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Menace de coupure d'eau à Kin: Regideso cache sa mégestion par un vil chantage

Émoi à Kinshasa à l’annonce d’une malheureuse nouvelle en cette période des festivités de fin d’année. Les Kinois, selon le président de l’Intersyndicale de la Regideso, Alain Senenge, qui intervenait sur les ondes de Top Congo FM, seront privés d’eau dès le début de cette semaine. «Nous n’avons plus d’intrants de traitement d’eau. Nos machines tombent en panne du jour au lendemain. Pour la toute première fois, les travailleurs de la REGIDESO totaliseront 3 mois sans être payés» a-t-il expliqué avant de demander à la population de Kinshasa «de se constituer de réserve d’eau».

À scruter les propos du président de l’Intersyndical de la REGIDESO, cette «situation catastrophique» résulte de l’insolvabilité des services de l’Etat qui accumulent une dette de «USD 5,140 millions». «Le Chef de l’État avait instruit au gouvernement de payer la facture de consommation d’eau à hauteur de 5,140 millions de dollars. Sur instruction du Chef de l’Etat, le Conseil des ministres avait décidé le paiement de ce montant. Le dossier a été libéré au niveau du ministère du Budget. Mais, le dossier traîne sur la table du ministre des Finances qui refuse de le libérer», a déclaré Alain Senenge pointant d’un doigt accusateur l’argentier national, le ministre des Finances Sele Yalaghuli.

Tollé dans l’opinion à la suite de la sortie médiatique du président de l’intersyndical de la REGIDESO. Des langues se sont déliées, des voix ont été haussées pour fustiger cette décision de la REGIDESO de priver la capitale d’une denrée aussi vitale que l’eau et dénoncer la mégestion des autorités de cette entreprise publique étalée au grand jour. Certains esprits avertis ont surtout déniché dans la démarche des autorités de la REGIDESO un moyen pour cacher «leurs actes de mauvaise gestion en faisant chanter le Gouvernement et en manipulant la population».

«Ce serait trop facile de céder à des manipulations qu’il faille dénoncer alors que le Gouvernement s’est résolument engagé à améliorer les finances publiques, en vue d’accroître le volume des investissements publics sur ressources internes, gage des externalités positives dont l’économie congolaise a grandement besoin», a argumenté un analyste. Puis: «Autant le ministre des Finances est censé payer les charges incompressibles de l’Etat, de même il doit veiller aux équilibres fondamentaux en vue de donner une configuration nouvelle aux finances publiques en RD-Congo».

Un autre analyste s’est stupéfait de constater que la REGIDESO impute à José Sele, porté à la tête du ministre des Finances en septembre dernier, «les bavures de gestion» de ce portefeuille constatées depuis des années.

«La REGIDESO a voté son budget au début de l’année 2019 dans lequel il y a une rubrique sur les intrants pour assainir l’eau. Qu’a-t-elle fait avec les fonds alloués à cette rubrique? Et quand ce budget a été voté Sele Yalaghuli n’était pas encore au gouvernement. Même alors, le ministre des Finances intervient dans tous les secteurs de la vie nationale notamment la santé, l’éducation, l’énergie, etc. et il doit faire avec les moyens à sa disposition», a souligné cet autre analyste, non sans signifier que la REGIDESO est sous la tutelle des ministères de l’Energie et du Portefeuille et non de celui des Finances. «La REGIDESO devrait connaître sa mission et l’exercer conformément à la législation en la matière au mieux de l’intérêt général au lieu de se décharger facilement sur le ministre des Finances après avoir failli», avance-t-il, pendant que le professeur Faustin Lwanga Mukela, ancien conseiller économique de Joseph Kabila, n’est pas passé par le dos de la cuillère pour trancher: «La REGIDESO est tout simplement mal gérée».

Dans un post sur son compte Facebook, Faustin Lwanga, loin de vouloir «négliger et minimiser» les revendications des agents de la REGIDESO, a démontré que le vrai problème de cette entreprise publique est sa gouvernance.

«Prenons l’hypothèse minimaliste d’un million d’abonnés qui paient CDF 34.000 par mois. C’est CDF 34 milliards soit USD 20 millions dont 5 millions pour le personnel et 2,5 millions pour l’entretien, la maintenance, l’amortissement et le renouvellement d’équipements pour le reste. La REGIDESO pouvait ainsi avoir des usines de production d’intrants», a illustré ce haut cadre de l’Organisation mondiale du commerce -OMC- dont les arguments, de l’avis de plusieurs internautes, sont pertinents.

Et de souligner: «À cette hypothèse minimaliste, il faut ajouter des grands consommateurs solvables que sont les fabriques et autres entreprises». Pour Faustin Lwanga, les dettes de l’Etat RD-congolais sont douteuses et auraient pu être intégrées dans le coefficient de rendement global allant de la production à l’arrivée chez le consommateur. Une belle leçon de management administrée au staff défaillant de la REGIDESO.

Du côté du ministère des Finances, l’on a fait retentir un son de cloche similaire à celui des analystes évoqués précédemment. «Le ministère des Finances ne saurait être tenu pour responsable des contraintes financières de la REGIDESO. Celles-ci relèvent avant tout de son propre management et de la gestion interne de sa trésorerie», soutient le communiqué de presse du ministère des Finances, rassurant que ce Portefeuille est «à pied d’œuvre» pour «assurer un apurement graduel de ces factures».

«En dépit des contraintes économiques et financières qui imposent au Gouvernement une rationalisation de ses dépenses, les engagements contraignants de l’Etat ne sont aucunement mis en souffrance», a ajouté le ministère des Finances dans son communiqué de presse.

Remonté, le Mouvement « Section bleue » a qualifié la décision des autorités de la REGIDESO d’une menace, d’un ultimatum et d’une accusation de mauvais goût contre le ministre des Finances, Sele Yalaghuli.

Démission réclamée du DG de la REGIDESO

«La Section Bleue demande au Directeur général de la REGIDESO de démissionner pour son honneur… Pour éviter qu’il soit mis à son compte les conséquences d’une colère populaire, la démission est pour lui une sortie honorable», a appelé José Kadima, coordonnateur de Section bleue.

Laurent OMBA

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