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Jonas Tshiombela: «la question FDLR ne justifie pas l’occupation rwandaise»

La présence des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda -FDLR- au Nord et Sud-Kivu sert, depuis près de 30 ans, de justification à l’intervention rwandaise en RD-Congo. Un argument qui, selon Kinshasa, ne tient plus. Alors que les deux provinces sont aujourd’hui sous contrôle de l’armée rwandaise et de ses supplétifs du M23-AFC, la MONUSCO annonce avoir rapatrié 122 ex-combattants FDLR depuis septembre 2026, et le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, vient d’évoquer le dossier à Entebbe avec le Président ougandais Yoweri Museveni. Dans ce contexte, la Nouvelle société civile congolaise -NSCC- dénonce un prétexte pour perpétuer l’occupation et l’exploitation illicite des ressources sur le territoire RD-congolais. Son Coordonnateur national, Jonas Tshiombela, appelle à l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité qui exige le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation de tous les groupes armés. Entretien.

Comment expliquez-vous que le Rwanda continue d’invoquer la menace des FDLR pour justifier sa présence en RD-Congo, alors que ces mêmes FDLR se trouvent aujourd’hui dans les zones du Nord et Sud-Kivu sous contrôle de son armée et de ses supplétifs du M23-AFC?

C’est un alibi qui ne tient plus. La présence des FDLR ne peut en aucun cas constituer un titre juridique autorisant un État étranger à déployer son armée sur le territoire souverain de la RD-Congo. Depuis des décennies, cette question est invoquée pour justifier l’intervention militaire rwandaise, alors qu’elle doit être traitée comme une question de sécurité et de désarmement, non comme un droit d’occupation. La résolution 2773 du Conseil de sécurité condamne l’offensive du M23 avec le soutien des Forces de défense rwandaises et exige leur retrait immédiat et sans condition. Si menace il y a, elle doit être traitée par des mécanismes vérifiables de désarmement et de contrôle international, pas par une présence militaire étrangère. Il ne faut pas en faire un écran de fumée pour occulter la question du M23 et de l’exploitation illicite des ressources.

Selon la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD-Congo -MONUSCO-, 122 anciens éléments FDLR et leurs dépendants ont été rapatriés vers le Rwanda depuis septembre 2026. Ce bilan ne prouve-t-il pas que la question est gérable sans invasion?

Ce chiffre, communiqué par le chef de la MONUSCO, James Swan, le 29 septembre devant le Conseil de sécurité, prouve précisément qu’il existe des mécanismes non militaires pour traiter cette question. Si des éléments FDLR peuvent être identifiés, désarmés, regroupés et rapatriés sous supervision appropriée, alors la réponse doit être organisée autour de ces mécanismes plutôt que de servir de justification à une intervention étrangère. Mais le rapatriement de personnes ne signifie pas que toute la question sécuritaire est réglée. Il démontre qu’elle peut faire l’objet d’un processus concret, vérifiable et encadré. C’est pourquoi la NSCC demande que toutes les opérations de reddition, de désarmement, de cantonnement et de rapatriement soient documentées, transparentes et vérifiables, afin que personne ne puisse instrumentaliser la question FDLR pour justifier indéfiniment la guerre.

Que vous inspire la rencontre d’Entebe entre le Président Museveni et le ministre RD-congolais de l’Intégration régionale sur la question des FDLR? L’Ouganda peut-il jouer un rôle de médiateur crédible?

Cette rencontre s’inscrit dans la mobilisation diplomatique de Kinshasa autour du processus de paix et de la reddition des FDLR. Mais elle ne doit pas conduire à présenter automatiquement l’Ouganda comme un médiateur neutre. Pour la société civile RD-congolaise, la neutralité est une condition essentielle de toute médiation crédible. Or l’Ouganda est lui-même un acteur militaire et sécuritaire directement impliqué dans la dynamique du conflit dans l’Est de la RD-Congo. Il convient de distinguer son rôle éventuel de partenaire régional de sécurité de celui de médiateur impartial. La question des FDLR peut être discutée avec tous les États concernés, mais la médiation doit être confiée à un acteur dont l’impartialité est acceptée par toutes les parties. L’objectif ne doit pas être de déplacer le problème d’un mécanisme à un autre, mais d’obtenir des résultats vérifiables: désarmement, rapatriement et retrait des forces étrangères.

Depuis 30 ans, les FDLR servent de prétexte à toutes les guerres. Quelles actions concrètes doivent être menées pour clore définitivement ce chapitre?

Après plusieurs décennies de conflits, la question FDLR ne doit plus être une justification permanente de la guerre. La RD-Congo doit poursuivre et renforcer un mécanisme transparent de désarmement, de reddition, d’identification, de rapatriement et de réinsertion, avec l’appui des Nations unies. Parallèlement, la communauté internationale doit traiter les différentes composantes du conflit de manière cohérente. On ne peut pas exiger de Kinshasa qu’elle neutralise les groupes armés présents sur son territoire tout en restant silencieuse face à la présence de forces étrangères et au soutien extérieur apporté à certains groupes. La résolution 2773 offre déjà un cadre: retrait des forces rwandaises, cessation du soutien au M23 et neutralisation des FDLR. La solution est d’appliquer les mêmes principes à tous: aucun groupe armé ne doit bénéficier d’un soutien extérieur et aucune exploitation illégale des ressources ne doit financer le conflit.

Quel message la NSCC lance-t-elle au Conseil de sécurité qui a exigé dans sa résolution 2773 le retrait des troupes rwandaises?

Notre message est celui de la cohérence et de l’application effective de ses propres décisions. La résolution 2773 a été adoptée à l’unanimité le 21 février 2025. Elle condamne l’offensive du M23 avec le soutien rwandais et exige le retrait des forces rwandaises. La question essentielle aujourd’hui est: que vaut une résolution du Conseil si ses principales exigences restent insuffisamment exécutées? La communauté internationale doit appliquer les mêmes standards à tous les acteurs. La neutralisation des FDLR doit être poursuivie, mais elle ne peut pas être utilisée pour relativiser l’obligation faite aux forces étrangères de quitter le territoire RD-congolais. Nous appelons aussi à une attention forte sur la traçabilité des minerais et les circuits économiques qui alimentent le conflit. La RD-Congo n’a pas vocation à être le champ de bataille permanent des rivalités régionales. Le règlement durable repose sur cinq principes: souveraineté, retrait des forces étrangères, neutralisation de tous les groupes armés, traçabilité des ressources et responsabilité des acteurs.

Octave Mukendi

Rédacteur en chef d'AfricaNews RDC, Octave Mukendi est un journaliste expérimenté. Il coordonne la production éditoriale du média et veille au respect des standards de qualité, de rigueur et d'éthique journalistique. Il couvre les grands enjeux politiques, économiques et sociaux en République démocratique du Congo, avec une attention particulière portée à la contextualisation et à la fiabilité de l'information. À travers son travail éditorial et ses analyses, il contribue à faire d'AfricaNews une référence en matière d'information crédible, vérifiée et sans filtre.

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