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Pourquoi la Norvège redoute une incursion russe

Le chef d’état‑major des forces norvégiennes a averti qu’une annexion partielle du territoire norvégien par la Russie ne peut être exclue, une option que Moscou pourrait envisager pour protéger son arsenal nucléaire basé sur la péninsule de Kola, rapporte un entretien publié dans The Guardian. «Nous n’écartons pas cette possibilité», a déclaré le général Eirik Kristoffersen, soulignant que la Norvège se prépare à ce scénario pour le Grand Nord. Selon lui, la préservation des capacités nucléaires russes -et notamment de leur «capacité de seconde frappe»- pourrait pousser Moscou à chercher à contrôler des zones frontalières proches de ses installations stratégiques.

Cet avertissement intervient dans un contexte de tensions accrues depuis l’invasion de l’Ukraine. La Norvège, devenue l’un des principaux fournisseurs d’hydrocarbures de l’Union européenne, prend également en compte le risque de sabotages visant ses infrastructures énergétiques, même si Kristoffersen souligne que les objectifs russes en Norvège ne seraient pas nécessairement les mêmes qu’en Ukraine.

Des zones stratégiques au cœur des préoccupations

Les autorités norvégiennes mettent en lumière plusieurs points sensibles du littoral arctique. La ville de Kirkenes, dans le Finnmark, à quelques dizaines de kilomètres de la péninsule de Kola, est régulièrement citée comme un «foyer» d’activités suspectes depuis le déclenchement du conflit ukrainien, rappelle l’hebdomadaire L’Express. Johan Roaldsnes, responsable régional du contre‑espionnage norvégien -PST-, a indiqué au New Yorker qu’en cas d’escalade, la Russie pourrait chercher à créer une zone tampon pour «préserver sa capacité à mener des frappes nucléaires» et empêcher l’accès à la mer de Barents.

L’île de Vardø, dotée des radars Globus II et III financés par les États‑Unis, a déjà été prise pour cible dans des simulations de frappes russes, selon le renseignement militaire norvégien en 2017 et 2018. Ces exercices illustrent la sensibilité stratégique de points d’observation situés le long de la façade arctique norvégienne.

Svalbard, point de friction historique

L’archipel du Svalbard, placé sous souveraineté norvégienne mais démilitarisé par traité, apparaît comme l’un des territoires les plus exposés. Le traité du Spitzberg, qui permet à une quarantaine d’États d’exploiter ses ressources et d’y mener des recherches, est depuis longtemps un objet de tensions entre Oslo et Moscou, ravivées depuis 2022. Durant la Guerre froide, le Svalbard avait déjà servi de base aux opérations de renseignement en mer de Barents, aussi bien pour intercepter les émissions soviétiques que pour surveiller le déploiement sous‑marin. Aujourd’hui, sa position géographique en ferait un atout pour qui chercherait à contrôler l’accès à la mer de Barents et à protéger des installations navales et nucléaires.

Préparer «un large éventail de menaces»

Face à ces menaces potentielles, le général Kristoffersen appelle à préparer les forces norvégiennes à «un large éventail de menaces», en insistant sur la nécessité d’anticiper à la fois les actions militaires conventionnelles et les menaces hybrides, dont le sabotage. «Si vous vous préparez au pire, rien n’empêche aussi de pouvoir contrer le sabotage et d’autres menaces hybrides», a‑t‑il déclaré.

Les observations des responsables militaires et du renseignement norvégien mettent en évidence la vulnérabilité stratégique du Grand Nord et expliquent la montée en puissance des moyens de surveillance et de défense dans la région. Reste que l’analyse des dirigeants militaires reflète une prudence stratégique plutôt qu’une prévision certaine: il s’agit, selon Oslo, de préparer des réponses à des scénarios possibles plutôt que d’anticiper une agression inévitable.

Avec Zone militaire

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