
Sur la voie 1, entre à la Gare de Tshuenke à Masina, le spectacle est à la fois ordinaire et révélateur. Mardi 7 juillet, une équipe d’une dizaine d’hommes, pelles et leviers en main, s’acharne à dresser les rails de la ligne qui relie la Gare Centrale à l’Aéroport international de Ndjili. Pas de casque, pas de gilet jaune, pas de balisage. Juste des babouches, des baskets, des bottes en caoutchouc et la poussière. Dans ce décor de ballast noyé de déchets, ces ouvriers sans EPI incarnent les défis colossaux de la réhabilitation ferroviaire en République Démocratique du Congo.
Une voie à l’agonie
Techniquement, le constat est sévère. Les traverses, rongées par le temps, s’enfoncent dans la boue. Le ballast, censé assurer la stabilité, est mélangé à des ordures ménagères. Résultat: la voie est désalignée et exige un dressage manuel, au risque de déraillement. En clair, cette infrastructure est aujourd’hui inutilisable pour un trafic commercial. Sans remplacement complet du ballast et des traverses, et sans moyens mécaniques, seuls des convois à vitesse réduite pourraient, au mieux, s’y risquer.
Le symbole d’un secteur en panne
Ce chantier artisanal illustre l’état de déliquescence du réseau ferroviaire urbain de Kinshasa, laissé à l’abandon depuis des années. La ligne vers Ndjili, vitale pour désengorger l’est de la capitale, est à l’arrêt. Sa réhabilitation est pourtant régulièrement annoncée par l’ONATRA, qui manque cruellement de moyens. Au-delà de la technique, c’est la question de la sécurité et de la gouvernance qui se pose. Comment relancer un service public avec des agents exposés et sans équipement? Comment convaincre des investisseurs quand les voies sont traversées par des enfants et des vendeurs ambulants?
Pour l’heure, le ministère des Transports et l’ONATRA font le pari du rafistolage en attendant des financements plus structurants.


