
La ministre d’Etat aux Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, s’est confiée à Voix de l’Amérique à la faveur d’une interview, abordant les sujets les plus brûlants de son secteur. Notamment l’agression de la RD-Congo par le Rwanda via les rebelles du M23, les sanctions infligées aux responsables de ce mouvement rebelle, la nécessité de prendre des mesures supplémentaires contre le Rwanda et leurs soutiens. Sa vision d’une diplomatie proactive a aussi été abordée au cours de cet entretien qu’«AfricaNews» vous propose de lire.
Des sanctions infligées à Nangaa, Bisimwa et Samatama
Nous nous réjouissons de la récente décision des États-Unis d’Amérique d’imposer des sanctions aux acteurs rebelles. Cette décision intervient deux semaines après la publication du rapport du groupe d’experts de l’ONU, un rapport très accablant sur la présence de plus de 4.000 soldats rwandais dans notre pays. 4.000 soldats que nous n’avons pas invités. Il s’agit donc d’un premier pas important. Cependant, nous pensons qu’il faut faire plus, encore une fois, à la lumière de la situation humanitaire dramatique de plus de 7 millions de citoyens RD-congolais déplacés.
Une diplomatie plus proactive pour le retour de la paix
Nous avons fait des efforts très soutenus et très louables dans notre diplomatie depuis que le Président Tshisekedi a pris les rênes du pays. Je me vois dans la continuité de cela, et je me vois en train de pousser plus loin l’enveloppe sur certaines questions. Quand je parle d’être plus proactif dans notre diplomatie, c’est aussi rapprocher nos étages de nos différents partenaires, de nos différentes parties prenantes sur lesquelles nous nous engageons, sur tant d’autres sujets. C’est donc l’un des éléments clés.
Être proactif signifie aussi parfois entamer des conversations difficiles. Et je pense que c’est l’une des conversations difficiles que beaucoup de nos partenaires et de nos parties prenantes ont évité: le fait que nous ayons un pays voisin qui, dans d’autres pays, est accueilli comme un apporteur de paix, comme un artisan de la paix, mais qui est un belliciste dans la région des Grands Lacs. C’est une conversation difficile à avoir, mais c’est de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle de diplomatie proactive. Il s’agit de mettre ces questions sur la table, et c’est ce que je considère comme l’un des principes clés de ma vision et de mon mandat.
La Communauté internationale interpellée sur l’agression rwandaise
Je sais qu’il y a beaucoup de points de vue divergents sur la situation en RD-Congo. Je voudrais donc nous ramener à quelque chose que nous pouvons tous considérer comme objectif. Le dernier rapport du groupe d’experts réitère ce que nous disons depuis très longtemps. La présence des forces de défense rwandaises sur notre territoire national, sans invitation, sans sollicitation et en violation flagrante de tous les aspects du droit international humanitaire et d’autres aspects du droit international. C’est donc de cela que nous parlons lorsque nous demandons plus à la Communauté internationale. Il s’agit de défendre les normes auxquelles nous avons tous adhéré. C’est aussi défendre ces valeurs que nous défendons sur d’autres fronts et la nécessité de le faire en RD-Congo, où nous avons 7 millions de personnes déplacées et des milliers de personnes qui ont été tuées depuis le début de ce conflit.
Il est très important d’attirer à nouveau l’attention sur le fait qu’au début, ce projet a été présenté comme le retour des M23 après 10 ans. Une petite parenthèse: il y a 10 ans, j’étais un travailleur humanitaire au Nord-Kivu. J’ai été témoin des souffrances infligées à la population RD-congolaise par le M23. 10 ans plus tard, nous sommes à nouveau dans cette situation. Et 10 ans plus tard, c’est la même chose. C’est un soi-disant M23 soutenu par le Rwanda.
Et aujourd’hui, nous avons encore plus de troupes rwandaises que des soldats du M23. Nous avons donc un gros problème lorsque nous parlons de cette problématique comme s’il s’agissait d’une question unique, alors qu’il s’agit d’une menace pour la paix et la sécurité internationales. Nous voulons et nous attendons de la Communauté internationale, qui ne se limite pas aux pays occidentaux, qu’elle comprenne également nos voisins, nos frères africains, nos institutions africaines. Nous voulons que la Communauté internationale tienne les commanditaires de cette campagne de douleur, de souffrance et de déplacement responsables de ce qu’ils nous font subir.
Du processus de Luanda
Je voudrais vous rappeler que nous avons le processus de Luanda qui a été établi comme un forum diplomatique dans lequel cette question -dialogue avec le Rwanda- est discutée. Et, nous y adhérons toujours. Pourquoi y adhérons-nous même en cas de violation flagrante de notre intégrité territoriale, même s’il y a 4.000 soldats rwandais sur notre territoire et plus de 7 millions de personnes déplacées? Nous voulons une solution durable. C’est pourquoi nous retournons à Luanda, car c’est nous qui enterrons nos mères, nos frères, nos sœurs, nos pères avec cette guerre. Nous voulons y mettre un terme. Cela fait 30 ans et chaque année est une année de trop. Nous sommes donc déterminés à trouver une solution durable. La question que je voudrais vous poser est de savoir si les autres parties prenantes sont également engagées en faveur de la paix.
Avec VOA

