
À l’UNISIC, un mémoire met les projecteurs sur la scène médiatique de la présidentielle 2023. Dans «Médias et mercatisation des candidats à la présidentielle de 2023 en RDC», Alain Nkoy Nsasies ausculte, via les médias en ligne, les promesses et les postures de six prétendants, et montre comment discours et branding électoral ont façonné perceptions et enjeux démocratiques. Son verdict: des stratégies divergentes mais complémentaires, révélatrices d’un paysage politique en quête d’identité -étude saluée par le jury qui lui a décerné la Grande distinction et des félicitations.
Le samedi 28 février, Alain Nkoy Nsasies, fondateur du journal AfricaNews et assistant à l’Université des sciences de l’information et de la communication -UNISIC-, a soutenu avec succès son mémoire de Diplôme d’études approfondies -DEA- intitulé «Médias et mercatisation des candidats à la présidentielle de 2023 en RDC». Le jury lui a décerné la mention «Grande distinction».
Une lecture des promesses à l’heure du numérique
L’étude, conçue pour décrypter les promesses et les positionnements diffusés par les prétendants à la magistrature suprême lors de l’élection du 20 décembre 2023, prend pour objet l’analyse des discours véhiculés par les médias en ligne. Structuré en deux grandes parties -chacune subdivisée en trois chapitres- le mémoire propose d’abord un cadre théorique consacré à l’information politique, à la communication politique et à la mercatique politique, avant de livrer une analyse empirique centrée sur six candidats retenus pour constituer l’échantillon.
Six profils caricaturés par leurs slogans
Les candidats étudiés sont Masalu Anedu André, Mukwege Mukengere Denis, Radjabho Mbira Tebabho Soborabo, Buse Falay Georges, Katumbi Chapwe Moïse et Tshisekedi Tshilombo Félix-Antoine. Le choix s’est fondé sur la distinction entre postulants ayant déjà exercé des responsabilités publiques et ceux qui n’y ont pas participé.
Parmi les candidats n’ayant pas encore géré des institutions publiques, les promesses se lisent en formules synthétiques et ambitieuses: Masalu Anedu André promet «de faire de la RDC un pays puissant, dynamique, digne et où il fait bon vivre», Mukwege Mukengere Denis propose de «réparer et soigner le Congo de fond en comble», tandis que Radjabho Mbira Tebabho Soborabo martèle son slogan «Le changement c’est maintenant» pour le respect de la Constitution et l’application des lois.
Chez les anciens acteurs publics, les engagements affichés surfent également sur des formules rassembleuses: Buse Falay Georges veut «ériger un nouveau Congo dirigé dans la vérité, la justice, la tolérance et l’amour patriotique», Katumbi Chapwe Moïse clame «Alternance 2024 pour un Congo uni, démocratique, prospère et solidaire», et Tshisekedi Tshilombo Félix-Antoine promet «plus de sécurité, un Congo plus fort, plus prospère».
Positionnements identitaires et stratégies de communication
Au-delà des slogans, le mémoire s’attache à décrypter les positionnements adoptés par chaque candidat. Alain Nkoy relève ainsi que Masalu se présente comme «défenseur des opprimés, les plus démunis», Mukwege se construit comme «arbre de paix, arbre de vie», tandis que Radjabho se positionne comme «candidat pour balayer la saleté, leurs viols, mensonges, tracasseries».
Parmi les figures issues de l’exercice du pouvoir, Buse Falay Georges se dit «défenseur de la majorité silencieuse», Katumbi apparaît comme «un président pour trouver des solutions pour son pays», et Tshisekedi est décrit comme «béton, mutu ya batu», c’est‑à‑dire celui qui poursuivra la reconstruction amorcée lors de son premier mandat.
Des trajectoires et des visions qui se répondent
Pour le récipiendaire, l’analyse croisée des promesses et des positionnements montre des approches «divergentes, mais complémentaires» de la gouvernance. «Chacun de ces prétendants à la magistrature suprême articule sa vision autour d’un axe dominant qui reflète à la fois son parcours personnel, son idéologie politique, et sa compréhension des défis nationaux», écrit‑il, démontrant comment la mercatique électorale façonne des offres politiques adaptées à des segments d’électorat distincts.
Une contribution utile pour la recherche en communication politique
Ce mémoire constitue, selon son auteur, une contribution importante à la compréhension des stratégies de communication politique en République Démocratique du Congo. En analysant la manière dont les médias en ligne servent de vecteur à la «mercatisation» des candidatures, l’étude offre des pistes pour de futures recherches sur l’impact des nouveaux médias sur la formation des opinions et la qualité de la gouvernance.
La mention «Grande distinction» attribuée à Alain Nkoy Nsasies couronne un travail qui mêle rigueur théorique et observation attentive du terrain médiatique congolaise, et qui invite à prolonger l’analyse des pratiques communicationnelles dans le paysage politique national.

