
Nzanga Mobutu, fils de l’ancien président de la République Mobutu Sese Seko et ancien vice-premier ministre sous Joseph Kabila, a commenté, lui aussi, le texte signé le 27 juin à Washington entre Kinshasa et Kigali. Dans une tribune publiée sur son compte X, il précise qu’il s’agit, pour lui, d’un accord inédit, qui prévoit le retrait des troupes rwandaises dans un délai de 90 jours, la mise en place d’un mécanisme de coordination sécuritaire et l’ouverture du secteur minier congolais à des investissements américains. Mais il estime en même temps que ce tournant diplomatique suscite autant d’espoirs que d’interrogations.
Sur le papier, il s’agit d’une avancée historique pour la région des Grands Lacs, estime-il, précisant que pour la première fois, un calendrier précis encadre le départ des forces étrangères et jette les bases d’une coopération sécuritaire régionale, souvent annoncée mais rarement concrétisée. Argument: «La présence des États-Unis dans la médiation donne à l’accord un poids politique inédit».
Mais Nzanga Mobutu est aussi d’avis que les promesses, aussi ambitieuses soient-elles, se heurtent à une réalité complexe. Il reste donc prudent et se justifie. Il pointe notamment l’absence d’un engagement clair de Washington à garantir la sécurité en cas de non-respect de l’accord, les risques liés
à une dépendance accrue aux capitaux étrangers, ainsi que les ambitions stratégiques persistantes du Rwanda.
Le retrait annoncé des troupes rwandaises représente un progrès, mais sa crédibilité repose sur la mise en place rapide d’un mécanisme de vérification indépendant. L’histoire récente a montré que les engagements de Kigali peuvent être ajustés ou contournés via des relais armés ou économiques. Sans pression internationale soutenue, le risque de voir ce calendrier vidé de sa substance reste élevé.
L’autre réserve de Nzanga Mobutu se situe dans le volet économique de l’accord, précisément dans son volet minier. Il y voit un troc implicite: stabilité contre ressources. Selon l’ancien vice-premier ministre, Kinshasa ouvre ses richesses à des groupes américains, mais sans garantie de contrôle accru sur l’exploitation, ni assurances tangibles de retombées locales durables. En l’état, l’accord pourrait entamer la souveraineté économique du pays autant qu’il prétend la sécuriser.
L’enjeu dépasse donc la signature d’un traité. C’est désormais à l’État congolais qu’il revient de traduire ces engagements en actes concrets. Cela implique de renforcer sa présence politique, militaire et administrative dans l’Est du pays, longtemps livré à des dynamiques de guerre hybride et d’économie parallèle.
Il a, à ce sujet, la conviction que la société civile, les intellectuels, les médias, les leaders d’opinion et la diaspora ont également un rôle majeur à jouer. Leur vigilance sera déterminante pour éviter que cet accord ne rejoigne la longue liste des illusions diplomatiques non tenues. Raison évidente: signer un texte n’est pas faire la paix. C’est seulement enraciner les conditions de son émergence.
Moralité: Washington n’est qu’un début. La paix durable, elle, devra être construite pierre par pierre, sur le terrain, par et pour les Congolais. Lisez l’analyse complète de Nzanga Mobutu.
Washington, première étape d’une paix fragile en RDC
Alors que la RDC et le Rwanda viennent de signer un accord historique à Washington sous médiation américaine, la promesse de paix suscite autant d’espoir que de scepticisme. Retrait des troupes, coordination sécuritaire et investissements miniers : autant d’engagements qui marquent un tournant. Mais leur concrétisation dépendra de la volonté réelle des parties à honorer leurs obligations, et surtout de la capacité du Congo à défendre sa souveraineté dans la durée.
L’accord signé ce 27 juin 2025 à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis, symbolise une avancée diplomatique attendue depuis des décennies. Il prévoit notamment le retrait des troupes rwandaises dans un délai de 90 jours, la création d’un mécanisme de coordination sécuritaire, ainsi que l’ouverture à des investissements américains dans les minerais stratégiques congolais.
Sur le papier, ces engagements constituent une opportunité historique pour la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs. Pour la première fois, un calendrier détaillé encadre le retrait des forces étrangères et pose les bases d’une coopération sécuritaire régionale, souvent invoquée mais rarement concrétisée.
Cependant, au-delà des déclarations officielles, les doutes subsistent. Plusieurs analystes et observateurs avertis ont exprimé des réserves légitimes : l’absence d’un « parapluie sécuritaire » explicite garanti par les États-Unis, la dépendance croissante aux investissements étrangers, et surtout la persistance des ambitions régionales de Kigali.
Si le retrait annoncé des troupes rwandaises représente un progrès, il demeure tributaire d’un suivi rigoureux et d’un mécanisme de vérification crédible. L’histoire récente a montré que les engagements de Kigali peuvent être modulés, retardés, voire contournés, notamment par l’intermédiaire de groupes armés locaux ou de dispositifs économiques de contrôle indirect.
Sur le plan économique, la critique d’un accord de type « minerais contre stabilité » n’est pas infondée. En ouvrant l’accès aux entreprises américaines dans le secteur minier, la République Démocratique du Congo prend le risque de céder une part significative de sa souveraineté économique, sans qu’une contrepartie claire, notamment en matière de garanties sécuritaires, ne soit formellement définie.
Cet accord ouvre donc une première fenêtre pour envisager la paix. Mais il ne garantit rien. Son succès dépendra intégralement de la capacité du gouvernement congolais à faire respecter les engagements pris, à défendre ses intérêts stratégiques, et à renforcer sa présence politique, militaire et administrative dans l’est du pays.
Il revient également à la société civile, aux intellectuels, aux médias, aux leaders d’opinion et à la diaspora de demeurer vigilants et engagés. Car signer un accord est une chose ; le mettre en oeuvre en est une autre, celle qui fera la différence entre un espoir consolidé et une illusion diplomatique de plus.
La paix est un chantier. Washington n’en est que la première pierre. Il revient désormais au peuple congolais et à ses dirigeants de veiller à ce qu’elle devienne une réalité juste, souveraine et durable.
NZANGA MOBUTU

