Tribune

Inégalités de genre et Covid-19 : l’état de la question

Sous la direction Vincent Lukunku
Nicole Munyanga et Sara Wumba Mbuku

En  avril 2020, le Département de la communication globale de l’UNFPA, signale que si la pandémie de Covid-19 affecte hommes et femmes indifféremment, ses conséquences socioéconomiques et sur le plan de la sécurité sont nettement plus marquées pour les femmes et les filles, au point de remettre en question les progrès en matière d’égalité des sexes enregistrés ces dernières décennies.

Le 9 avril 2020, António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, affirme,  lors de la présentation, d’une note de politique générale traitant de l’impact de la COVID-19 sur les femmes, que: « l’égalité des sexes et les droits des femmes sont essentiels pour traverser ensemble cette pandémie, pour se rétablir plus rapidement et pour construire un avenir meilleur pour tous». Ce document, est publié à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action de Beijing en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes, est pourtant sans équivoque: l’impact de la Covid-19 sera plus fort pour les femmes déjà marginalisées économiquement, prévient-il. 

En fait pour le Secrétaire général, il n’y a pas d’autre alternative que de placer les femmes et les filles au cœur des plans de réponse. L’alerte concerne les 740 millions de femmes qui travaillent dans le secteur informel, «gagnant moins, épargnant moins et risquant davantage de tomber dans la pauvreté que les hommes», explique  Guterres. Elle vise aussi celles qui ont perdu leur emploi, du fait de la chute des marchés et de la fermeture des entreprises, et celles dont le travail de soins non rémunéré a augmenté en raison des fermetures d’écoles et des besoins accrus des personnes âgées.

Face à ce constat, le chef de l’ONU appelle les gouvernements à placer les femmes et les filles au cœur de leurs plans de réponse, d’une part en assurant une représentation des femmes dans la planification du redressement post-crise, d’autre part en garantissant l’égalité dans l’économie des soins. Il demande aussi de cibler les femmes et les filles dans tous les efforts budgétaires et d’assistance sociale, d’autant plus qu’elles sont victimes d’une aggravation de la violence domestique en ces temps de confinement: «L’égalité des sexes et les droits des femmes sont essentiels pour traverser ensemble cette pandémie, pour se rétablir plus rapidement et pour construire un avenir meilleur pour tous».  

Les inégalités de genre dans le contexte de la Covid-19 sont également au centre des travaux de plusieurs entités des Nations unies qui, chacune, proposent des angles spécifiques pour traiter efficacement ce problème exacerbé par la crise.  

Revue littéraire sur les inégalités liées à la Covid-19

Dans son article intitulé: «Le Covid-19 sous l’angle du genre»,  la sociologue Claire Gavray,  de l’Université de Liège, s’interroge si les femmes et les hommes sont égaux face à la crise Covid-19. La réponse est la crise du Coronavirus expose particulièrement les femmes, majoritairement en première ligne dans les métiers du care. «Malgré de multiples avancées» dit-elle, «les rapports inégalitaires entre hommes et femmes persistent insidieusement dans nos sociétés démocratiques». Et de s’interroger: «Suite à cette crise, va-t-on vers un changement?». Elle poursuit sa démonstration en affirmant que parmi les personnes âgées décédées à cause du Covid-19, on dénombre plus d’hommes que de femmes.

Ce n’est donc pas en priorité le sexe en lui-même qui crée une différence face à la maladie mais bien une manière d’être, un modus vivendi largement issu d’une construction et socialisation sociales: les hommes prennent ainsi plus de risques -en matière de consommation d’alcool par exemple- et soignent moins leur santé. L’organisation économique et sociétale moderne s’est construite sur base d’une dualisation et d’une hiérarchie sexuée des attitudes et des représentations mais aussi des espaces assignés, des rôles, des professions. C’est ainsi que les métiers du «care» sont assurés majoritairement par des femmes alors que les métiers techniques, technologiques et numériques constituent encore un bastion masculin à ce jour.

