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Baie de Ngaliema: Le dossier qui oppose le Cabinet de l’Urbanisme à Utexafrica

Après le passage du porte-parole et président de la Fédération des entreprises du Congo -FEC-, Albert Yuma, au bureau du Premier ministre pour lui faire d’une prétendue tentative de spoliation de son terrain situé entre l’avenue Colonel Mondjiba et le fleuve Congo, Baie de Ngaliema, le Cabinet de l’Urbanisme et Habitat est sorti de sa réserve pour recadrer Utexafrica et fixer une fois pour toutes l’opinion. Via Jules Kidinda, Conseil politique et en communication du ministre d’État Pius Muabilu, le Cabinet de l’Urbanisme a dénoncé les manœuvres irrégulières du groupe Utexafrica tendant plutôt à déposséder l’État d’une portion de ses terres. Le sujet fâche les bonnes consciences.

Jules Kidinda, vous êtes Conseiller politique et en communication du ministre d’Etat, ministre de l’Urbanisme et Habitat, Pius Muabilu. Le groupe TEXAF, actionnaire de Utexafrica, a été reçu mardi 20 septembre dernier par Jean-Michel Sama Lukonde. Au sortir de cette audience, Albert Yuma, président de la FEC et porte-parole d’Utexafrica, a déclaré à la presse que ce groupe était venu solliciter l’implication du Premier ministre face aux difficultés auxquelles il était confronté, notamment la tentative de spoliation de son terrain situé entre l’avenue Colonel Mondjiba et le fleuve Congo. Qu’avez-vous pensé de cette déclaration?

La déclaration d’Albert Yuma, porte-parole d’Utexafrica et président de la Fédération des entreprises du Congo, a pris la forme d’une pyramide renversée, voulant dans un dessein inavoué induire en erreur les autres autorités du pays et notre population. Merci donc de nous donner l’opportunité de rétablir la vérité au nom du ministre d’Etat ministre de l’Urbanisme et Habitat en remettant la pyramide correctement en place.

Qu’est-ce qui oppose réellement le ministère de l’Urbanisme à Utexafrica? Qui spolie les biens de qui?

Utexafrica occupe une concession dans la baie de Ngaliema depuis 1926, comme ils le disent d’ailleurs eux-mêmes. Cette concession est limitée depuis le début à l’Ouest par la berge du fleuve Congo et au Sud par les rives de la rivière Basoko. Malheureusement, Utexafrica a voulu élargir abusivement les limites de sa concession, intégrant dans un certificat d’enregistrement litigieux les zones de recul de la rivière Basoko et la berge du fleuve Congo. Cela, en violation de l’arrêté interministériel du 29 octobre 1993 portant application de la règlementation sur les servitudes. Dans son grand appétit, je dirai même dans sa boulimie, Utexafrica s’est autorisé à construire, sur les zones de recul de ces cours d’eau, un mur de clôture pour privatiser ces rives et empêcher que tous les Congolais puissent accéder à ce qui sera éventuellement une plage. Et, Utexafrica a construit aussi une guérite toujours sur ce même espace.

Pourquoi l’Etat a-t-il laissé faire Utexafrica? Est-ce qu’il n’est pas coupable aujourd’hui d’une forme de léthargie?

Non, l’Etat congolais n’est pas resté inerte. Les services ont immédiatement, dès que le constat a été fait, essayé de raisonner Utexafrica. Mais tous nos efforts se sont avérés vains, Utexafrica n’entendant pas céder l’espace public indûment occupé. De plus, plusieurs rapports d’experts multisectoriels sont restés constants en demandant en vain à Utexafrica de corriger les irrégularités que j’ai décriées ci-haut. Devant cette dépossession manifeste d’un espace du domaine public, l’Etat, après avoir rappelé ses droits par de nombreuses lettres et invitations auxquelles la société Utexafrica n’a pas répondu, s’est engagé à rétablir lui-même le droit en faisant respecter l’arrêté du 29 octobre 1993 cité tout à l’heure. Conséquence: les ouvrages érigés sous la berge de la rivière Basoko ont été démolis à la charge bien sûr des auteurs des irrégularités, comme le dit l’arrêté susvisé.

Il est pourtant fait grief au ministère de l’Urbanisme et Habitat d’avoir pris un arrêté le 17 juin 2022 autorisant des lotissements sur la même servitude. Pourquoi?

Non, madame. Il y a manifestement un malentendu qu’on va essayer de dissiper tout de suite. Après la démolition de ce muret et de cette guérite qui n’avaient rien à faire sur cette portion de terres qui n’était pas encore désaffectée à l’époque, l’Etat congolais se devait de protéger la berge du fleuve Congo et les rives de la rivière Basoko de tout lotissement et de toute construction durable. Qu’est-ce qu’on a fait, la Direction de l’Urbanisme du Secrétariat général à l’Urbanisme et Habitat a étudié et accédé aux demandes d’exploitation agricole sur ce site qui émanait de quelques compatriotes en leur délivrant un Avis favorable à titre précaire et révocable, j’insiste, pour l’exploitation des cultures maraîchères. C’est le sens qu’il faut donner à l’arrêté ministériel 0063 du 17 juin 2022 prétendument déclaré illégal par Utexafrica qui portait sur la désaffectation d’une portion de terre dans le quartier Basoko, baie de Ngaliema, commune de Ngaliema dans la ville de Kinshasa. C’est exactement cette portion-là que Utexafrica avait essayé d’occuper illégalement.

Enfin, selon vous, les difficultés brandies par Utexafrica devant le Premier ministre seraient-elles sans objet?

Absolument! Ce, d’autant plus qu’en ce moment où nous parlons, une autre commission réunissant des experts gouvernementaux et Utexafrica lui-même est sur terrain. On ne peut pas s’expliquer qu’Albert Yuma, porte-parole d’Utexafrica, ait porté sur la place publique cette affaire avant même que la commission ait rendu son rapport. C’est manifestement une fuite en avant qui cache mal les intérêts égoïstes de ce groupe ou même d’Albert Yuma lui-même, au détriment des intérêts de la communauté nationale. Partant, le ministre d’Etat et ministre de l’Urbanisme et Habitat estime qu’il y a des personnes qui ne peuvent donner des leçons de moralité à personne. Il entend ainsi poursuivre la mise en place de l’Etat de droit dans son secteur en traduisant en actes la vision du Président de la République, Chef de l’Etat, aux fins d’écrire à sa suite et avec lui une histoire positive du pays. Car, dans le dossier d’Utexafrica, l’Etat de droit n’est pas la consécration des irrégularités fussent-elles anciennes, mais plutôt leur rectification.

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