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L’affaire Katebe-Katumbi: anatomie d’une procédure qui n’existait pas avant août 2026 (analyse)

Invité du Space Live de Stanis Bujakera Tshiamala le 29 septembre, Raphaël Katebe Katoto voulait parler du référendum et d’un possible 3e mandat en faveur du président Félix Tshisekedi. Il a été rattrapé par la plainte qu’il a déposée contre son propre demi-frère, Moïse Katumbi, pour un litige foncier. Il affirme que «la procédure date de 2024». Or, selon des indiscrétions recueillies dans les milieux judiciaires, la chronologie officielle contredirait cette version.

D’après ces indiscrétions, la requête aux fins de fixation d’audience devant la Cour de cassation n’aurait été transmise que le 27 août 2026, sous le numéro RMP VI0220/PGCCAS/2025. Autrement dit, le dossier aurait été ouvert en 2025, et sa fixation demandée fin août 2026, soit un mois avant le passage de Katebe dans le Space Live.

Cette date change tout. Entre 2020 et septembre 2025, Moïse Katumbi n’était pas invisible. Il résidait à Lubumbashi, présidait le parti Ensemble pour la République et a été candidat à l’élection présidentielle de décembre 2023. En 2022 et 2023, il a sillonné le pays, de Kisangani à Kikwit, de Goma à Kinshasa, sous les yeux des parquets et des tribunaux. Il était présent, localisable et assignable devant son juge naturel: le tribunal de grande instance, seul compétent, en principe, pour un litige de propriété immobilière.

Selon nos informations, il ne quitte le territoire qu’en septembre 2025.

Pourquoi alors ne pas l’avoir assigné lorsqu’il battait campagne comme candidat à la plus haute fonction ? Pourquoi attendre qu’il soit en exil, et attendre encore onze mois après son départ, pour saisir la Cour de cassation ? La question n’est pas anodine. Pour ses avocats, c’est engager une procédure alors que leur client se trouverait dans l’impossibilité matérielle de comparaître.

Second problème: la juridiction et la qualification. Selon les mêmes sources judiciaires, le litige foncier initial aurait été requalifié en infraction pénale. Ce glissement permettrait de justifier le recours à la Cour de cassation, juridiction pénale du président de la République, du Premier ministre et des gouverneurs en fonction.

Or Moïse Katumbi a été gouverneur du Katanga de 2007 à 2015. Les biens querellés, selon les éléments publics disponibles, n’auraient pas été acquis pendant cette période. Il ne saurait donc, en principe, être justiciable de cette Cour pour ce litige. Pour plusieurs juristes interrogés, ce choix pourrait s’apparenter à une tentative de donner une coloration pénale à un différend à dominante civile et familiale, afin de le sortir de son juge naturel.

Troisième incohérence: le récit d’une procédure de 2024. Si le dossier est ouvert sous un RMP de 2025 et fixé en août 2026, de quelle procédure de 2024 parle-t-on ? Aucune communication du parquet n’est venue étayer son existence. Ce qui a été présenté comme un silence judiciaire de deux ans pourrait être, en réalité, une absence de procédure à la date indiquée par Katebe.

Et ce n’est que fin juillet – début août 2026, coïncidant avec la tournée de Raphaël Katebe Katoto dans le Haut-Katanga pour des «consultations politiques», que l’affaire ressurgit sur les réseaux sociaux. Pour les partisans de Katumbi, la coïncidence est troublante. Pour Katebe Katoto, il s’agit d’une calomnie de «petits malins», «payés par cet individu en exil».

C’est ce qui explique son vif emportement lors du Space. Chaque question sur le dossier fait tomber la cloison qu’il tente de dresser entre son rôle de soutien politique du régime et son rôle de plaignant contre son frère. Elle le renvoie à une accusation ancienne, portée par ses détracteurs depuis l’ère Kabila et qu’il a toujours contestée, celle d’avoir été utilisé comme instrument judiciaire contre Moïse Katumbi.

En invoquant le secret de l’instruction sur un plateau éminemment politique, tout en affirmant que la procédure date de 2024, alors que selon des indiscrétions dans les milieux judiciaires elle n’aurait été fixée que le 27 août 2026, Raphaël Katebe Katoto entretient lui-même l’ambiguïté qu’il dénonce.

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