Par ailleurs, dès le début de la crise, la presse a relayé le fait que le Coronavirus exposait davantage les femmes. Elles étaient sur le pont et souvent peu protégées, au plus près des patients à l’hôpital et en maison de repos, face aux clients dans les supermarchés. Certains articles ont aussi relevé que ces fonctions étaient mal rémunérées malgré les responsabilités endossées et les risques sanitaires encourus. Les sondages le confirment: ce sont des femmes qui se sont mises au travail derrière leur machine à coudre et cela sans qu’on n’ait le réflexe de les dédommager, dans certains cas de les payer pour leur travail quand c’est leur gagne-pain. Pour sa part, le PNUD révèle que la proportion des femmes ne pouvant pas accéder aux opportunités économiques est estimée à 40 %. Avec le ralentissement de l’activité économique observé ces dernières années ainsi que la diminution des opportunités d’embauches, les opportunités socioéconomiques des femmes se seraient resserrées, les rendant ainsi de plus en plus vulnérables dans les milieux professionnels et d’affaires. La détérioration rapide des conditions de vie observée ces trois dernières années demanderait un renforcement des mécanismes de protection sociale mais le gouvernement ne dispose pas des moyens.

En RD-Congo, pays  à  économie  fragile,  l’impact de la pandémie du Covid-19 ne peut encore être complètement évalué. «Cependant, les restrictions de mouvement qui sont déjà    imposées et pourraient  s’empirer  en  cas  d’infection  à grande   échelle, vont sûrement affecter la population de manière générale et surtout les catégories plus vulnérables. Une enquête réalisée auprès de 36 ménages des communes périphériques de la commune de Gombe au cours du mois d’avril 2020 présente les effets des mesures gouvernementales sur les conditions de vie des ménages moyens et pauvres. Il ressort que, les mesures gouvernementales ont pour conséquence de les appauvrir, respectivement à 43% et 82% pour les ménages moyens et les ménages pauvres».

«Les impacts spécifiques aux genres de Covid-19 sur les jeunes: les jeunes parmi les plus touchés par la violence fondée sur le genre en période de pandémie de COVID-19», est l’article de Catherine Morrison. Pour elle, les taux de violence fondée sur le genre ont considérablement augmenté au cours de la pandémie de Covid-19: «Au cours des derniers mois, la société a vu une augmentation des services de police, de la surveillance numérique, des abus sexuels, du racisme, de la cyber-violence et de la violence domestique. Au milieu de l’auto-isolement, les femmes, les groupes racialisés, les communautés de nouveaux arrivants, les parents isolés, les personnes non binaires et les enfants sont exposés à la fois à des formes préexistantes de violence fondée sur le genre ainsi qu’à de nouvelles formes de violence qui ont été créées ou augmentées en raison des conditions de vie risquées introduites par Covid-19».

Elle poursuit: «Alors que de nombreuses personnes sont actuellement touchées par la violence fondée sur le genre, les jeunes, âgés de 30 ans et moins, sont confrontés à ce problème de manière unique. Les jeunes femmes, sont plus susceptibles de subir des violences fondées sur le genre que tout autre groupe d’âge».

La perception des inégalités du genre par rapport à la situation de la Covid-19 

Le sexe, le genre et la Covid-19 ne font pas l’objet d’une orientation particulière. La maladie n’affecte pas tout le monde de la même façon. En règle générale, lorsqu’il est question des facteurs de risque, la majorité des gens pensent surtout à l’âge et au statut socioéconomique. Ces deux importants facteurs jouent assurément un grand rôle en santé, mais l’incidence du sexe -attributs biologiques- et de l’identité de genre -normes et attentes socioculturelles- doit également être prise en compte.

Tout comme l’âge et le statut socioéconomique, le sexe et le genre peuvent jouer un rôle dans le risque individuel de contracter certaines maladies et peuvent avoir une incidence sur les répercussions des politiques et des mesures de santé publique sur une personne. En effet, elles ont montré que les éclosions de maladies et les réactions publiques ou politiques qui en découlent peuvent avoir des conséquences indésirables sur ce plan en termes d’accroissement des inégalités entre les genres ou de stigmatisation en matière d’accès aux soins.

La grande question en ce moment n’est donc pas de savoir si la pandémie de Covid-19 affecte différemment les hommes, les femmes, les garçons, les filles et les personnes de diverses identités de genre, mais bien quelles sont ces différences et leur importance. Aussi, toutes études évoquent l’urgente nécessité de mettre en œuvre des politiques intégrant une perspective de genre.

Dans une note technique à l’intention des décideurs politiques, diffusée le 22 avril 2020, le Programme des Nations unies pour le développement -PNUD- identifie trois domaines d’action interdépendants pour lesquels des solutions peuvent être envisagées pour réduire les effets socioéconomiques de la Covid-19 sur les femmes.

Pour cette institution onusienne, il importe tout d’abord de développer des systèmes de santé inclusifs qui prennent en compte les besoins différents des femmes et des hommes. Une perspective de genre doit donc être intégrée aux plans de réponse sanitaires, avec par exemple la fourniture d’équipements de protection adaptés aux femmes, la mise à disposition de données ventilées par sexes et le renforcement de l’information sur la santé sexuelle et reproductive.   

