Dans une analyse de la crise en République Démocratique du Congo, André Claudel Lubaya, ex-député national, s’interroge sur la possibilité que les accords signés à Washington ou à Doha apportent des solutions. L’ancien gouverneur de la province du Kasaï Central qualifie ces accords de «marché d’illusions». À l’image de Nathanaël dans l’Évangile de Jean, qui s’interrogeait sur la possibilité de quelque bien provenant de Nazareth -Jean 1:46-, Lubaya se demande si une réponse au drame RD-congolais pourrait émerger des États-Unis ou du Qatar, où des accords de paix ont été établis entre la RD-Congo et le Rwanda sous l’égide des deux pays.
Dans sa réflexion, Lubaya exprime un profond pessimisme quant à la possibilité d’un retour à la paix en RDC. Son scepticisme, lié aux accords de Washington et Doha, les considère comme des «marchés de dupes». Selon Lubaya, confier l’avenir du pays à des puissances et des dirigeants étrangers constitue une trahison envers la souveraineté nationale. Il soutient avec vigueur que demander de l’aide étrangère pour résoudre les problèmes internes de la RDC est irresponsable.
«C’est le signe d’une faillite morale et politique des élites. Les agendas de ceux de Washington et de Doha diffèrent fondamentalement des nôtres, et croire qu’ils agissent pour notre bien est une illusion», affirme-t-il, rappelant que la croyance selon laquelle le Qatar pourrait contribuer à la stabilité de la RDC est erronée. Pour Lubaya, les médiations à Washington et à Doha manquent de profondeur, évitant délibérément les problèmes essentiels en se contentant de formulations ambiguës qui cherchent à satisfaire toutes les parties, sans parvenir à un consensus sur des concepts majeurs.
Il souligne que les désaccords persistants entre les signataires des accords témoignent d’une méconnaissance aiguë du dossier congolais par les médiateurs. Il affirme que les intérêts de ces derniers sont économiques, plutôt que dédiés à la paix en RDC, invitant à rejeter l’illusion selon laquelle ils œuvrent pour le bien du pays, leurs motivations étant à caractère personnel.
En jetant un œil sur l’histoire, Lubaya évoque le passé des interventions militaires américaines qui ont souvent conduit à l’échec et au chaos, citant des exemples tels que l’Irak, le Vietnam, et d’autres pays. «On attribue à Trump la promotion d’un nouveau modèle de paix, mais cette motivation semble cynique: tirer profit des réserves de cobalt, lithium, et manganèse de la RDC, essentielles aux technologies modernes américaines», précise Lubaya, se référant à l’article de – The Week du 10 août 2025.
Il ajoute que l’intervention du Qatar ne vise pas à aider désintéressément, mais s’inscrit dans une stratégie de soft power pour améliorer son image internationale, avec des ambitions économiques ciblées, notamment pour le contrôle de certains ports congolais et du marché de l’or. Malgré les accords de Washington et de Doha, Lubaya constate avec regret la persistance des affrontements entre Kinshasa et les rebelles du M23, s’interrogeant sur l’apport réel de la déclaration de principes du 27 juin 2025.
Selon lui, les agendas, qu’ils soient nationaux ou internationaux, divergent considérablement. «Les véritables racines de la crise congolaise sont largement ignorées. La crise est bien réelle: elle n’est pas seulement sécuritaire, mais aussi profondément politique et multidimensionnelle, liée à la légitimité douteuse des institutions et à la gestion du pouvoir», souligne Lubaya. Il précise encore que des facteurs tels que la mauvaise gouvernance et l’autoritarisme exacerbé ainsi que la contestation électorale de 2018 ont contribué à cette situation chaotique.
Cependant, Lubaya ne se limite pas à la critique. Il délivre également un message fort: «Un pouvoir fondé sur le mensonge et la manipulation finira par se heurter à ses propres contradictions. Au milieu de ces turbulences, souvenons-nous du testament de Lumumba: l’histoire du Congo doit être écrite par les Congolais eux-mêmes». Pour conclure, il souligne l’importance de s’élever au-dessus des intérêts personnels pour honorer le sacrifice des fondateurs et prône une véritable unité nationale pour éviter une catastrophe imminente. «La République Démocratique du Congo est un État en décomposition, menacé d’une crise prévisible mais évitable».


