
Septembre 2019. L’Administration Tshisekedi est en poste depuis neuf mois. Un premier scandale secoue le nouveau régime: l’affaire dite «des 15 millions de dollars», décote de 15 % négociée par l’État sur une enveloppe de 100 millions de dollars versée aux compagnies pétrolières locales pour compenser le gel des prix à la pompe. Alors que la somme devait être reversée au Trésor public, l’Inspection générale des finances -IGF- révèle un détournement présumé vers un compte privé dans une banque commerciale, avant un retrait intégral en espèces. Le cabinet du président est épinglé. Au front, un député: Muhindo Nzangi Butondo, élu de Butembo.
2019: le procureur
«Est-ce que quelqu’un peut bouffer seul 15 millions de dollars? Est-ce que vous savez 15 millions de dollars? 15 millions de dollars, c’est l’argent qu’il nous faut pour que l’eau arrive dans la parcelle de toutes et chacun dans la ville de Goma», lance-t-il alors. Pour lui, l’enjeu dépasse les querelles politiques. «Où sont nos 15 millions? Point trait ! On n’a pas besoin d’explications. C’est l’argent de l’État. C’est l’argent du contribuable», insiste-t-il. Il menace de demander une commission parlementaire d’enquête et appelle le «nouveau chef de l’État» à l’exemplarité, y compris à l’égard de son propre cabinet.
2026: le mis en cause
Octobre 2026. Sept ans plus tard. Muhindo Nzangi est ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Il pilote le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business -PEJAB-, financé par la Banque africaine de développement -BAD- à hauteur de 57 millions de dollars américains, soit 40 millions d’unités de compte.
Le projet est arrivé à échéance le 31 décembre 2025. Selon la députée Hermione Bolumbe, le flou est total sur la gestion des fonds et sur les résultats.
Auditionné à l’Assemblée nationale le 21 octobre, le ministre assure: «Ce projet représentait 40 unités de compte, soit 57 millions de dollars américains. Les fonds sont là. Les jeunes sont en train de présenter leurs plans de business et ils sont en train d’être financés progressivement par le projet». Il affirme que 1 107 jeunes ont été financés, malgré des «contraintes opérationnelles». Une défense qui ne convainc pas. «Il n’a répondu à aucune de mes préoccupations. Il y a le directeur de cabinet du Chef de l’État qui a fait une note bien avant pour alerter le ministre qu’il y avait un détournement de 57 millions de dollars. Il faudrait que cette hémorragie s’arrête», rétorque Hermione Bolumbe.
Hier procureur, aujourd’hui mis en cause. L’extrait de 2019 est devenu viral. L’opinion réclame que la rigueur que Muhindo Nzangi exigeait hier lui soit appliquée aujourd’hui.
WIDAL






