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C64 dans le viseur, Peter Kazadi accuse l’opposition de couvrir le projet de Kigali

L’offensive verbale s’intensifie à Kinshasa. Jeudi 21 mai, Peter Kazadi Kankonde, député national et ancien vice-premier ministre UDPS de l’Intérieur, a jeté l’opprobre sur la coalition C64. Sur X, l’ancien patron de la sécurité ne se contente pas de critiquer: il la désigne comme le masque politique de l’AFC/M23. «La coalition dite «C64» n’est, en réalité, qu’un habillage politique d’un projet de déstabilisation déjà porté militairement sur le terrain par l’AFC/M23 de Paul Kagame, avec la complicité de Joseph Kabila et de certains relais internes acquis à une logique de trahison nationale», écrit-il.

Le ton est judiciaire. L’accusation est politique. Et la cible, claire: les figures du C64, qui rassemble Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Delly Sesanga, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, plusieurs mouvements citoyens et des partis d’opposition autour d’une opposition frontale à la révision constitutionnelle.

Le silence érigé en preuve

Kazadi appuie sa charge sur un point: le silence du C64 face à l’occupation rwandaise dans l’Est. Pour lui, cette retenue contredit le rôle que devrait jouer une opposition se réclamant de la Constitution. «Alors que l’article 64, alinéa 2, impose à tout Congolais le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force, cette coalition choisit curieusement le silence face à l’occupation d’une partie du territoire national», poursuit-il.

Ce silence, dit-il, n’est «ni neutre ni innocent». Il y voit une complicité morale avec une entreprise visant à affaiblir l’État, semer le chaos et préparer un basculement institutionnel contraire à la volonté du peuple. L’ancien ministre inverse les priorités du débat public: pendant que l’Est saigne, le C64 concentrerait ses tirs sur les institutions de Kinshasa. Un déplacement du combat qui, selon lui, sert objectivement les intérêts de Kigali. Kazadi associe nommément Joseph Kabila au projet. Or, l’ancien président n’a pas pris part à la naissance de C64. Sa coalition, Sauvons le Congo, a toutefois déclaré soutenir l’initiative. La nuance compte: elle montre que l’adhésion se fait au niveau des structures politiques, pas par une implication directe de Kabila dans la genèse de la coalition.

La balkanisation comme grille de lecture

Derrière le réquisitoire, une grille de lecture martelée depuis des mois par l’Union sacrée: la réforme constitutionnelle et la résistance militaire à l’Est font partie du même combat contre la balkanisation. À l’inverse, toute contestation interne serait l’avant-poste politique d’un projet de recolonisation.  

«Derrière les discours populistes et les slogans de façade se cache une véritable entreprise de subversion politique au service d’agendas étrangers hostiles à la souveraineté nationale», assène Kazadi.  Il appelle à un choix sans ambiguïté: le camp de la République et de l’intégrité territoriale, ou celui des réseaux de déstabilisation pilotés depuis Kigali. Et il prévient: l’article 64 s’appliquera «avec toute la rigueur requise» aux seconds.

Une ligne politique qui se durcit

Le post de Kazadi n’est pas un coup de gueule isolé. Il s’inscrit dans une stratégie de criminalisation du débat sur la Constitution. En assimilant l’opposition légale à une complicité avec l’agression, l’UDPS cherche à priver le C64 de sa légitimité patriotique. 

L’effet est immédiat: le débat sur la révision constitutionnelle glisse du terrain juridique et politique vers celui de la loyauté nationale. Pour l’UDPS, l’enjeu est de faire du soutien à la réforme un test de patriotisme. Pour l’opposition, c’est l’inverse: défendre la Constitution de 2006 devient l’acte de résistance par excellence.

Reste une question: sans preuves matérielles reliant le C64 à l’AFC/M23, cette ligne tient-elle sur la durée? Ou finit-elle par renforcer l’idée d’un pouvoir qui ferme le jeu politique au nom de la guerre?

À Kinshasa, la bataille des mots précède toujours celle des urnes. Et sur ce front-là, Kazadi vient de tirer en premier.

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