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La Belgique va reconsidérer sa participation au SCAF après un nouvel éclat franco‑allemand

Le projet européen du Système de combat aérien du futur -SCAF- est à nouveau secoué par des divergences stratégiques entre Paris et Berlin, a rapporté jeudi «Zone militaire». Invité du podcast politique Machtwechsel le 18 février, le chancelier allemand Friedrich Merz a désigné le cahier des charges du futur avion de combat -le NGF, New Generation Fighter- comme la source principale du blocage, et non les querelles industrielles entre Dassault Aviation et Airbus, largement relayées ces derniers mois.

«Ce n’est pas une querelle politique. Nous avons un réel problème au niveau du cahier des charges», a averti Merz.

Selon lui, la France exige un appareil capable d’emporter des armes nucléaires et d’opérer depuis des porte‑avions, contraintes que la Bundeswehr n’a pas aujourd’hui. «Si nous ne parvenons pas à le résoudre, nous ne pourrons pas poursuivre le projet», a‑t‑il ajouté, réglant de fait une partie du débat sur les besoins opérationnels divergents des deux armées. Mais le NGF n’est qu’un volet du SCAF, souvent qualifié de «système de systèmes».

Au‑delà de l’avion, c’est le «cloud de combat» -l’architecture numérique assurant l’interopérabilité entre drones, avions, capteurs et centres de décision- qui constitue l’enjeu central du programme. Maîtriser ce cœur logiciel est jugé décisif pour l’efficacité et la souveraineté opérationnelle du dispositif. Face à l’impasse, l’Association allemande des industries aérospatiales -BDLI-, le puissant syndicat IG Metall et Airbus ont proposé une option pragmatique: développer deux NGF distincts au sein du SCAF.

«Si nos clients l’exigent, nous soutiendrons une solution à deux volets et nous nous engageons à jouer un rôle de premier plan», a déclaré Guillaume Faury, le PDG d’Airbus, le 19 février. Il a souligné que le blocage autour d’un «pilier unique» ne devait pas compromettre l’ensemble du programme.Faury a toutefois nuancé: une solution à deux avions pourrait ouvrir la porte à «d’autres partenaires», mais «il appartient à nos clients de décider avec qui ils veulent s’allier […]. Nous n’en sommes pas encore là». Autrement dit, la décision politique des États utilisateurs -d’abord la France et l’Allemagne, mais aussi les autres pays engagés- reste la clé.

Le projet SCAF, qui vise à remplacer les flottes européennes à l’horizon 2040, cumule ambitions technologiques et enjeux industriels lourds. Entre exigences nationales divergentes et impératifs d’interopérabilité, la trajectoire du programme dépend désormais d’arbitrages politiques rapides si l’on veut éviter que les frictions ne compromettent des années de coopération et d’investissement.

Avec Agences

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