
Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur de la République Démocratique du Congo, propose de mettre en place une organisation mondiale dédiée aux pays producteurs de minerais, à l’image de l’OPEP pour le pétrole, afin de rétablir l’équilibre des forces et d’assurer des prix équitables face aux grandes entreprises minières internationales.
Dans une tribune publiée le 26 octobre, intitulée «Nécessité d’une organisation mondiale autour des minerais comme à l’époque des sept sœurs», cet ancien gouverneur du Nord-Kivu évoque les racines de l’hégémonie occidentale sur le marché pétrolier, marquées par les célèbres sociétés des années 1940 telles que Standard Oil, Royal Dutch Shell, Gulf Oil et Texaco, qui imposaient leurs tarifs et contrôlaient l’intégralité de la chaîne de valeur.
«Ce cartel des Sept Sœurs a poussé les pays producteurs à fonder l’OPEP en 1960 pour reprendre en main leurs ressources naturelles», souligne ce membre du gouvernement Suminwa, en faisant un parallèle avec la situation actuelle du secteur minier à l’échelle mondiale.
Une nouvelle hégémonie minière
Julien Paluku observe que la transition énergétique mondiale, destinée à réduire la dépendance aux énergies fossiles, a engendré une demande croissante pour certains minerais essentiels—comme le cobalt, le lithium, le nickel, le cuivre et le manganèse—nécessaires à la fabrication de batteries électriques et aux technologies vertes.
«Cependant, ces ressources sont maintenant contrôlées par un nouveau cartel discret», met-il en garde, en citant des entreprises comme BHP Group, Glencore, Rio Tinto, Freeport-McMoran, Zijin Mining, CMOC et Anglo American, qu’il assimile aux anciennes Sept Sœurs de l’industrie pétrolière. Il mentionne également les géants industriels tels que CATL, Tesla et BMW, qui exercent une influence significative sur les flux et les prix en tant que clients finaux.
Une “révolte positive” des producteurs
Le ministre estime que les pays producteurs, y compris la RDC, l’Indonésie, le Chili, la Zambie, la Namibie et l’Australie, disposent d’un potentiel énorme mais demeurent «à la merci des acheteurs». Cette dépendance se manifeste par la chute du prix du cobalt, qui est passé de 80 000 dollars la tonne en 2022 à 21 000 dollars en 2025. Julien Paluku appelle donc à la création d’une «organisation mondiale des pays producteurs de minerais» qui aurait pour mission d’harmoniser les politiques minières, de stabiliser les prix et d’affirmer la souveraineté économique des nations riches en ressources pour faire face à cette problématique.
Fort de son expérience en tant qu’ancien ministre de l’Industrie avant de diriger le Commerce extérieur, il met en garde contre les risques d’une future «guerre économique mondiale» autour des ressources, semblables aux tensions pétrolières du Golfe dans les années 1990, et exhorte les États à anticiper ces défis à travers une gouvernance politique, économique et militaire plus solide. «Cette tribune appelle les Nations à se préparer à faire face aux chocs extérieurs», conclut Julien Paluku.

