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RDC : Ces motos tueuses d’hommes et de fisc

Des monstres sacrés de la vitesse pilotés malheureusement par des gens inexpérimentés. Leur conduite semble ne requérir aucune pièce, pas même le permis de conduire. Pas de plaque minéralogique non plus comme le veulent les motards. Conséquence: aucune possibilité d’identification des motos qui se ressemblent par milliers. C’est le désordre total…

Mercredi 13 mai sur le boulevard Lumumba à Matete, deux hommes sont morts des suites d’un accident entre une moto et un minibus pendant que le gouverneur de la ville, Gentiny Ngobila, passait par là. La moto accidentée n’avait pas de plaque minéralogique. Comme pour tout véhicule terrestre à moteur, la plaque d’immatriculation d’une moto est obligatoire. Elle permet une identification facile du propriétaire du deux-roues lors d’un contrôle par les autorités routières. Elle permet aussi de renflouer les caisses de l’État. Voici qu’à Kinshasa, capitale de la RD-Congo, les milliers de motos commis au transport en commun n’ont pas, dans leur majorité, des plaques d’immatriculation.

Les reporters d’AfricaNews l’ont constaté après une mini-enquête menée entre ce mercredi-là et jeudi 14 mai à Kinshasa. Ces engins ont tous une particularité: ils transportent deux ou trois personnes malgré les mesures de distanciation sociale imposées par l’autorité en ce temps de crise sanitaire due au Coronavirus. Ils roulent à vive allure, sans respect du Code de la route. Alors qu’ils exposent les usagers de la route aux accidents du fait de leur mauvaise conduite, les motards ont la vilaine habitude de se faire justice, au vu et au su des forces de l’ordre.

Des monstres sacrés de la vitesse pilotés malheureusement par des gens inexpérimentés. Leur conduite semble ne requérir aucune pièce, pas même le permis de conduire. Pas de plaque minéralogique non plus comme le veulent les motards. Conséquence: aucune possibilité d’identification des motos qui se ressemblent par milliers. C’est le désordre total…

Faute de plaque d’immatriculation, difficile pour la Police de poursuivre les conducteurs fautifs en cas de violation du Code de la route. Mais pourquoi ces motos doivent rouler sans plaque, un motard a l’explication farfelue suivante: «nous peinons déjà pour pouvoir réunir le versement quotidien mais Policiers et autres agents se réclamant de l’État traquent même les motos qui ont la plaque. Plutôt que d’acheter celle-ci, autant faire une transaction avec ces agents». Roger Kazadi, auteur de cette déclaration qui frise le défi à l’autorité, semble ne pas avoir conscience des dégâts commis sur le plan des recettes publiques. Le gouvernement accuse chaque année un manque à gagner considérable en matière de recettes fiscales, du fait des stratagèmes des motards ou de l’Association des conducteurs des motos pour éviter l’achat de la plaque d’immatriculation… Plutôt que d’encourager les sociétaires à accomplir ce devoir citoyen, les responsables de l’association préfèrent percevoir, contre une quittance illicite, un forfait d’USD 10 pour les deux roues et USD 20 pour les trois roues, quitte à aller éventuellement négocier avec les agents qualifiés en faveur des conducteurs pris en faute.

Une opportunité manquée pour la DGI et la SONAS

Pour essayer de remédier à cette situation, un usager de la route dépité suggère: « en attendant de trouver un mécanisme adapté pour contraindre les propriétaires des motos à acheter les plaques d’immatriculation, la DGI et la SONAS pourraient songer à installer des antennes auprès des concessionnaires et dans certains établissements de vente des motos, question de vendre directement les plaques d’immatriculation à l’achat de chaque engin ou étudier la possibilité d’inclure le prix de la plaque et les assurances au coût d’une moto, par exemple ».

Outre le problème d’incivisme fiscal, les motos sans plaque contribuent au regain d’insécurité. Dans plusieurs quartiers de Kinshasa où foisonnent des plaintes à charge des motards ou certains de leurs passagers.

«D’une manière générale, ces motocyclistes roulent à tombeau ouvert quand eux-mêmes sinon leurs passagers commettent ces forfaits. C’est très grave s’ils n’ont pas de plaques d’immatriculation parce qu’il n’y a pas moyen de les identifier en cas de plainte. Chaque semaine, nous enregistrons des dizaines de cas», se lamente un sous-commissaire de la PNC à Matete.

Ce dernier invite l’autorité publique, à travers les ministères de l’Intérieur, des Finances et des Transports à prendre des précautions pour réduire dans un premier temps ces motos non immatriculées de la circulation routière, avant d’envisager leur disparition.

Natine K.

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