
La situation surprend et interroge. Il y a un peu plus d’un mois, l’Assemblée provinciale du Sud‑Ubangi a adopté, à la majorité, la résolution n°001/AP/SUB/2025 mettant en accusation le gouverneur Michée Mobonga Lobo. Malgré la transmission du dossier au Procureur général près la Cour de cassation et la notification par huissier, le 31 décembre 2025, le gouverneur continue d’exercer ses fonctions, alimentant les interrogations sur la réactivité du pouvoir central et sur la posture du vice‑premier ministre en charge de l’Intérieur, de la sécurité et de la décentralisation, Jacquemain Shabani Lukoo.
La plénière du 29 décembre 2025 a suivi des rapports jugés accablants de trois commissions de contrôle -Éducation, régie provinciale des recettes et gouvernance administrative et financière- adoptés à l’unanimité. Le président de l’Assemblée, l’honorable Malachie Adugbia Likundu, a saisi le procureur général près la Cour de cassation le 2 janvier 2026, en joignant la résolution et un exposé circonstancié des griefs.
La plainte détaille des accusations financières substantielles: versements et anomalies sur des sommes importantes, détournement présumé de la taxe provinciale d’embarquement pour 2025 évalué à 10 milliards de francs congolais, prélèvements non justifiés, virements vers des tiers et montants en devises liés à des crédits carbone, selon les pièces annexées à la saisine.
L’Assemblée évoque aussi un conflit d’intérêts présumé -locations à la province de biens et de véhicules appartenant au gouverneur ou à des proches-ainsi que des manquements administratifs, tels que, selon les députés, le refus de présenter le budget 2025 et les redditions de comptes 2024. Sur le plan procédural, les députés invoquent une disposition légale, notamment l’article 80, alinéa 2, de la loi organique n°13/10 du 19 février 2013, selon lequel «tout membre du gouvernement mis en accusation présente sa démission dans les 48 heures; passé ce délai, il est réputé démissionnaire».
Les juristes de l’Assemblée provinciale du Sud‑Ubangi estiment que, en n’ordonnant pas d’arrêté d’intérim ni de mesure conservatoire après la notification, le vice‑premier ministre Shabani a méconnu cette exigence et se trouve «en conflit avec la loi».
Plusieurs élus affirment que «48 heures se sont largement écoulées» et accusent Shabani de «fermer les yeux». Ces juristes relèvent également que l’adoption d’une résolution provinciale et la saisine du procureur déclenchent une procédure dont la conduite relève en partie des juridictions compétentes et du ministère de l’Intérieur.
Pour le volet judiciaire, le dossier est actuellement entre les mains du parquet général près la Cour de cassation, qui doit décider des suites: ouverture d’une instruction, éventuelle mise en examen et saisine de la juridiction compétente. Il reste cependant un volet politique et administratif, qui relève de la compétence du vice‑premier ministre en charge de l’Intérieur, appelé à faire respecter la loi sur la mise en accusation d’un gouverneur de province, précisent les juristes de l’Assemblée.
D’ici là, la tension demeure à Gemena: l’Assemblée réclame transparence et célérité, la population attend des éclaircissements sur la destination des fonds publics et les élus provinciaux demandent des mesures conservatoires afin d’assurer la continuité des affaires publiques. Jusqu’à proclamation d’une décision judiciaire, les faits décrits dans la plainte restent des allégations. La manière dont le parquet et le ministère de l’Intérieur traiteront ce dossier sera observée comme un baromètre de la capacité de l’État central à répondre aux crises de gouvernance dans les provinces.
Mis en cause pour des soupçons similaires, le gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, a vu son dossier traité avec diligence : il a reçu, fin janvier, le réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation et a fait l’objet des premières auditions début février. À Gemena, élus provinciaux et électeurs se demandent ce qui bloque pour accélérer le traitement du dossier Mobonga, transmis au niveau central depuis plus d’un mois.
Natine K


