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De Bandung à la modernisation partagée: la Chine affiche de nouvelles ambitions pour l’Afrique

Plus de septante ans après la conférence de Bandung, la Chine entend vouloir faire entrer sa coopération avec l’Afrique dans une phase d’un partenariat centré sur l’industrialisation, l’innovation technologique, les infrastructures durables et la transformation locale des ressources. Cette affirmation vient de Wang Hongyi, Directeur du bureau de recherche d’informations à l’Institut des études asiatiques et africaines, lors d’une conférence qu’il a animée dernièrement à Pékin, à l’attention des journalistes africains qui prennent part au programme 2026 du Centre international de presse et communication de Chine -CIPCC. Selon Wang Hongyi, au-delà des symboles diplomatiques hérités de luttes anticoloniales, la Chine mise désormais sur une relation présentée comme «stratégique, globale et orientée vers une modernisation partagée».

Dans son exposé, il a souligné que l’élément le plus significatif de la stratégie chinoise actuelle réside dans sa volonté de soutenir la transformation locale des ressources africaines. «La Chine considère désormais que la simple exportation de matières premières ne peut constituer un modèle durable pour le continent. La coopération est donc appelée à se déplacer vers les chaînes industrielles de batteries, les énergies renouvelables, la transformation agroalimentaire, les parcs industriels, les technologies numériques, les industries manufacturières locales», a-t-il expliqué.

Et d’ajouter: «cette orientation répond à une forte complémentarité: l’Afrique dispose d’un immense potentiel démographique et de ressources stratégiques essentielles à la transition énergétique mondiale, tandis que la Chine possède une chaîne industrielle complète, des technologies matures et une importante capacité de financement et de construction».

Les autorité chinoises cherchent également à améliorer l’accès des produits africains au marché chinois. En juin 2025, le Président Xi Jinping a annoncé la volonté de la Chine d’appliquer un régime de droits de douane zéro à 100% des produits provenant de 53 pays africains, accompagné de mesures destinées à faciliter les exportations africaines vers la Chine. La mesure est entrée en vigueur depuis le 1er mai 2026. Cette initiative est perçue comme un signal fort en faveur d’un rééquilibrage progressif des échanges commerciaux.

A en croire Wang Hongyi, pour la période 2024-2026, la Chine propose un programme particulièrement ambitieux articulé autour de dix actions de partenariat. Notamment la création de 25 centres de recherche Chine-Afrique sur la gouvernance, l’ouverture accrue du marché chinois, le développement de la coopération industrielle, la réalisation de 30 projets de connectivité d’infrastructures, la mise en œuvre de 1 000 projets sociaux, la création d’une alliance hospitalière Chine-Afrique, l’envoi de 2. 000 personnels médicaux et 500 experts agricoles en Afrique, la construction d’écoles d’ingénieurs et de 10 ateliers Luban pour la formation technique. Pékin prévoit également le lancement de 30 projets d’énergie propre et de laboratoires conjoints de recherche, ainsi que le renforcement de la coopération en matière de paix et de sécurité. «Pour soutenir ce programme, Pékin va allouer un appui financier de 360 milliards de yuans sur trois ans, comprenant crédits, aides diverses et encouragements aux investissements des entreprises chinoises en Afrique», a fait savoir le conférencier.

Bandung, le socle politique d’une relation singulière 

Pour ceux qui ne savent pas, l’histoire contemporaine des relations sino-africaines remonte à la conférence de Bandung d’avril 1955, en Indonésie. Face aux tensions idéologiques de l’époque, le Premier ministre chinois, Zhou Enlai, avait défendu une approche fondée sur «la recherche d’un terrain d’entente tout en réservant les différences», un principe qui demeure aujourd’hui l’un des fondements de la diplomatie chinoise envers l’Afrique. Dans le prolongement de cet esprit, la Chine a établi rapidement des relations diplomatiques avec plusieurs États africains nouvellement indépendants. Entre 1963 et 1964, Zhou Enlai a effectué une tournée historique dans dix pays africains et énoncé les cinq principes des relations sino-africaines ainsi que les huit principes de l’assistance économique et technique chinoise, à savoir: respect de la souveraineté, égalité, bénéfice mutuel, absence de conditions politiques et transfert de compétences.