Le PNUD note, d’autre part, que les expériences passées de gestion des crises ont démontré que la prise en compte des préoccupations des femmes augmente l’efficacité de la réponse. Il préconise par conséquent d’inclure le leadership des femmes et la participation d’organisations de la société civile dans les stratégies de riposte à la Covid-19. Selon l’agence, des campagnes de sensibilisation sont également à prévoir pour assurer un comportement équitable entre les sexes pendant et après la pandémie. 

De l’avis du PNUD il est, enfin, essentiel d’inclure dans les plans de réponse des programmes de protection sociale sensibles au genre ainsi que des mesures de stimulation économique, notamment fiscales, et de préservation de l’emploi afin de permettre aux femmes de surmonter la crise. 

Mesures pour protéger la santé des salaries face au virus ?

«La fin de l’état d’urgence ne veut pas dire la fin de l’épidémie de Covid-19 en RD-Congo» -Felix Antoine Thisekedi-

Quelles mesures l’employeur doit-il prendre pour protéger la santé de ses salariés face à la Covid-19?

  1. Rappel : La Loi

L’employeur est responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés. La loiprévoit qu’il doit prendre des mesuresde prévention et veiller à l’adaptationde ces mesures pour tenir compte duchangement des circonstances.

Une crise sanitaire est un changement de circonstances qui doit le conduire à s’assurer que les mesures qu’il met en œuvre habituellement sont toujours adaptées ou doivent l’être pour protéger les salariés contre les risques de contamination.

II en va de l’intérêt des salariés mais aussi des entreprises car la présence des salariés à leur poste dépendra largement de leur confiance dans la capacité de l’entreprise à répondre à leurs inquiétudes et à les protéger contre les risques spécifiques liés au virus, notamment ceux qui sont en contact avec les clients.

L’employeur est responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés. La loi prévoit qu’il doit prendre des mesures de prévention et veiller à l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances.

  • Ré-évaluer les risques

Une crise sanitaire est un changement de circonstances qui doit le conduire à s’assurer que les mesures qu’il met en œuvre habituellement sont toujours adaptées ou doivent l’être pour protéger les salariés contre les risques de contamination.

II en va de l’intérêt des salariés mais aussi des entreprises car la présence des salariés à leur poste dépendra largement de leur confiance dans la capacité de l’entreprise à répondre à leurs inquiétudes et à les protéger contre les risques spécifiques liés au virus, notamment ceux qui sont en contact avec les clients.

  • Le dialogue

Le dialogue dans l’entreprise revêt une importance essentielle en situation de crise. Les représentants du personnel, en particulier les représentants de proximité et le CSE, sont bien placés pour aider à identifier les situations à risque au quotidien et la faisabilité réelle des actions que l’employeur envisage de mettre en œuvre. Ils peuvent anticiper les questions pratiques puis participer à la diffusion de l’information auprès de leurs collègues. Les réunions doivent de préférence être tenues en visioconférence.

  • Généralisation du télétravail et prise en compte des vulnérabilités liées à la santé

Suite au passage au stade 3 de l’épidémie, le télétravail devient la norme pour tous les postes qui le permettent. Les salariés dits à risques -la liste complète est mise à jour sur le site du ministère de la Santé- doivent être placés en télétravail ou en arrêt de travail en se connectant sur declare.ameli.fr.

  • Mesures à respecter pour les salariés présents sur le site
  • Les règles de distanciation -1 mètre minimum- et les gestes barrières, simples et efficaces, doivent impérativement être respectés.
  • L’employeur doit s’assurer que les règles sont effectivement respectées, que savons, gels, mouchoirs sont approvisionnés et que des sacs-poubelles sont disponibles.
  • Les réunions doivent être limitées au strict nécessaire.
  • Les regroupements de salariés dans des espaces réduits doivent être limités.
  • Tous les déplacements non indispensables doivent être annulés ou reportés.
  • Les déplacements domicile/travail ou professionnels nécessitent un justificatif de déplacement professionnel établi par l’employeur.
  • Mesures à prendre en cas de contamination ou suspicion de contamination

L’employeur doit veiller à protéger tous les salariés, présentant ou non des symptômes -fièvre et signes respiratoires, toux ou essoufflement.

           Comment?

