
Le Palais du peuple a vécu une journée diplomatique majeure. Réuni en 11ème plénière sous la présidence de Jean-Michel Sama Lukonde, le Sénat a adopté, mercredi 20 mai, à une large majorité, deux Accords signés le 4 décembre 2025 à Washington. Les textes scellent, d’un côté, un partenariat stratégique entre la RD-Congo et les États-Unis sur les ressources naturelles et le développement durable et, de l’autre, un accord de paix entre Kinshasa et Kigali axé sur la coopération sécuritaire et la diplomatie.
L’adoption de ces conventions marque un tournant dans la gestion de la crise de l’Est et dans la stratégie de valorisation des ressources minières congolaises. Pour la majorité sénatoriale, il s’agit de verrouiller juridiquement un cadre qui associe sécurité, investissement et transparence, tout en préservant la souveraineté nationale.
Doudou Fwamba face aux sénateurs: comptes publics et péréquation au cœur des échanges
La plénière a débuté par l’audition du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, interpellé par le sénateur Célestin Vunabandi. Le ministre répondait aux questions soulevées lors de la séance du jeudi précédent, notamment sur les engagements financiers du gouvernement central envers les provinces et les entités territoriales décentralisées. Le dossier sensible de la gestion des biens issus de la zaïrianisation a également resurgi.
Dans un débat tendu, le sénateur Vunabandi a contesté point par point les explications fournies par le ministre la semaine précédente. Documents à l’appui, il a relevé ce qu’il qualifie d’incohérences dans la présentation des données budgétaires et de la trésorerie. «Qu’il arrête de se réfugier derrière les échecs de ses prédécesseurs. Qu’il rende des comptes sur le mandat qu’il a reçu», a lancé l’élu, appelant à une gestion plus rigoureuse et traçable des finances publiques.
Le ministre a reconnu les retards d’exécution de certains transferts et a annoncé l’activation prochaine de la Caisse nationale de péréquation. Un atelier de cadrage technique est programmé pour juillet 2026 afin d’harmoniser les critères de répartition et de renforcer le contrôle. Il a également promis la publication d’un rapport détaillé sur les avoirs issus de la zaïrianisation, avec l’appui de l’Inspection générale des finances -IGF.
Les commissions valident les volets ressources et sécurité
Deux rapports de commission ont structuré le débat sur les accords. La Commission Environnement et Bonne gouvernance a salué l’orientation du partenariat RD-Congo-États-Unis, qui conditionne l’accès aux minerais stratégiques à des standards de gestion responsable, de traçabilité et de développement durable. Pour ses membres, l’accord offre une opportunité d’industrialisation locale et de création de valeur ajoutée sur place, à condition d’un suivi parlementaire strict.
La Commission Relations extérieures et Défense a, elle, mis l’accent sur le volet sécuritaire de l’accord avec le Rwanda. Le rapport recommande un renforcement de la coopération en matière de renseignement, de contrôle des frontières et de démobilisation des groupes armés. L’objectif affiché est de consolider la paix dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, tout en évitant toute ingérence dans les affaires intérieures. Les deux textes ont été adoptés après un vote article par article. Plusieurs sénateurs ont insisté sur la nécessité d’un mécanisme de contrôle parlementaire indépendant pour évaluer l’exécution des engagements, tant sur le plan financier que sécuritaire.
Autres décisions et solidarité face à Ebola
La plénière a également transmis au gouvernement une proposition de loi visant à réformer le statut des huissiers de justice. Le texte, en lien avec la loi n° 16/011 du 15 juillet 2016, vise à moderniser la profession, renforcer la déontologie et accélérer l’exécution des décisions de justice. En clôture, Jean-Michel Sama Lukonde a exprimé la solidarité du Sénat face à la résurgence du virus Ebola en Ituri. Il a appelé le gouvernement et les partenaires à mobiliser rapidement des moyens humains et matériels pour contenir l’épidémie et protéger les populations.
L’adoption de ces deux accords intervient dans un climat régional tendu, mais marqué par une volonté affichée de normalisation. Pour Kinshasa, l’enjeu est double: sécuriser l’Est par des mécanismes concrets de coopération et transformer la rente minière en levier de développement durable. Le défi sera désormais opérationnel. Les sénateurs ont prévenu: l’adoption ne vaut que si les engagements sont suivis d’actes vérifiables sur le terrain.
Un comité de suivi parlementaire devrait être mis en place dans les semaines à venir pour auditer la mise en œuvre des deux accords et publier un rapport semestriel. La séance s’est levée sur cette note, avec l’engagement du bureau du Sénat de maintenir la pression sur l’exécutif pour garantir transparence et redevabilité. La prochaine plénière examinera les premiers décrets d’application attendus avant fin juin 2026.