Selon l’histoire racontée par Wang Hongyi, cette première phase a profondément marqué l’imaginaire politique de deux parties, nourrissant l’idée d’une solidarité entre les peuples ayant partagé les combats contre le colonialisme et pour l’indépendance nationale. La deuxième phase, entre 1966 et 1978, a été dominée par l’aide non remboursable et les grands projets emblématiques. Pour illustrer cela, le conférencier a évoqué l’exemple du chemin de fer Tanzanie-Zambie -TAZARA-, achevé en 1976 après six années de travaux, qui demeure l’un des symboles les plus forts de cette période.

Long de plus de 1.860 kilomètres, il a relié l’Afrique de l’Est à l’Afrique centrale et australe grâce à l’engagement de dizaines de milliers de techniciens chinois. La troisième phase, amorcée après la politique chinoise de réforme et d’ouverture de 1978, a marqué un tournant décisif. Depuis, la coopération évolue progressivement d’une logique essentiellement politique vers une logique économique et commerciale. Pékin met alors l’accent sur les investissements, les infrastructures, le commerce et le développement industriel. «Cette réorientation se traduit par une croissance spectaculaire des échanges commerciaux, passés de plus d’un milliard de dollars au début des années 1990 à près de 6,5 milliards de dollars à la fin de cette décennie», a indiqué Wang Hongyi.

Le FOCAC, colonne vertébrale de la coopération moderne 

Depuis le début du XXIème siècle, le Forum sur la coopération sino-africaine -FOCAC- constitue le principal mécanisme institutionnel de cette relation. Réunissant la Chine, 53 pays africains et la Commission de l’Union africaine, il organise tous les trois ans des sommets et conférences ministérielles destinés à définir les priorités communes. Les sommets de Beijing en 2018, Dakar en 2021 et surtout celui de Beijing de septembre 2024 ont consacré une montée en puissance de la coopération. Dans son discours d’ouverture du sommet 2024, le Président chinois a appelé à «travailler ensemble pour promouvoir la modernisation et construire une communauté de destin sino-africaine plus étroite».

Une formulation qui illustre la nouvelle doctrine chinoise, selon laquelle la coopération avec l’Afrique ne doit plus être limitée aux infrastructures, mais s’étendre à la santé, au numérique, à l’éducation, à l’innovation scientifique, à la transition verte et à la sécurité. «En 2025, le commerce de marchandises entre la Chine et l’Afrique a atteint USD 348 milliards, un niveau record, avec une hausse annuelle de 17,7%. Les exportations chinoises vers l’Afrique sont principalement composées de machines, d’équipements industriels, de véhicules à énergies nouvelles, de panneaux photovoltaïques et d’engins de travaux publics. Les importations chinoises restent dominées par le pétrole brut, les minerais, les métaux précieux et certains produits agricoles africains», a révélé Wang Hongyi.

Dans le même registre, concernant les infrastructures, il a renseigné que les entreprises chinoises ont participé à la construction ou à la rénovation de plus de 10.000 kilomètres de voies ferrées, près de 100.000 kilomètres d’autoroutes, environ 1.000 ponts, une centaine de ports, 66.000 kilomètres de lignes électriques et 150.000 kilomètres de réseaux de télécommunications sur le continent africain au cours de la dernière décennie. Par ailleurs, la Chine reconnaît néanmoins plusieurs obstacles auxquels fait face la coopération avec l’Afrique. Entre autres, l’instabilités politiques dans certains États africains, les risques d’endettement, les fluctuations des prix des matières premières, les tensions géopolitiques et la nécessité de mieux intégrer les exigences environnementales et l’emploi local.

L’enjeu de prochaines années sera donc de savoir si cette relation peut effectivement évoluer vers une coopération de haute qualité, fondée sur le transfert technologique, la création d’emplois locaux, la transformation industrielle et le développement durable. Après avoir été successivement un partenariat politique, une relation d’assistance puis une coopération économique, les relations sino-africaines semblent désormais entrer dans une quatrième étape, celle de la modernisation partagée, où la Chine ambitionne de devenir non seulement le premier partenaire commercial de l’Afrique, mais aussi l’un des principaux architectes de sa transformation économique au XXIème siècle.

Olitho KAHUNGU, depuis Pékin

Olitho Kahungu

Olitho Kahungu est secrétaire de rédaction chez AfricaNews depuis 2026. Journaliste chevronné et enseignant à l'Université, il est le garant de la qualité éditoriale des contenus publiés, veillant à la cohérence, à la précision et au respect des standards journalistiques qui font la réputation du média. À travers ses reportages, ses analyses et son travail de coordination éditoriale, il contribue à promouvoir une information crédible, vérifiée et sans filtre, fidèle à la mission d'AfricaNews RDC.

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