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Kabwik: le Président consacre son général bâtisseur

Il y a des images qui valent tous les discours. Jeudi 27 août, au Palais de la Nation. Le Président Félix Tshisekedi s’avance, une médaille entre les mains. En face de lui, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, l’homme de Kanyama Kasese, garde-à-vous, le regard ému. Le Chef de l’État épingle lui-même l’insigne sur la poitrine du général. Commandeur de l’Ordre national. Et, à la clé, la prestigieuse médaille du Mérite agricole. La salle, composée d’autorités du pays et de ces jeunes en uniforme bleu qu’on appelle désormais les bâtisseurs de la Nation, applaudit à tout rompre. C’est plus qu’une cérémonie. C’est la reconnaissance d’une révolution silencieuse. Pour comprendre cette médaille, il faut remonter loin. Très loin de Kinshasa.

Une idée née en 1997, ressuscitée en 2019

Le Service national n’est pas né hier. Il a été créé le 15 octobre 1997, par le décret-loi 032, sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila. Un organisme public, paramilitaire, doté d’une autonomie administrative et financière, placé sous l’autorité directe de la Présidence. Sa mission d’origine était déjà visionnaire: encadrer, éduquer et mobiliser les jeunes désœuvrés pour participer à la reconstruction patriotique du pays. Mais pendant vingt ans, l’idée est restée une idée. Un sigle, des bureaux, zéro tonne de maïs.

Et puis, il y a eu 2019. L’arrivée de Félix Tshisekedi. Et sa rencontre avec un officier général: Jean-Pierre Kasongo Kabwik. Le général le dit lui-même, sans détour, lors du briefing historique de fin juillet 2026 à Kanyama Kasese, en présence du porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, en marge de la visite présidentielle dans le Haut-Lomami: «Nous pouvons dire que le Service national, dans son format actuel, est l’œuvre de Son Excellence, Monsieur le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi. Le Service national avait certes été créé en 1997, mais, dans son format actuel, il est l’œuvre de l’actuel Président». Le constat de départ était implacable: «Lorsque nous sommes arrivés au Service national, la première production réalisée ici était de 1 000 tonnes de maïs en une année, alors qu’auparavant elle était nulle. Avant 2019, il n’y avait même pas une tonne de maïs produite ici».

De 0 à 38 000 tonnes: la moisson du siècle

Sept ans plus tard, les chiffres parlent. C’est le cœur de la médaille du Mérite agricole.Pour la campagne agricole en cours, en 2026, le centre de Kanyama Kasese a déjà récolté plus de 30 000 tonnes de maïs, alors que la récolte n’est même pas terminée. «Cette année, nous allons avoisiner une production annuelle de 38 000 tonnes de maïs ici. C’est quelque chose de grand. Avec les équipements mis à notre disposition par le Commandant suprême, nous disposons de machines formidables, dont une seule peut labourer jusqu’à 400 hectares», explique le général. Et ce n’est qu’un début.

La mécanique est lancée. Mécanisation lourde, terres préparées, ambition continentale. «Avec les machines dont nous disposons, nous avons la capacité de cultiver jusqu’à 20 000 hectares. Si nous disposions de terrains bien défrichés et préparés, nous pourrions produire près de 100 000 tonnes de maïs. Pour l’année prochaine, nous projetons de produire 50 000 tonnes de maïs en 2027».Derrière, les infrastructures suivent: des silos modernes qui se dressent dans la savane, une minoterie moderne d’une capacité annuelle de 100 000 tonnes de farine de maïs, des séchoirs et une usine de séchage permettant de traiter les céréales après la récolte.

«Il s’agit donc d’un dispositif complet ici, au Service national. Conformément aux instructions reçues du Commandant suprême, le Service national pourra produire 100 000 tonnes de maïs d’ici trois ans. Sans fausse modestie, le Service national pourra être la plus grande ferme agricole d’Afrique». L’autre pôle, à Lovo dans le Kongo-Central, suit la même trajectoire. L’autosuffisance alimentaire n’est plus un slogan. C’est une réalité qui pousse.

La plus belle récolte: l’Homme

Mais à Kanyama Kasese, on ne cultive pas que le maïs. On cultive l’Homme. C’est la seconde moisson, la plus précieuse. Il y a quatre ans, le centre ne comptait que quatre bêtes. Aujourd’hui, on y élève plus de 9 000 têtes de bétail, avec l’ambition d’atteindre 20 000 têtes dans les trois prochaines années. Qui a construit tout cela? Qui a labouré, qui a élevé, qui a bâti les écoles, les dortoirs, le site présidentiel? La réponse se trouve dans un mot: les bâtisseurs. Autrefois, on les appelait les Kuluna. Le visage de la délinquance urbaine à Kinshasa, Matadi et Lubumbashi. Des jeunes livrés à eux-mêmes, machettes à la main. Le général Kasongo Kabwik est allé les chercher. Il les a emmenés à Kanyama. Il les a encadrés, disciplinés, formés.

«Les moyens ont été mis à la disposition du Service national par le Commandant suprême, mais cette infrastructure a été entièrement construite par les Bâtisseurs de la Nation. Ceux qui étaient autrefois décriés dans plusieurs villes et considérés comme des Kuluna ont été transformés, formés et professionnalisés ici, à Kaniama-Kasese. Ces Bâtisseurs ont construit tous les ouvrages que vous voyez».

Aujourd’hui, ces mêmes mains fabriquent des bancs scolaires. Des milliers de bancs distribués gratuitement dans les écoles et les universités à travers le pays. Chaque banc est une revanche sur le passé. Et ils ont bâti l’impensable: l’hôpital ultramoderne Maman Denise Nyakeru Tshisekedi. 85 lits, dont trois chambres VIP. Un plateau technique complet -maternité, chirurgie, radiologie, laboratoire- et ce scanner de 128 coupes offert par la Fondation LONA. Entièrement digitalisé, avec de la télémédecine qui relie Kanyama à Kinshasa et à l’international. Un hôpital du futur, construit au milieu de la brousse, par des ex-délinquants devenus maçons, électriciens, infirmiers.

De la terre à la ville

Aujourd’hui, le Service national ne s’arrête plus aux champs. Ses bâtisseurs en uniforme bleu sont à Kinshasa, dans l’opération d’assainissement de la capitale. Ils curent les caniveaux, ramassent les immondices, évacuent les épaves qui étouffaient la ville. Ça marche bien. Les débuts sont encourageants.  De la terre à la ville, de l’école à l’hôpital, la boucle est bouclée. De l’organisme fantôme de 1997 à la plus grande ferme d’Afrique annoncée pour 2029. Jeudi, en recevant sa médaille, le général Kasongo Kabwik, visiblement ému, a eu ce mot qui résume l’esprit de Kanyama: «Ce n’est pas un point d’arrivée, mais un encouragement à faire davantage, à servir encore mieux». La moisson, décidément, ne fait que commencer.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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