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Lhasa: le mal d’altitude, une expérience éprouvante mais fascinante

Située à 3.656 mètres d’altitude, sur le «toit du monde», la capitale historique de la province du Tibet en Chine impose au voyageur un double vertige. D’un côté, le manque d’air, cette sensation d’avoir les poumons en compote. De l’autre, une spiritualité qui te coupe le souffle, vieille de mille ans. Bienvenue dans une ville inspirée qui se gagne à chaque pas. Dès la sortie de la passerelle de l’avion, elle te tombe dessus. Invisible, lourde, presque collante: l’altitude. À 3.656 mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville de Lhassa ne se laisse pas apprivoiser si facilement.

Pour le voyageur fraîchement débarqué, les premiers pas ressemblent à une lente ivresse. La tête s’alourdit d’un mal ennuyeux, les nausées guettent et le sommeil se fait capricieux. Ici, le corps est rappelé brutalement à l’ordre sur les règles à observer: interdiction de courir, obligation de s’hydrater à outrance -au moins trois litres d’eau par jour- et repos forcé pendant les premières quarante-huit heures. Même la douche est déconseillée au début. C’est le prix à payer, une épreuve physique obligatoire pour mériter la beauté de la ville de Lhasa. Pour gérer ce choc, le choix du trajet compte. L’avion jusqu’à l’aéroport de Gonggar, te balance direct dans le grand bain. Mais le train Qinghai-Tibet, lui, te prépare en douceur. C’est la ligne la plus haute du monde, presque 2000 bornes à travers les montagnes, avec un pic à 5.072 mètres au col du Tanggula.

Dans les wagons pressurisés avec de l’oxygène, le voyageur est en mode contemplatif. Derrière la vitre, des steppes à perte de vue, des lacs gelés, des antilopes et des yaks par troupeaux. Un périple de 21 heures depuis Xining. Mais passés les premiers jours de torpeur et d’acclimatation, le malaise cède la place à la fascination pure. Lhassa se dévoile dans toute sa dualité. À l’Ouest, la modernité chinoise déploie ses grands immeubles, ses enseignes lumineuses, ses bars et ses restaurants, offrant même aux marcheurs épuisés le confort d’hôtels de standing équipés en services d’oxygénothérapie. À l’Est, le vrai cœur du Tibet, historique et spirituel. C’est là, autour du quartier du Barkhor, que bat le véritable cœur de Lhasa.

Dans un air saturé d’odeurs d’encens et de beurre de yak, une marée humaine s’active autour du temple bouddhiste du Jokhang, fondé en 647. Sur les pierres polies par des siècles de prières, des pèlerins au visage brûlé par le soleil s’écroulent et se relèvent, prosternations à répétition. Des regards d’une intensité rare, des mains qui font tourner les moulins à prières dans le sens des aiguilles d’une montre. Le sacré est ici une réalité vivante, quotidienne, qui enveloppe le visiteur. En levant les yeux, l’imposante silhouette du Palais du Potala, perchée sur sa colline, domine la vallée. Ancienne résidence d’hiver des Dalaï-lamas et symbole absolu du Tibet, cette forteresse de pierre et d’histoire de 13 étages abrite plus de 20.000 œuvres d’art.

Sa visite, minutieusement contrôlée et limitée dans le temps, se mérite au fil de marches qui font battre le cœur à tout rompre. Mais depuis son toit, sous une lumière exceptionnelle propre aux sommets himalayens, le spectacle de la ville est une récompense absolue. Pour vraiment capter la culture locale, un passage au Musée de Lhasa s’impose. Ses collections d’art bouddhique, de thangkas et d’artisanat offrent les clés pour comprendre cette région autonome, dans toute sa complexité. Certes, voyager à Lhassa exige de la souplesse et de l’anticipation.

L’aventure est encadrée: un permis est obligatoire pour les étrangers, imposant de passer par une agence agréée avec guide local et transport privé. La région ferme d’ailleurs régulièrement ses portes, notamment en mars. La ville de Lhassa n’est pas non plus une destination de tout repos pour les personnes souffrant de graves pathologies cardiaques ou respiratoires. Pourtant, qu’il soit voyageur culturel en quête de spiritualité, photographe dominé par la clarté du ciel, ou aventurier utilisant la ville comme camp de base avant d’affronter l’Everest ou le mont Kailash, quiconque pose ses pieds à Lhasa en repart transformé. Le mal d’altitude s’efface peu à peu de la mémoire, mais l’empreinte spirituelle et humaine de la cité sainte, elle, reste gravée à jamais.

Olitho KAHUNGU, de retour de Tibet

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