
Le bras de fer interne à Ensemble pour la République change de nature. Après les communiqués et les suspensions, Olivier Kamitatu et Hervé Diakiese ont choisi la voie de l’exploit d’huissier.
Le 16 septembre, leur conseil, Me Alain Amundala, a notifié à Dieudonné Bolengetenge, Secrétaire Général du parti, une mise en demeure de 48 heures. En cause: 57 publications diffusées entre le 26 juillet et le 24 août, qu’ils jugent injurieuses et diffamatoires.
Sur la forme, c’est leur droit le plus strict. Sur le fond, la démarche interroge sur le timing et sur le sens de leur engagement actuel, pensent bon nombre d’analystes.
Nager à contre-courant du moment politique
Le contexte politique oblige aujourd’hui le parti katumbiste et l’Opposition dans son ensemble à une clarté totale. La question centrale n’est plus une querelle de communicants, mais la position commune à tenir face à l’hypothèse, de plus en plus évoquée, d’un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
C’est sur ce front que les militants attendent un ancien Président de l’Assemblée nationale et un porte-parole d’un grand parti. Or, en déplaçant un conflit interne du Directoire et du Comité des sages vers le terrain judiciaire, on prend le risque, qu’on le veuille ou non, de fragiliser le collectif au pire moment.
On ne peut pas à la fois se réclamer d’Ensemble et mener, en parallèle, un combat qui affaiblit objectivement Ensemble. À un moment, il faut choisir son camp publiquement au lieu de nager à contre-courant du combat que le parti dit vouloir mener.
Un parti n’est pas un tribunal
Un haut chef de parti hostile aux chamailleries internes devrait savoir qu’un parti politique n’est pas un couvent. C’est un lieu de confrontations parfois brutales.
Que l’on regarde l’histoire récente en France. Au Parti Socialiste, la crise entre Martine Aubry et Ségolène Royal en 2008, les guerres entre Aubry et François Hollande, les frondeurs contre le gouvernement Valls: insultes, accusations de trahison, règlements de comptes publics. Combien de fois les dirigeants du PS ont-ils fait intervenir la justice pour régler un courant ? Jamais. Le débat a été tranché par le parti et ses militants, dans les congrès.
A droite, même scénario. La primaire de 2016 entre Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire a été d’une violence inouïe. Coups bas, révélations, humiliations publiques. Personne n’a sorti un exploit d’huissier de 48 heures contre son Secrétaire Général.
Transformer un désaccord de communication en affaire relevant des articles 74-75 du Code pénal et du Code du numérique, c’est judiciariser la vie politique interne. C’est un choix qui pose question pour des dirigeants d’envergure.
Le paradoxe des réseaux sociaux
Il y a enfin un paradoxe. Comment dénoncer, à juste titre, les dérives des réseaux sociaux tout en étant soi-même un acteur central de ces mêmes réseaux ?
Ceux qui se plaignent aujourd’hui d’être attaqués sur Facebook et X sont aussi présents quotidiennement sur Facebook et X, où ils commentent, répondent, alimentent la polémique et mobilisent leurs propres relais. On ne peut pas dénoncer l’arène tout en y combattant chaque jour.
La question de la régulation de la parole militante concerne tout le monde et ne se réglera pas par une mise en demeure ciblant la direction.
Au final, la balle est dans le camp de Kamitatu et Diakiese. Veulent-ils encore mener le combat d’Ensemble contre un projet de présidence à vie, ou veulent-ils mener un autre combat, judiciaire, contre Ensemble ?
Dans le premier cas, le débat doit revenir au Comité des sages. Dans le second, qu’ils aient le courage de le dire ouvertement et de choisir publiquement leur camp, plutôt que de maintenir le parti dans une ambiguïté permanente.
Blaise NGIESI TAMPIOKO
Militant de base Ensemble pour la République dans la Tshangu





