
«Un homme a parlé. De loin, mais d’une voix que le pays connaît». Olivier Kamitatu ouvre ainsi sa tribune «Les heures, les jours, les semaines», publiée samedi 10 octobre en réponse à l’allocution de l’ancien chef de l’État. Pour l’ancien président de l’Assemblée nationale, l’essentiel n’est pas dans le réquisitoire, mais dans la promesse finale. En annonçant qu’il partagera «dans les heures, jours ou semaines à venir» sa conviction sur ce qu’il faut entreprendre, l’ancien président «ne prononce plus un discours. Il tire une traite sur l’avenir. Et il en répond sur son nom», écrit Kamitatu.Le diagnostic, lui, ne fait pas débat à ses yeux: «Des officiers généraux arrêtés, certains morts en détention. Des opposants, des journalistes, des militants réduits au silence. Une gouvernance que les indicateurs de la Banque mondiale voient se dégrader d’année en année. Un endettement dont nul ne connaît plus le périmètre exact». S’y ajoutent, rappelle-t-il, les «minerais critiques engagés sans débat national», l’initiative des évêques de la CENCO et de l’ECC «écartée d’un revers de main» et la relance du projet de changement de Constitution.
«Ce constat n’appartient pas à un seul homme. Il appartient à la Nation», estime Kamitatu. «Les insuffisances d’hier ne sauraient absoudre les dérives d’aujourd’hui». Le point névralgique de sa tribune porte sur le calendrier. «Deux horloges battent désormais en même temps: celle de la médiation africaine, et celle que s’est fixée l’ancien Président». La veille de l’allocution, le panel des facilitateurs de l’Union africaine arrivait à Kinshasa après Goma et Kigali. Faut-il les opposer? Non, répond-il: «Elles peuvent se rejoindre». Il plaide pour que la médiation n’ignore «aucune des voix qui pèsent sur le destin du pays», y compris «celle de l’homme sous la présidence duquel fut signé l’Accord global et inclusif, et qui a conduit la première alternance pacifique de notre histoire». Mais la crédibilité du pari reste à prouver. L’action annoncée devra franchir «trois marches»: «Dénoncer une dérive. Proposer une issue. Montrer comment restaurer l’autorité de l’État». Pour l’heure, seule la première est franchie.
Kamitatu fixe ses lignes rouges: «Une action inscrite dans le cadre de la Constitution, conduite par des moyens pacifiques, ouverte à toutes les forces républicaines: celle-là rassemblera». Et de redéfinir le dialogue: «Personne n’en est exclu: ni un parti, ni une région, ni un ancien Président. Il est conduit par une médiation crédible. La Constitution n’y est pas à négocier». À l’inverse, «ce que le pouvoir présente sous ce nom est autre chose. On n’y discute pas, on y ratifie».
Il s’adresse enfin à Washington, lié à Kinshasa par un partenariat stratégique sur les minerais critiques depuis décembre 2025: «Cet accord engage un État. Il n’engage pas un homme. La stabilité du Congo ne se confond pas avec la permanence d’un homme». Reste la question centrale: «Comment chacun se positionnera-t-il?» Et l’ancien chef de l’État lui-même, «condamné à mort par contumace»: «Son action sera-t-elle à la hauteur de cette parole? Dira-t-il comment rendre à l’État les territoires occupés?». «L’horloge tourne. Chacun sera jugé à ce qu’il fera quand elle sonnera», termine l’ancien speaker sous la transition 1+4.




