
Le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a remis une couche après la publication du tout dernier rapport du groupe d’experts des Nations-Unies pour appeler, une nouvelle fois, à des sanctions contre le Rwanda dont le rôle trouble dans la crise en RD-Congo est documenté dans plusieurs rapports. Mukwege exige désormais des «sanctions fortes et coordonnées contre Kigali» dont le régime «dirige et contrôle de facto les opérations de M23».
De plus, les Forces de défense rwandaise -RDF- sont déployées en masse sur le territoire RD-congolais, jouant un rôle déterminant dans la conquête et l’occupation de nouveaux territoires et villes, notamment Goma et Bukavu. Dans son dernier rapport, les experts onusiens font état de preuves indéniables: images, vidéos authentifiées, témoignages et renseignement. De quoi irriter l’ancien candidat à la présidentielle de 2023, face à ces «sources fiables et concordantes» qui attestent de l’activisme de l’armée rwandaise en RD-Congo.
Le Nobel de la paix 2018 a ensuite déploré que les forces d’agression soient positionnées en première ligne pour s’engager directement dans les combats en utilisant des armes de haute technologie. «Depuis l’offensive éclair en janvier 2025 des troupes rwandaises et du M23, en violation flagrante de la Charte des Nations-Unies, plus de 11 millions de citoyens RD-congolais vivent entre la famine et la violence sous le joug des forces d’occupation qui contrôlent de larges pans des provinces du Sud et du Nord Kivu, ce qui a provoqué un regain préoccupant de violations graves des droits humains et des Conventions de Genève, et a aggravé la crise humanitaire et augmenté le déplacement forcé des centaines de milliers de civils», a-t-il alerté.
FDLR, un prétexte suranné
Dans cette déclaration, le médecin directeur de l’hôpital de Panzi a estimé que ces révélations démontent l’alibi d’une préoccupation sécuritaire avancé par le régime de Kigali pour justifier ses mesures défensives et son interventionnisme en territoire RD-congolais. A l’en croire, la neutralisation des FDLR est devenue un «prétexte suranné» et ne peut plus être invoquée comme une menace existentielle pour le Rwanda.
«Trente ans après le drame du génocide commis au Rwanda dont les auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice, et malgré d’innombrables opérations militaires et initiatives menées pour mettre fin à l’activisme des FDLR, tant par les autorités RD-congolaises qu’en collaboration avec le Rwanda par le déploiement direct de troupes rwandaises sur le sol RD-congolais, souvent avec le soutien de la MONUSCO, l’effectif numérique d’éléments restants de ce groupe armé suggère que sa capacité résiduelle de nuisance de ceux qui ont participé activement au génocide est fortement réduite», a-t-il écrit.
Avec cette capacité quasi réduite au néant, Mukwege est convaincu que le narratif rwandais est sérieusement mis à mal alors que Kigali continue «d’endeuiller toute une région au nom de pseudo-mesures de sécurité». Ce conflit a déjà fait périr plus de six millions de RD-Congolais. «Une partie importante des innombrables crimes ont été et continuent d’être commis d’après divers rapports des Nations Unies, dont le rapport Mapping, publié il y a presque 15 ans, directement par l’armée rwandaise ou par le truchement de rebellions téléguidées depuis Kigali, toujours sous couvert de ce même prétexte», a fait remarquer Mukwege.
Le gynécologue RD-congolais a indiqué que la diplomatie internationale ne peut continuer de tolérer ce cycle répétitif de violences qui, selon lui, a pour objectif véritable le contrôle et l’accaparement des ressources minières congolaises. S’il juge «impératif» d’initier des poursuites judiciaires contre les responsables du génocide, il appelle également en une reconnaissance internationale des souffrances des victimes RD-congolaises. De son constat, les mécanismes actuellement mis en place sacrifient la justice sur l’autel d’une paix fragile et illusoire.
Dr Denis Mukwege a, par ailleurs, exhorté les autorités RD-congolaises et la Communauté internationale à s’impliquer de manière décisive en faveur du désarmement de ces citoyens rwandais opérant sur le sol RD-congolais. Au moment même où des acteurs internationaux et des États s’impliquent pour trouver une solution pacifique à la dernière guerre d’agression déclenchée par le M23 avec l’appui direct et indirect du Rwanda, a-t-il déclaré, il y a urgence à éradiquer définitivement la question des groupes armés, notamment les FDLR et le M23, afin de donner une chance réelle à une paix durable et ouvrir la voie à une coexistence pacifique dans la région des Grands Lacs. Enfin, Mukwege a plaidé pour une justice transitionnelle sérieuse, à l’image de ce qui a été mis en œuvre au Rwanda, en Sierra Leone ou en Centrafrique.
Hénoc AKANO

