni a indiqué que le dossier a été porté au niveau de la SADC. Un premier rapatriement volontaire de 244 personnes a été organisé. D’autres sont en préparation. Ce pari du lien retrouvé s’articule avec l’autre ambition de Crispin Mbadu: la Francophonie. Kinshasa assume vouloir conquérir le poste de secrétaire général de l’OIF. «La RDC est le premier pays francophone en nombre de locuteurs. Elle doit occuper une place correspondant à son poids», a-t-il insisté.
Pour donner du contenu économique à cette ambition, une mission économique de la Francophonie est annoncée en juin 2027 à Kinshasa. Objectif: ouvrir les marchés francophones aux PME et aux jeunes entrepreneurs congolais.







