ActualitésEcofinNation

À Bruxelles, l’IGF s’inspire du modèle belge

Il est des rencontres qui en disent plus long que les discours officiels. Vendredi 3 octobre, à Bruxelles, une délégation de l’Inspection générale des finances congolaise a été reçue dans les locaux du Corps interfédéral de l’Inspection des finances de Belgique. Une visite de travail, sobre, mais révélatrice d’une ambition: faire entrer le contrôle public congolais dans l’ère numérique. Autour de la table, deux hommes. Erwin Moeyaert, Chef de corps de l’Inspection des finances belge, figure respectée du contrôle budgétaire fédéral.

En face, Christophe Bitasimwa Bahii, patron de l’IGF-RDC, qui a succédé à Jules Alingete à la tête du gendarme financier congolais. Entre eux, une convergence de vues sur la nécessité de moderniser un métier en pleine mutation. Car l’enjeu dépasse la simple coopération bilatérale. Il s’agit de repenser l’efficacité du contrôle public à l’heure des données massives et de l’intelligence artificielle. Comment l’État peut-il encore contrôler efficacement une dépense publique devenue tentaculaire? La réponse, des deux côtés de la table, passe par la technologie. Le cœur des échanges a porté sur une doctrine chère à Kinshasa: le contrôle systémique. Une rupture avec le contrôle a posteriori, par sondages, qui a longtemps prévalu. Désormais, l’IGF-RDC veut exploiter les données de manière intégrée – marchés publics, paie des agents, douane, fiscalité – pour identifier les risques, détecter les anomalies et anticiper les irrégularités avant même qu’elles ne surviennent.

Une approche préventive, qui séduit à Bruxelles. L’administration belge, qui a elle-même engagé une profonde digitalisation de ses outils via l’ICT du SPF Finances, y voit une piste prometteuse. Erwin Moeyaert a toutefois insisté sur le pragmatisme. Inutile, selon lui, de vouloir tout construire seul. Le Chef de corps belge a encouragé son homologue congolais à adopter une démarche inclusive, en s’appuyant sur les expertises existantes: SPF Finances, Cour des comptes, services d’audit numérique. Autant de briques technologiques et de retours d’expérience susceptibles d’accélérer le projet congolais et d’éviter des écueils coûteux. La question des outils est en effet centrale. La mise en place d’un tel système suppose des infrastructures robustes, une interopérabilité des fichiers et une gouvernance de la donnée rigoureuse. Autant de défis majeurs pour la RDC, où la transformation numérique de l’État reste à consolider.

Pour Christophe Bitasimwa Bahii, cette séance de travail bruxelloise est une pierre de plus à l’édifice. Nommé pour poursuivre et amplifier la traque contre les détournements, il entend désormais doter l’IGF d’instruments à la hauteur de sa mission: sécuriser les finances publiques et restaurer la confiance. tAu-delà de la symbolique, cette rencontre illustre la volonté de l’IGF-RDC de s’inscrire dans les standards internationaux. Faire du contrôle digitalisé non plus un simple instrument de sanction, mais un véritable outil de prévention des risques et de gouvernance. Une ambition à la fois technique et politique, qui pourrait, si elle aboutit, changer durablement la gestion de l’État congolais.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page