  • Renvoyer le salarié présentant des symptômes à son domicile.
  • Appeler le 109 ou le 110 si les symptômes sont graves.
  • Informer les salariés qui ont été en contact étroit avec le salarié.
  • Nettoyer immédiatement les espaces de travail du salarié concerné.
  • Règles de nettoyage des locaux, sol et surfaces
  • Équipement du personnel d’entretien: blouse à usage unique et gants de ménage.
  • Pour limiter le risque de contact avec des surfaces contaminées, en plus du nettoyage habituel des locaux, un nettoyage plus fréquent des surfaces en contact avec les mains est préconisé -espaces de convivialité, rampes d’escalier, poignées de portes, boutons d’ascenseurs…
  • Les produits de nettoyage habituels peuvent être utilisés.

            Attention: Un risque peut en masquer un autre!

  • D’autres risques que le Covid-19 existent dans l’entreprise.
  • Les règles habituelles de santé et de sécurité pour les salariés sont de rigueur: protection contre les chutes, contre les agents chimiques dangereux, équipements collectifs et individuels, etc.
  • Ces risques peuvent même être accrus en raison de: nouvelles embauches, réaffectations, réorganisations du travail, surcharge de travail. Soyez vigilants!
  • Le lavage et la désinfection humide sont à privilégier:
  • Si un cas de Covid-19 est survenu sur le lieu de travail, aérer la pièce quand c’est possible.
  • Attendre de préférence plusieurs heures avant de nettoyer les surfaces du poste occupé par le salarié malade -bureau, matériel informatique, téléphone, poignées de porte… Utiliser pour cela des lingettes imbibées du produit de nettoyage habituel, en portant des gants de ménage. Laver ensuite les gants à l’eau et au savon, puis se laver les mains dès le retrait des gants.
  • Rincer à l’eau du réseau d’eau potable avec un autre bandeau de lavage à usage unique. Laisser le temps de sécher.
  • Dans le cadre de bureaux partagés, des lingettes ménagères ou des produits ménagers compatibles avec les surfaces nettoyées peuvent être mis à disposition des utilisateurs pour le nettoyage des claviers, souris, téléphones, terminal…
  • Filière d’élimination classique pour les déchets potentiellement contaminés.

Dans le cadre de bureaux partagés, des lingettes ménagères ou des produits ménagers compatibles avec les surfaces nettoyées peuvent être mis à disposition des utilisateurs pour le nettoyage des claviers, souris, téléphones, terminal…

Rincer à l’eau du réseau d’eau potable avec un autre bandeau de lavage à usage unique. Laisser le temps de sécher. Si un cas de Covid-19 est survenu sur le lieu de travail, aérer la pièce quand c’est possible.

Attendre de préférence plusieurs heures avant de nettoyer les surfaces du poste occupé par le salarié malade -bureau, matériel informatique, téléphone, poignées de porte… Utiliser pour cela des lingettes imbibées du produit de nettoyage habituel, en portant des gants de ménage. Laver ensuite les gants à l’eau et au savon, puis se laver les mains dès le retrait des gants.

  • Prise en compte des situations de travail particulières
  1. Exemples de bonnes pratiques dans le secteur de la livraison:
  2. Approvisionner les livreurs en gel hydroalcoolique pour se nettoyer les mains entre chaque livraison.
  3. Livraison avec dépose au sol en présence du client, sans remise en main propre.
  4. Remplacer la signature par une photo du client avec son colis.
  • Exemples de bonnes pratiques dans le secteur de la grande distribution:
  • Mettre à disposition du savon et/ou du gel hydroalcoolique en quantité suffisante pour que les salariés puissent régulièrement se nettoyer les mains.
  • Ouvrir une caisse sur deux et demander aux clients de passer par une travée vide avant de récupérer leurs achats sur la caisse où ils ont été scannés par le caissier.
  • Mettre en place des parois de plexiglas au niveau des postes de caisse.
  • Pour protéger les caissiers dès lors que la mesure de distanciation ne peut être tenue avec le client.
  1. Salariés du secteur de la logistique
  2. Mettre à disposition du savon et/ou du gel hydroalcoolique en quantité suffisante pour que les salariés puissent régulièrement se nettoyer les mains.
  3. Espacer les postes de travail pour éviter la promiscuité -éventuellement par des marquages au sol ou l’installation de barrières physiques-, organiser la rotation des équipes après nettoyage des lieux communs.
  4. Réaliser les chargements et déchargements de camions par une seule personne en s’assurant de la mise à disposition d’aides mécaniques.
  5. Fractionner les pauses afin de réduire les croisements et la promiscuité dans les salles de pause.

Ces préconisations doivent être adaptées en présence de salariés d’entreprises extérieures.

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