
Le geste était censé éteindre l’incendie. Il tend à l’attiser au contraire. Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice‑président du Sénat et patron de l’AFDC‑A, a présenté ses excuses publiques pour des propos jugés ambigus sur une éventuelle modification de la Constitution puis a réaffirmé sa fidélité au chef de l’État, Félix Tshisekedi. Résultat: un rétropédalage qui en dit long sur les équilibres vacillants au sommet de l’Union sacrée.
Lundi, face à la tempête médiatique provoquée par sa récente conférence de presse, Bahati a adopté le mode réparation. «Je présente mes excuses et réaffirme ma loyauté à Félix Tshisekedi ainsi que mon engagement au sein de l’Union sacrée de la Nation», a‑t‑il déclaré dans un groupe privé de la coalition, revendiquant une «sortie de contexte» pour expliquer la polémique. Selon lui, une question «hors sujet» d’un journaliste aurait provoqué une réponse mal comprise, et jamais il n’aurait dit s’opposer à une révision constitutionnelle.
Dans sa mise au point, le président de l’AFDC‑A pousse plus loin l’explication: il plaidait pour un «débat au sein de l’Union sacrée» et mettait l’accent sur la nécessité de «changer les mentalités avant de changer la Constitution». Une langue de bois, ou une stratégie de désamorçage? Dans les couloirs politiques, on y lit surtout un calcul de survie.Car le signal envoyé est net: l’homme qui voulait peser au cœur des discussions institutionnelles ne veut pas rompre avec la majorité présidentielle.
Le prix du retournement est toutefois élevé. Dans l’arène politique, reculer publiquement sur un sujet aussi explosif s’apparente souvent à une perte d’autorité et un manque de conviction. Observateurs et adversaires ne s’en privent pas. Sur le réseau X, l’activiste Jean‑Claude Katende allume la mèche: «En présentant ses excuses, M. Modeste Bahati se fragilise davantage. Il faut savoir assumer en homme responsable», tance‑t‑il, regrettant le volte‑face.
La critique est cinglante: pour certains, Bahati n’a pas seulement reculé; il s’est grillé. Au Sénat, la riposte se structure. Les pétitionnaires ont déjà recueilli plus de 50 signatures pour engager une procédure visant à le déchoir de son poste. Menace concrète ou coup de bluff politique ? Quoi qu’il en soit, le mouvement constate un basculement: honneur politique, place au sein du présidium de l’Union sacrée, poids à la table des décisions, avantages liés aux fonctions, tout est désormais sur la ligne de mire.
La scène observée offre une leçon cruelle sur les jeux d’alliances en République Démocratique du Congo. Entre volonté d’exister médiatiquement et nécessité de ménager la présidence, la marge d’erreur est étroite. En choisissant les excuses publiques plutôt que la conviction affichée, Bahati a voulu sauver sa place; il a peut‑être sacrifié sa crédibilité. Finalement, le rétropédalage dit plus de la faiblesse du système que d’une simple maladresse personnelle: dans une majorité où chaque voix compte, l’aveu d’hésitation se paie cash. Bahati est sorti de la tempête mais avec des rafales qui pourraient bien l’emporter.
Natine K.
