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Airbus prêt à développer seul un chasseur de nouvelle génération, mais Paris rejette la solution à deux avions

Les négociations autour du Système de combat aérien du futur -SCAF- sont marquées par des tensions industrielles et des rumeurs de désaccords politiques, alors que se profile l’hypothèse d’un développement séparé d’un avion de combat de nouvelle génération -NGF. Déjà démentie à plusieurs reprises, l’affirmation selon laquelle Dassault Aviation réclamerait 80 % du travail sur le NGF continue d’être relayée en Allemagne.

En réalité, selon le site d’information «Zone militaire», l’industriel français demande que sa voix pèse davantage -soit 51%- afin d’assumer le rôle de maître d’œuvre, expliquent des sources proches du dossier.  Au-delà des échanges publics entre partenaires, des bruits de couloir évoquent une possible désolidarisation allemande. Selon plusieurs observateurs, l’Allemagne envisagerait de poursuivre le projet sans la France, ou de rejoindre le Global Combat Air Programme -GCAP-,  l’initiative conduite par le Royaume‑Uni, l’Italie et le Japon. Certains estiment que ces scénarios servent à faire pression sur Paris.

Du côté français, le délégué général de l’armement, Patrick Pailloux, assure que les discussions se poursuivent. Mais une solution alternative -le développement de deux avions distincts au sein d’un même “système de systèmes”- gagne du terrain. Le chef d’état‑major des armées, le général Fabien Mandon, a évoqué cette option lors d’une audition au Sénat en novembre. Pour le général Jérôme Bellanger, chef d’état‑major de l’armée de l’Air et de l’Espace, l’enjeu prioritaire est le développement du “cloud de combat” permettant l’interopérabilité entre forces française, allemande et espagnole; le NGF deviendrait secondaire. Le commandant de la Luftwaffe, le général Holger Neumann, partage ce point de vue.

L’Association allemande des industries aérospatiales -BDLI- et le syndicat IG Metall ont récemment plaidé pour la “solution à deux avions” au sein du SCAF, jugeant qu’elle offrirait “un cadre clair, de meilleures perspectives d’avenir et éliminerait les désaccords et incertitudes de planification”.

Interrogé sur la chaîne publique ZDF, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a relativisé l’impact d’un éventuel arrêt du SCAF: “Ce ne serait pas la fin du monde”, a‑t‑il dit, soulignant que l’amitié franco‑allemande perdurerait et qu’il existe “d’autres solutions pour développer des capacités aériennes avancées”.

Une source industrielle allemande, citée par l’AFP, a ajouté que la construction de deux avions “rendrait le système SCAF plus résilient” et qu’il convenait de préserver les coopérations qui fonctionnent -notamment dans le domaine des moteurs. Toujours selon cette source, “Airbus est prêt à développer de manière autonome son propre avion de combat”, tout en écartant l’idée d’une adhésion tardive de l’Allemagne au GCAP : “Arriver tard n’est jamais bon.”

Ce n’est pas la première fois qu’Airbus manifeste une ambition indépendante: le groupe travaille sur un projet de NGF depuis juin 2016, en réponse à l’intention du ministère allemand de la Défense de lancer un “Next Generation Weapon System” pour remplacer les Tornado.

De son côté, Dassault Aviation, par la voix de son PDG Éric Trappier, répète qu’il est capable de concevoir un nouvel avion sans aide extérieure, hormis celle de ses sous‑traitants habituels comme Thales et Safran. Mais le président Emmanuel Macron a clairement refusé la solution à deux avions. Dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, il a défendu le SCAF et fustigé les manœuvres industrielles visant à “faire de la dyssynergie”. “Pour ma part, je considère que les choses doivent avancer”, a‑t‑il dit, prévenant que la remise en cause d’un avion commun pourrait entraîner celle d’autres programmes, comme le char de combat. Il a conclu en rappelant son expérience sur Ariane‑6 et en dédramatisant les incertitudes: “On l’a fait.”

Le débat reste ouvert: tandis que Berlin et certaines parties de l’industrie envisagent des solutions alternatives pour sécuriser capacités et emplois, Paris maintient son attachement à la construction d’un avion commun dans le cadre du SCAF. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le projet pourra surmonter ses dissensions ou s’il évoluera vers une configuration à deux avions.

Avec Agences

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