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Jonas Tshiombela: «La rencontre ECC-CENCO et l’AFC-M23 s’apparente à la haute trahison»

Face au carnage de Goma, aucun esprit lucide ne peut rester silencieux. C’est cas de Jonas Tshiombela Kabiena, coordinateur de la Nouvelle société civile congolaise -NSCC. Dans un entretien avec «AfricaNews», cet activiste s’oppose à tout dialogue avec la coalition RDF-AFC-M23 qui risquerait d’institutionnaliser l’occupation de la RD-Congo par le Rwanda et accuse les pères de l’Eglise du Christ au Congo et de l’Eglise catholique de s’être lancés dans une démarche s’apparentant à la haute trahison. Tout en saluant l’enquête annoncée par le Conseil des Nations unies aux droits de l’homme, Jonas Tshiombela souhaite que, cette fois-ci, le rapport qui sera réalisé ne puisse rester lettre morte que le rapport Mapping. Pour sauver la RD-Congo, il pense que la solution est dans la rue. C’est-à-dire que le peuple doit se prendre en charge. Interview.

Comment la Nouvelle société du Congo -NSCC- a-t-elle accueilli l’enquête annoncée par le Conseil des Nations unies aux droits de l’homme en RD-Congo sur les crimes commis dans les Kivu?

Oui nous avons salué le fait que le gouvernement de la République ait arraché au Conseil des Nations unies une enquête, mais nous restons vigilants parce que les enquêtes sont souvent ouvertes pour nous calmer mais à la fin la sanction ne suit pas. A partir du moment où on a remarqué qu’il y a un pays qui a agressé un autre et qui a occasionné des violations massives des droits de l’homme, je crois que la moindre des choses serait d’abord de prendre des sanctions en termes de mesures conservatoires en attendant la classification avec les enquêtes.

Je crains fort que ce soit fait pour juste nous calmer et continuer à laisser pourrir la situation. Près de trois mille morts c’est quand même extrêmement inquiétant. Nous ne pouvons pas accepter cela avec des milliers de déplacés. Plus de 6 millions de RD-Congolais sont dans la nature pour n’avoir rien fait et à cause de leurs richesses. Donc, cette situation reste extrêmement préoccupante. Nous ne sommes pas naïfs, mais nous croyons en la démarche qui est faite après la prise de Goma par les agresseurs et leurs subjectifs terroristes AFC-M23. Nous ne pourrions que continuer à déplorer l’impuissance de la Communauté internationale. Il y a maintenant lieu que la Communauté internationale se mobilise. Je crois que la réponse est dans la rue.

Pensez-vous que cette fois serait-elle la bonne car, jusqu’ici, le rapport Mapping élaboré par les experts de l’ONU entre mars 1993 et juin 2023 sur les violations massives des droits de l’homme et du droit humanitaire en RD-Congo n’a jamais connu un début d’exécution?

Nous ne pouvons pas croire que, cette fois-ci, c’est le bon car, nous savons qu’il y a un rapport Mapping qui, jusqu’aujourd’hui, n’a jamais été exploité et est devenu un document de rappel, des intentions qui n’apportent rien.  Même s’il y a des enquêtes avec le rapport Mapping, ne nous limitons même pas à ce rapport qui est resté une lettre morte, mais il y a aussi le rapport des experts des Nations unies qui attestent noir sur blanc les dégâts matériels occasionnés par l’agression de la RD-Congo qui est le Rwanda. C’est toujours lettre morte. Ne pensons pas qu’avec l’actuelle enquête vraiment nous allons arriver à des sanctions. On a arraché l’enquête mais qui vous dit qu’elle sera suivie des sanctions et des effets parce qu’il y a déjà de précédents fâchés. Tous les rapports ont été présentés et la suite a toujours été tergiversation. C’est pourquoi nous insistons que la solution est dans la rue.

La NSCC soutient-elle l’initiative de l’Eglise du Christ au Congo -ECC- et de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- en vue d’un dialogue?

La rencontre du mercredi 12 février entre le duo CENCO-ECC avec le M23 a choqué toute l’opinion RD-congolaise. Car ces pères de l’église sont allés rencontrer des assassins et ont discuté avec eux. Pourquoi n’avaient-ils pas pensé les rencontrer avant qu’ils commettent un carnage à Goma? Ils ont déjà tué et ont des mains ensanglantées. Donc, nous pensons que ce dialogue, la démarche de la CENCO, que nous avions saluée du reste, mais elle est maintenant piégée par le fait qu’ils sont allés rencontrer ceux-là mêmes qui sont à la base du drame que nous sommes en train de déplorer.

Lorsqu’on voit les images, ils sont avec les Rwandais autour de la table. On parle au nom du RD-Congolais. C’est une aberration, c’est une erreur du jugement. Présentement, je suis à Arusha pour suivre le procès des violations massives des droits de l’homme avec le procès RD-Congo-Rwanda. Nous sommes en train de nous battre pour qu’il y ait réparation alors qu’au pays, des gens sont en train d’aller négocier avec ceux-là qui ont tué nos propres frères en accompagnement des Rwandais. Ça s’apparente à la trahison. Toutes les victimes ne pardonneront pas à Nangaa.

Partagez-vous les inquiétudes selon lesquelles négocier avec la coalition RDF-AFC-M23, c’est institutionnaliser l’occupation de la RD-Congo par le Rwanda?

Je partage cet avis. Négocier avec le M23 serait non seulement institutionnaliser l’occupation de la RD-Congo par le Rwanda, mais c’est lui donner raison comme s’il avait raison de tuer, de violer, de venir avec les Rwandais que nous sommes en train de déplorer. Ils viennent pour prétendre réintégrer encore l’armée comme par le passé, il y a eu le mixage et puis reprendre le même cycle. Les troupes rwandaises doivent d’abord se retirer de la RD-Congo avant de négocier avec elles. Elles occupent notre pays. C’est inadmissible.

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