
Il est rare de voir une sportive de haut niveau conjuguer carrière et études universitaires. À 22 ans, Ruth Libila, joueuse de football, relève ce défi avec détermination. Le matin, elle enfile le maillot numéro 39 du Football club féminin -FCF- Amani; l’après-midi, elle rejoint les auditoires de la Faculté de droit de l’Université libre de Kinshasa -ULK. Son ambition est claire: devenir avocate afin de défendre les causes de ses compatriotes. Née le 26 novembre 2004 à Kinshasa, la jeune milieu de terrain est la troisième d’une fratrie de six enfants. Diplômée d’État en section Littéraire au Collège Saint-Bernard de Limete, elle a fait un choix encore peu courant chez les footballeuses en RD-Congo: poursuivre des études supérieures. «Le football est une seconde nature. La justice est ma vocation», affirme-t-elle.
Des rues de Limete à l’élite nationale
L’histoire de Ruth Libila commence au quartier Ndanu, dans la commune de Limete. Faute de structures féminines, elle joue avec les garçons, une pratique que sa mère désapprouve, par crainte qu’elle ne nuise à sa scolarité. C’est en première année du secondaire, aujourd’hui appelée 7ème année de l’éducation de base, que ses parents l’orientent vers le club Ujana. Elle y passe quatre saisons. Le rythme est soutenu: entraînement de 8h à 9h, puis cours à partir de midi. Aujourd’hui sociétaire du FCF Amani, l’un des clubs phares du championnat national féminin, elle conserve la même discipline. Après les séances d’entraînement de 8h30’ à 10h30’, elle prend la direction de l’université pour poursuivre sa formation en droit. Originaire de la province de l’Équateur, Ruth Libila qui mesure 1,59 m pour 55 kg, ne maîtrise pas le Ngombe, la langue de ses parents. Elle s’exprime couramment en français et en lingala.
Le football lui a aussi imposé des épreuves. En 2024, la défaite: 3-2 du FCF Amani face à Bikira reste, selon elle, son plus mauvais souvenir. Dans les moments difficiles, elle peut compter sur le soutien de son père, qu’elle présente comme son «premier fan», ainsi que sur celui de son ami Grâce Djonga. Avec la sélection nationale, elle a vécu un moment fort lors d’un match amical contre l’Ouganda. Sa famille, venue l’encourager avec une banderole à son nom, l’a vue inscrire le but égalisateur. La rencontre s’est achevée sur un score de parité: 1-1. Détentrice d’un passeport RD-congolais, Ruth Libila a déjà disputé des compétitions en Tanzanie, en Égypte, au Cameroun et en Ouganda. Elle ambitionne désormais de vivre une expérience professionnelle en Europe. Son modèle sportif est l’Argentin Lionel Messi.
Une figure qui inspire au-delà du terrain
En dehors du football, la joueuse du FCF Amani mène une vie simple et discrète. Elle consacre son temps libre à sa famille, à la cuisine et aux jeux sur téléphone. Son sens de l’écoute et son empathie lui ont valu le surnom de «Maman sociale» dans son entourage. À la question de savoir quand elle compte se marier, sa réponse est sans équivoque. «Pas question de mariage pour l’instant. Je souhaite d’abord construire ma carrière et avoir plus tard trois enfants», déclare-t-elle. Entre les exigences du sport de haut niveau et celles des études de droit, Ruth Libila démontre qu’une autre voie est possible.
À l’ULK, cette jeune femme, aujourd’hui réticente à l’idée du mariage après plusieurs déceptions sentimentales, prépare l’avenir qu’elle s’est choisi: celui du barreau. Dans le paysage du football féminin RD-congolais, son parcours retient l’attention des amoureux du ballon rond, non seulement pour ses qualités sportives, mais aussi pour le message qu’il transmet aux jeunes filles. «On peut être footballeuse et étudiante en droit pour devenir avocate», ne cesse-t-elle de rappeler.
Joyce MUJINGA

