
Deux lieutenants-généraux. Deux hauts magistrats militaires. Tous deux emportés par un crash aérien survenu à Kenge, le vendredi 25 septembre. Retour sur les parcours du premier président de la Haute Cour militaire et de l’Auditeur général des FARDC.
Le 7 février 2020, Félix Tshisekedi, en poste depuis une année, effectue ses premières mises en place au sein de la magistrature, tant dans les juridictions civiles que militaires. Dans le lot, le général-major Joseph Mutombo Katalay est nommé premier président de la Haute Cour militaire, la première juridiction militaire du pays. Trois mois plus tard, en mai de la même année, une troisième étoile est ajoutée sur son épaule : il devient lieutenant-général.
Né le 13 février 1954, le lieutenant-général Mutombo Katalay était originaire du territoire d’Idiofa, dans la province du Kwilu. Détenteur d’une licence en droit de l’Université de Kinshasa, le regretté premier président de la Haute Cour militaire a intégré la magistrature militaire au début des années 2000. Durant 26 ans, il a gravi les échelons jusqu’à atteindre les sommets, occupant notamment à plusieurs reprises les fonctions d’auditeur de garnison, l’équivalent de chef des parquets militaires de première instance dans plusieurs régions du pays.
Son avancement en grade en 2010 coïncide avec sa nomination à la tête de la Cour militaire de Kinshasa/Gombe, l’une des juridictions militaires d’appel les plus stratégiques du pays. Depuis 2025, il officiait comme deuxième secrétaire-rapporteur de l’assemblée générale ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature -CSM. Durant sa carrière de magistrat, Mutombo Katalay aura connu plusieurs procès de référence. En juillet 2024, il a d’ailleurs présidé l’un des procès les plus emblématiques de l’histoire du pays, le seul impliquant un ancien chef d’État, en l’occurrence Joseph Kabila, qu’il a condamné à mort par contumace. Moins d’une année plus tard, soit en mars 2026, il a été mis à l’honneur par la MONUSCO lors de la Commission de la condition de la femme de l’ONU à New York. Son travail y a été salué dans le cadre du lancement du réseau de poursuite des crimes de violences sexuelles liées aux conflits.
Comme lui, son alter ego, l’Auditeur général Luc-René Likulia, possédait également un joli parcours. Réputé comme le «procureur de fer de l’armée», il dirigeait l’Auditorat général des FARDC près la Haute Cour militaire, l’équivalent du premier parquet militaire du pays, depuis mars 2021. À ce poste, il portait l’accusation dans les plus grands dossiers de sécurité nationale.
Issu d’une famille dont le patronyme résonne au sein de l’armée congolaise, il était le neveu de l’ancien Premier ministre et général d’armée Norbert Likulia Bolongo, pilier de l’époque du maréchal Mobutu. Avant d’arriver au sommet du ministère public, le lieutenant-général Luc-René Likulia occupait les fonctions de premier avocat général des Forces armées et d’officier du ministère public près la Haute Cour militaire. Ayant consacré une grande partie de sa carrière au droit et à la justice militaire, il a remplacé à la tête de l’Auditorat général le lieutenant-général Timothée Mukunto, décédé le 15 janvier 2021 en Afrique du Sud. Son mandat aura également été marqué par plusieurs dossiers judiciaires impliquant de hauts responsables militaires. En 2025, il a notamment saisi le Sénat pour solliciter la levée des immunités de l’ancien président Joseph Kabila, ouvrant la voie à la toute première condamnation judiciaire d’un chef d’État dans toute l’histoire de la RD-Congo. C’est encore lui qui a poursuivi le général Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major, dans un procès qui est encore en cours et dont il ne connaîtra jamais l’issue.
Né le 3 octobre 1964 à Léopoldville, l’actuelle Kinshasa, le lieutenant-général Luc-René Likulia a consacré plus de trente ans de sa vie à la justice militaire et à la défense de l’intégrité nationale. Également détenteur d’une licence en droit de l’UNIKIN, il a fourbi ses armes comme magistrat militaire de terrain, officiant en tant que substitut de l’auditeur militaire, puis comme auditeur de garnison dans plusieurs provinces du pays. Très influencé par son oncle, considéré par plusieurs comme son père idéologique, Luc-René Likulia a crevé l’écran à partir de 2017, quand il est devenu premier avocat général des FARDC. À ce poste, il porte le dossier le plus sensible de la décennie 2010-2019 en RD-Congo, à savoir l’assassinat des deux experts de l’ONU, Michael Sharp et Zaida Catalán, tués au Kasaï en mars 2017. Il mène l’accusation jusqu’au verdict. De 2022 à 2024, il a traité plusieurs dossiers de trahison impliquant des officiers supérieurs de l’état-major.
Mardochée LEMFU





