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RDC: la colère des abonnés pousse José Mpanda à convoquer les opérateurs télécoms

Le ministre des Postes et télécommunications, José Mpanda Kabangu, a réuni jeudi les quatre opérateurs mobiles du pays pour tenter de répondre à une dégradation devenue chronique: coupures d’appels, réseaux saturés et forfaits data qui s’évaporent. Une réunion de «vérité» où chacun a reconnu sa part de responsabilité.

C’est un ras-le-bol devenu sujet politique en République Démocratique du Congo. La mauvaise qualité des services de télécommunications, et surtout cet «épuisement anormal des mégabytes» dont se plaignent des millions d’abonnés, a poussé le gouvernement à sortir de sa réserve.

Mpanda Kabangu a convoqué à Kinshasa les dirigeants de Vodacom, Airtel, Orange et Africell, ainsi que l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications -ARPTC- et plusieurs experts du secteur. Objectif affiché: «déceler les causes, établir clairement les responsabilités et trouver rapidement la solution idoine», selon le compte rendu de la réunion.

Un diagnostic partagé, entre causes structurelles et conjoncturelles

De l’aveu même des participants, la dégradation est générale et ne fait plus débat. Tous les opérateurs reconnaissent des difficultés persistantes pour leurs abonnés. Le diagnostic dressé à l’issue de la réunion fait état de trois failles majeures.

D’abord, une couverture insuffisante, marquée par des «zones blanches», un sous-dimensionnement des sites, des antennes défaillantes et des interférences radio aggravées par une expansion urbaine non anticipée. Ensuite, un réseau de transport saturé: liens FH et fibre optique congestionnés, coupures récurrentes, absence de redondance. Enfin, des infrastructures fragiles: pannes d’électricité, groupes électrogènes en panne, batteries dégradées, vandalisme et vols d’équipements, et obsolescence d’une partie du parc.

Pour les opérateurs, ces difficultés relèvent à la fois de problèmes opérationnels immédiats –coupures de fibre, délestages électriques– et d’un déficit structurel d’investissement. Ils plaident pour une meilleure protection des infrastructures existantes, une fourniture électrique plus stable, une défiscalisation des équipements d’énergies renouvelables et, surtout, la libération par le régulateur des fréquences 5G, jugées indispensables pour absorber une demande «devenue explosive».

Sur la question la plus sensible, celle des forfaits qui disparaissent en quelques heures, les quatre opérateurs invoquent l’évolution technologique. Le passage à la 4G, et demain à la 5G, accélère la consommation de données, souvent à l’insu de l’utilisateur: mises à jour automatiques, synchronisation avec le cloud, lecture vidéo en haute définition. Ils reconnaissent un «déficit de communication» avec leurs abonnés et promettent un effort d’éducation aux usages numériques. En cas de panne avérée, assurent-ils, la validité des forfaits sera prolongée.

Le régulateur promet un numéro d’urgence unique

Présent à la réunion, le président de l’ARPTC, Christian Katende, endosse son rôle de «policier du secteur». S’il admet que les causes relèvent à la fois des opérateurs et de l’encadrement étatique, il annonce des mesures concrètes: une meilleure information des abonnés et la mise en place d’un numéro d’urgence unique, en remplacement des numéros disparates de chaque opérateur, ainsi qu’un numéro vert permettant de saisir directement le régulateur.

«Nous avons des équipements nécessaires pour évaluer la qualité de communication que les opérateurs donnent», assure-t-il, tout en reconnaissant la nécessité de mieux encadrer la gestion partagée de la fibre optique, régulièrement vandalisée.

Le ton ferme du ministre

Face à eux, le ministre José Mpanda a choisi un ton inhabituellement ferme. S’il a remercié les opérateurs pour «le record» de chiffre d’affaires réalisé cette année –dont l’État bénéficie via taxes et impôts–, il a mis en garde: «Nous devons éviter de voler la population, de voler ce pauvre Congolais qui met son 1 dollar pour des mégas qu’il n’utilise pas. C’est injuste. Vos difficultés ne concernent pas les consommateurs qui vous payent en avance».

Il a obtenu un engagement: «À tout moment que vous constatez que vous avez mis vos forfaits, vos unités, et que ces unités n’ont pas été utilisées, que ces forfaits sont tombés, cela doit être réparé», a-t-il promis aux abonnés, assurant que les opérateurs restitueront les unités et les mégas non consommés en raison de pannes.

Reste l’ampleur du chantier. Selon les chiffres évoqués lors de la réunion, la République Démocratique du Congo aurait besoin d’au moins 54 000 kilomètres de fibre optique et de 30 000 tours pour assurer une couverture décente. Elle en compte aujourd’hui moins de 4 000 kilomètres et moins de 5 500 tours. Un gouffre qui explique, au-delà des responsabilités immédiates, pourquoi la promesse d’une connexion de qualité reste, pour des millions de Congolais, une attente toujours déçue.

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