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Covid-19 en RDC: le défi de Ngobila de confiner Kinshasa par le masque

Dans le cadre de la lutte contre la propagation du Coronavirus, le port des masques devient obligatoire à Kinshasa. Gentiny Ngobila, le gouverneur de la ville, a annoncé cette mesure samedi soir depuis la Primature, où venait de se tenir la réunion consacrée à la gestion de la maladie dans la capitale, précisant que l’Armée et la Police vont être déployées dès lundi pour imposer le respect des mesures prises. Sur son compte Twitter, le ministre national les Affaires humanitaires et Solidarité nationale, Steve Mbikayi, a salué la décision, indiquant que «le port obligatoire des maques est l’une des meilleures options pour lutter contre la propagation» du Covid-19.

Pour certains observateurs, la mesure du port obligatoire du masque dans toute sortie sur la voie publique est loin d’être anodine. Elle vise, selon eux, à confiner d’une autre façon Kinshasa, une ville dont la majorité de la population vit de la débrouille et où il est difficile de forcer tout le monde au confinement sans risque d’émeute. La capitale connait un manque criant de masques. Les rares stocks disponibles sont hors de portée de la bourse du citoyen lambda, contraint de vivre dans la sous-pauvreté avec moins de 2 dollars au quotidien. «Comme les forces de l’ordre seront larguées sur le terrain pour faire respecter cette disposition des mesures barrières, très peu de Kinois pourront mettre le nez dehors. Il n’est pas évident que l’Hôtel de Ville pourra disponibiliser plus de 10 millions de masques dans les prochains jours», a analysé un journaliste.

Un souci que le gouverneur Ngobila a tenté de rencontrer lors d’une intervention sur la radio Top Congo dimanche. «Dans les jours qui viennent, nous allons distribuer des masques. Mais, pour l’instant, nous encourageons la population à se faire fabriquer les masques avec le pagne et autres tissus». Distribuer des masques à plus de 10 millions de Kinois et les acquérir à quel prix au cas où le gouverneur ne tiendrait pas sa promesse? Un défi incontestable. Pourquoi n’avoir pas commencé à distribuer des masques avant de prendre une telle mesure? Le gouverneur de la ville connait-il vraiment le pouvoir d’achat de ses administrés des communes semi-urbaines et urbano-rurales pour s’empresser à instruire la Police et l’Armée à ce sujet? A toutes ces questions, les plus avertis de la territoriale estiment que le patron de la ville a mis la charrue devant le bœuf surtout quand il appelle les forces de l’ordre à mettre la main sur toute personne qui ne porte pas le masque à partir de ce lundi 20 avril 2020. Le constat du recours à la répression n’est pas exagéré. 

A bien comprendre le gouverneur de la ville, la population doit commencer à se faire fabriquer les masques dès ce lundi. Mais pourquoi instruire la Police et l’Armée à se déployer dans toutes les rues lui qui encourage ses administrés à se prendre en charge? Voilà encore une question qui bouleverse les bonnes consciences.

Pour sa part, le ministre Mbikayi a suggéré de subventionner «les producteurs locaux», de fixer le prix du masque à 500 FC et de faire des dons aux plus démunis pour garantir le succès de l’opération, alors que sur le marché un masque s’obtient contre au moins 2000 FC. En attendant, problème: les tailleurs de fortune vont saisir cette aubaine pour inonder le marché des masques «nsadisa» et ainsi tenter de sauver les meubles. Mais pendant combien d’heures d’affilée ces masques de fabrication artisanale ou de fortune pourront-ils constituer une barrière efficace? Sont-ils réutilisables après nettoyage ou désinfection? Comme les Kinois ne sont jamais à court d’idées, ne soyez pas étonnés d’en voir de toutes les couleurs. Un fait est certain: si la mesure prise est appliquée dans toute la rigueur, 90% des Kinois, sauf entêtement, ne sortiront pas de chez eux, à moins de prendre le risque d’aller jouer au cache-cache avec les forces de l’ordre.      

Covid-19 : le port obligatoire de masque va davantage pousser le Kinois à puiser dans ses maigres ressources 

La lutte contre la pandémie à Covid-19 poursuit son chemin dans la ville de Kinshasa. Le gouverneur de la ville de Kinshasa impose le port obligatoire de masque. Pendant ce temps, dans les pharmacies de la capitale, le prix d’un masque varie entre 2.500 et 3000 FC. La mesure de l’autorité urbaine vient déranger les petites économies des Kinois lambda qui vivent avec moins de 2 dollars américains par jour.

Pourquoi le gouvernement de la République n’a pas pris l’initiative d’appuyer les ateliers de couture ou les écoles techniques en Coupe et couture pour coudre les masques et les vendre à vil prix à la population? Cette question revient sur toutes les lèvres des Kinois des communes urbano-rurales. «En toute responsabilité, l’Etat devrait penser à secourir le petit peuple en ce temps de lutte contre la propagation du Covid-19. Décider que le port de masque soit obligatoire dans tous les milieux publics. C’est bon. Mais à qui s’adresse-t-on bon Dieu! Surtout quand on sait que la plupart des Kinois ne sont pas à mesure de se procurer ou de se faire fabriquer  des masques à porter tous les jours», ont déclaré les jeunes trouvés à la Place Pascale dimanche 19 avril 2020 dans la soirée. En réalité, ces jeunes sont pour le port de masques  mais la question qu’ils ne cessent de se poser est celle de savoir d’où leur viendront les moyens financiers pour payer les pagnes et les couturiers? Devant ce questionnement, il est important que le gouvernement central ou l’Hôtel de ville de Kinshasa prennent des dispositions idoines pour donner des réponses rationnelles. Avant d’imposer le port de masque, bon nombre d’entre eux pensent que l’Etat devrait tenir compte du pouvoir d’achat de la population. «Fabriquer des masques avec des pagnes et autres tissus. C’est une bonne idée. Mais si dans un ménage où trouver 5000 FC, en ces temps qui courent, devient difficile, comment fera-t-il pour s’acheter une pièce d’habit qui coûte 15.000 FC pour se faire fabriquer des masques?». Toutes ces préoccupations des Kinois démontrent à suffisance que le combat contre le Coronavirus dans une ville comme Kinshasa implique la prise en compte de plusieurs paramètres: le pouvoir d’achat et les conditions de vie de la population. L’engouement des Kinois trouvés chaque jour  dans les arrêts de bus, les grands carrefours ou dans les marchés n’est pas à négliger quand on s’engage dans la voie de stopper la pandémie à Covid-19.

Tino MABADA

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