
Le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a accusé samedi l’ancien président Joseph Kabila de se comporter comme un «agent de l’ennemi» et un «collabo», au lendemain d’une nouveau message à la nation de l’ex-chef de l’État depuis son exil.Dans une déclaration intitulée «Le paroxysme de la perfidie!», Lihau réagit aux critiques formulées vendredi par Kabila contre la gouvernance du président Félix Tshisekedi et à son appel à de nouvelles initiatives politiques pour sortir de la crise. «Le discours de l’ancien président relève de la perfidie et de la trahison», écrit-il, estimant que l’ancien chef de l’État agit comme un «agent de l’ennemi».
Pour étayer son propos, le vice-Premier ministre revient sur plusieurs séquences de l’histoire récente de la République Démocratique du Congo, dont la chute du régime de Mobutu Sese Seko en mai 1997 à la suite de l’offensive de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo -AFDL-, et l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001 à Kinshasa. Il évoque également le rôle du Rwanda dans les conflits qui ont affecté la République Démocratique du Congo depuis les années 1990. Les accusations de collaboration avec une puissance étrangère portées contre Kabila relèvent de la position exprimée par Lihau et ne s’appuient pas, dans sa déclaration, sur des éléments de preuve judiciaire rendus publics. Il existe cependant une décision de justice condamnant Kabila, reconnu coupable de trahison, de crimes de guerre -meurtres, viols-, de complot et de participation à un mouvement insurrectionnel -en lien avec le groupe rebelle M23 et le Rwanda.
Lihau défend par ailleurs le bilan du président Tshisekedi, arrivé au pouvoir en janvier 2019 après une alternance inédite depuis l’indépendance. Il rappelle les difficultés institutionnelles, économiques et sécuritaires héritées à cette date, notamment dans l’est du pays où la violence armée est antérieure à 2019. Selon le Baromètre sécuritaire du Kivu -KST-, un projet conjoint du Groupe d’étude sur le Congo -GEC- et d’Human Rights Watch, 122 groupes armés étaient recensés dans les Kivus en 2020, contre environ 130 en 2019. Depuis fin 2021, la résurgence de la rébellion du M23 a aggravé la crise sécuritaire. Le groupe, que Kinshasa accuse Kigali de soutenir, ce que Kigali dément, contrôle de larges pans du Nord-Kivu.
La capitale provinciale, Goma, est tombée en janvier 2025. Dans sa déclaration, Lihau réaffirme l’attachement du gouvernement à l’unité et à l’intégrité territoriale et appelle le peuple de la République Démocratique du Congo «à ne pas céder aux intimidations». Il affirme que «la justice finira par rattraper les ennemis de la République», sans préciser les procédures auxquelles il fait référence. L’ancien président Kabila, au pouvoir de 2001 à 2019, vit en exil depuis fin 2023. Sa prise de parole de vendredi est la troisième depuis le début de l’année 2025. Cette passe d’armes illustre la persistance des tensions entre le camp présidentiel et l’ancien chef de l’État, sur fond de crise sécuritaire dans l’Est et de débat sur les perspectives d’un dialogue politique national.
Natine K.





