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Kinshasa: l’Opposition décrète une journée ville morte le mercredi 3 juin prochain

Ça bouge du côté de l’Opposition. Réunie mardi 26 mai dernier au siège de l’ECIDé, elle a annoncé une journée ville morte le mercredi 3 juin prochain pour dénoncer ce qu’elle qualifie de dérive constitutionnelle liée à la proposition de loi Ngondankoy sur l’organisation du référendum. Le mouvement est né du coup de théâtre survenu mercredi 27 mai 2026 à l’Assemblée nationale. Dès que la Commission politique, administrative et juridique a déclaré recevable le texte, les élus d’Ensemble pour la République ont quitté l’hémicycle. Un retrait collectif présenté comme un refus de cautionner un forcing législatif. Pour Fayulu, Sesanga et Mwando, la manœuvre dépasse une simple réforme de procédure.

«Il s’agit d’une tentative de réécriture silencieuse des équilibres institutionnels», ont-ils déclaré lors du point de presse qui a suivi la plénière. Fayulu a été le plus incisif. Entouré des cadres d’Ensemble pour la République, il a accusé le Président Tshisekedi de rébellion contre la Constitution. «Qu’aucune personne ne sorte pour aller à ses activités, ni pour aller à l’école, ni à l’université. Ce qui s’est passé aujourd’hui à l’Assemblée montre que Tshisekedi est en train de se rebeller contre le pays. Il nous faut des actions sur le terrain. C’est pourquoi, ce mercredi 3 juin, nous avons décrété une journée ville morte», a-t-il martelé.

Les articles 219 et 220 au cœur de l’argumentaire

L’Opposition a fondé sa contestation sur une lecture stricte de la Constitution de 2006. Christian Mwando a dénoncé un texte qui viserait à contourner les articles 219 et 220. Le premier interdit tout référendum en période de guerre ou d’état de siège. Le second protège certaines matières contre toute révision. «Nous avons considéré que cette proposition de loi tentait de contourner ces articles en introduisant une ruse permettant de modifier le cadre verrouillé par des moyens exceptionnels», a expliqué le député de Moba. Pour les opposants, la Loi Ngondankoy ne serait pas un outil démocratique, mais une porte d’entrée vers une révision ciblée des dispositions intangibles de la Loi fondamentale. Ils y voient en filigrane la préparation d’un éventuel troisième mandat présidentiel. L’initiative intervient dans un climat politique tendu. L’état de siège reste en vigueur dans l’Est du pays et la rébellion AFC/M23 occupe toujours des portions du territoire national.

Dans ces conditions, l’Opposition estime que tout processus référendaire serait «non seulement contestable sur le plan légal, mais également dangereux sur le plan politique». Elle qualifie le projet de suicidaire pour l’unité du pays et parle de complot ourdi contre la Constitution. En appelant à paralyser Kinshasa et d’autres villes le 3 juin prochain, l’Opposition a changé de registre. Elle a quitté l’obstruction parlementaire pour la mobilisation populaire, avec un double objectif, à savoir: faire pression sur le pouvoir et tester sa capacité de mobilisation. Face à elle, la majorité se doit de démontrer que la procédure suit son cours sans heurts majeurs. Le bras de fer entre la rue et l’hémicycle semble désormais ouvert.

Hénoc AKANO

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