Monsengwo dans la course présidentielle

Aux starting-blocks de la course à la présidentielle 2018 va peut-être se positionner Laurent Monsengwo Pasinya, Cardinal et Archevêque de Kinshasa, désigné, vendredi 20 juillet, candidat par la Dynamique chrétienne pour l’unité et le développement -DCUD.

«Nous nous engageons derrière un seul candidat, et nous croyons que le candidat qui peut faire le consensus de tous les leaders politiques et sociaux, c’est le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya», a déclaré Odette Babandoa Etoa, secrétaire nationale du regroupement politique DCDU, estimant aussi que la RD-Congo a besoin d’une personnalité intègre, compétente, qui rassemble et rassure les RD-Congolais.

«Le Cardinal Monsengwo n’est pas un acteur politique qui va chercher à arriver au pouvoir pour s’y cramponner. C’est un homme de Dieu. Que la période de son passage au pouvoir soit une période de transition pour asseoir la démocratie, reconnaitre la renaissance de l’Etat, le respect des textes qui va nous préparer à accéder aux élections d’une manière démocratique», a expliqué Babandoa, dont le souhait le plus ardent est de voir la RD-Congo être dirigée, au terme des élections du 23 décembre, par une personnalité à même d’impulser une dynamique de sens de responsabilité, d’assainir les mœurs et de remettre le pays sur les rails et l’orbite de son destin.

 

La balle dans le camp du Cardinal

Etre désigné candidat est une chose. Accepter ce choix en est une autre. Le Cardinal Monsengwo va-t-il accepter le choix porté sur sa personne pour succéder à Joseph Kabila? La question vaut son pesant d’or tant l’on sait que la balle est entièrement dans le camp du Cardinal qui, du point de vue canonique, dispose de toute la légitimité de se lancer dans la course présidentielle. Interrogé par «AfricaNews», un prêtre, spécialiste en Droit de l’Eglise catholique, a fait savoir qu’un évêque ou cardinal peut, dans une certaine mesure, assumer certaines fonctions politiques dans le but de préparer et d’organiser les choses. Dans cette logique, le Cardinal Monsengwo, alors Archevêque de Kisangani, avait été désigné président de la Conférence nationale souveraine -CNS- en 1991 puis, par la suite, président du Haut conseil de la République -Parlement de transition en 1992, au lendemain de l’ouverture de la RD-Congo, Zaïre à l’époque, à la démocratie. «Depuis le début de l’Eglise, aucun évêque n’a été Président de la République mais cela n’exclue nullement la possibilité pour le nôtre de le faire», a signifié le prêtre sous le seau d’anonymat.

Selon ce prélat, le Droit canon n’interdit formellement pas à un évêque de compétir à une élection présidentielle. «Le Droit canon reste muet à ce sujet. Face au silence de la loi, il faut faire recours à la jurisprudence», a-t-il précisé. En interrogeant le passé, il se révèle qu’un prêtre, en l’occurrence abbé Fulbert Youlou, avait déjà dirigé un pays. Ce prêtre a été un des principaux artisans de l’indépendance de la République du Congo qu’il a dirigée entre novembre 1959 et août 1963, soit durant 3 ans, 8 mois et 25 jours. Surnommé l’Abée, Fulbert Youlou a été, à ses débuts, considéré comme un homme providentiel ayant conduit son pays à l’indépendance en août 1960. Par la suite, Youlu a déçu en décidant, en août 1963, d’instaurer le monopartisme. Cette décision est à l’origine de la révolution des «Trois glorieuses» qui va emporter son régime, laissant derrière l’image d’un Président excentrique, autoritaire et corrompu.

En ce moment où les différents regroupements politiques se concertent et désignent leurs candidats, d’aucuns s’interrogent: «Est-il disposé à briguer un mandat présidentiel?». Difficile de connaitre les vraies intentions du troisième Cardinal RD-congolais pourtant reconnu comme un fin politique et dont l’intérêt pour la politique n’est plus à démontrer. «Cela dépendra totalement de lui. On ne connait pas trop ce qu’il pense lui-même de cette possibilité», raconte-t-on dans le sillage des prêtres.

 

Monsengwo toujours fidèle à son pouvoir ecclésiastique?

Le Cardinal va-t-il mordre à l’hameçon lui tendu par la DCUD? Un scénario, si l’on s’en tient à sa déclaration faite la veille des élections de 2006, peu probable. «Je n’envie pas le pouvoir politique. Si je le voulais, je l’aurais pris en 1997 avec la chute de Mobutu mais je ne l’ai pas fait, car mon pouvoir ecclésiastique est mille fois supérieur au pouvoir politique», avait dit le Cardinal Monsengwo lors d’une conférence de presse pour couper court aux rumeurs annonçant sa candidature à l’élection présidentielle de 2006. A l’époque, il était encore plus jeune, Archevêque de Kisangani et président de la CENCO mais il estimait son pouvoir ecclésiastique mille fois supérieur à celui d’un Président de la République. A ce jour, il est Archevêque de Kinshasa, Cardinal et membre du conseil des 9 cardinaux choisis par le Pape François pour l’épauler dans la reforme de la Curie romaine et la révision de la constitution apostolique Pastor Bonus. Et, il donne l’impression d’être davantage surchargé et avec le poids de l’âge… Vivement la réaction de Monsengwo est attendue tant par l’opinion que par la classe politique, car la présence du Cardinal aux joutes électorales va sans nul doute changer et compliquer la donne en ce moment où l’Opposition, incapable de se trouver un candidat unique, tergiverse et continue d’évoluer en ordre dispersé.

Du haut de ses 78 ans d’âge, Laurent Monsengwo, créé Cardinal par le Pape Benoit XVI le 20 novembre 2010, pourrait devenir le premier Cardinal à occuper un fauteuil présidentiel. Promu Archevêque de Kisangani le 1er septembre 1988, Mgr Monsengwo s’est révélé comme l’un des acteurs politiques majeurs de la période de l’instauration de la démocratie en RD-Congo.

Fruit des prières des fidèles catholiques, protestants, salutistes, pentecôtistes et évangéliques tous regroupés au sein des organisations officielles des laïcats, la DCUD a initié une pétition en ligne et est déterminée à mettre en œuvre différents moyens pour convaincre le Cardinal «de l’impérieuse nécessité pour lui de se mettre à la disposition de la Nation en acceptant d’assumer les fonctions de Président de la République, Chef de l’Etat pour une période transitoire qui peut être soit un mandat de 5 ans à obtenir par les élections, soit une transition à mettre en place jusqu’à l’organisation des élections libres, transparentes et apaisées».  Ainsi, la DCUD a appelé au sens de responsabilité et à l’esprit patriotique de toutes les forces vives de la Nation pour porter ensemble cette action à destination du Cardinal Monsengwo, ses frères de l’épiscopat et membres de la CENCO et au Pape François. Objectif: amener l’Eglise a accepté de donner à la nation son digne fils Laurent Monsengwo.

Laurent OMBA

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