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Ancien président de la FECOFA, Constant Omari sort du bois et distribue des cartons à tous

Cinq ans après avoir quitté la tête de la FECOFA, Constant Omari Selemani brise le silence. Sur le plateau de la RTNC 2, l’ex-patron du football congolais n’a épargné personne. Clubs, dirigeants, pouvoirs publics, nouveau comité: tous ont reçu des «cartons». Son diagnostic est sans appel: le football congolais est «trop lourd, trop coûteux et profondément désorganisé». Sa solution: «Il faut d’abord le ramener au point zéro puis entamer la phase ascendante».

L’homme qui a dirigé la Fédération congolaise de football association -FECOFA- durant 18 ans a dressé un réquisitoire sévère contre un système dont il dénonce le retour de tares qu’il affirme avoir éradiquées sous sa présidence. De la multiplication des clubs à la gouvernance des équipes, en passant par le financement des déplacements et le processus électoral à la FECOFA, il estime que le football national devait être profondément restructuré avant de pouvoir retrouver une trajectoire ascendante.

Naturellement, l’élection du 20 mai, qui a propulsé Véron Mosengo à la tête de la Fédé, a été l’un des sujets brûlants de l’échange entre Omari et le tandem Junior Bompema – Nadia Nzuanzi. Alors qu’il avait «décidé de ne plus parler du football», Omari a néanmoins fait part de quelques inquiétudes face à un scrutin entouré, selon lui, de circonstances inhabituelles. «Je refuse de me prononcer sur le processus électoral qui a donné lieu au comité qui existe pour des raisons qui me sont personnelles», a-t-il répété à plusieurs reprises, avant de finir par répondre à l’insistance des journalistes. «Quand deux personnes vont au Tribunal arbitral du sport pour remettre en cause les élections, c’est déjà un indice que quelque chose n’était pas propre», a-t-il lancé.

L’allusion faisait référence aux requêtes de Patrice Mangenda et Jean-Claude Mukanya, tous deux candidats recalés à la présidence de la FECOFA et qui contestent la régularité du processus. Non partie prenante de ce processus, Omari entend conserver la lucidité de l’observateur et juger le comité Mosengo sur ses résultats. «Il ne faut pas juger les gens au départ», a-t-il insisté. Pour lui, l’hypothèse la plus favorable reste celle d’une équipe qui accomplirait son mandat de quatre ans. Au terme de celui-ci, le football de la République Démocratique du Congo pourrait, selon lui, dresser le bilan de cette gestion. Toutefois, l’ancien président intérimaire de la CAF n’a pas manqué d’évoquer la polémique autour de la révision des statuts à la veille du scrutin, alors que certains avaient estimé que ce «tripatouillage» avait rendu Mosengo éligible.

Le trop-plein du championnat national

En attendant de connaître la sentence du TAS, Omari veut voir le comité élu se mettre rapidement au travail pour le bien d’un football congolais aujourd’hui dos au mur. Dans son diagnostic, le mal le plus visible est mathématique. Trop de clubs, trop de matches, trop de déplacements, trop de dépenses. Et, au bout de la chaîne, des compétitions devenues difficiles à organiser. «La première des choses, il faut réduire le nombre de clubs [en championnat national]», martèle-t-il. L’ancien président de la FECOFA considère cette réforme comme la priorité absolue de la nouvelle équipe. Il ne s’agit pas simplement, à ses yeux, de modifier le calendrier, mais bien de reconstruire toute l’architecture des compétitions nationales. «Il faut alléger le championnat», explique-t-il. Réduire le nombre d’équipes permettrait, à l’en croire, d’alléger le calendrier, de faciliter l’organisation des matches et de rendre les déplacements plus supportables.

Omari rappelle qu’à la création de la LINAFOOT, la première division avait été conçue avec 16 clubs. Deux ans plus tard, la deuxième division comptait elle aussi 16 équipes. L’objectif, affirme-t-il, était de maintenir la première division autour d’un maximum de 20 clubs. «Quand vous partez de 20 clubs à 87, vous allez les gérer comment?», a-t-il interrogé. Le problème dépasse, selon lui, la seule LINAFOOT. L’explosion du nombre de clubs nationaux finit par affaiblir les Ligues provinciales, privées de leurs meilleures équipes et de leur substance sportive. Le paradoxe est devenu manifeste avec des clubs évoluant au niveau national qui se retrouvent ensuite contraints de repasser par les compétitions provinciales pour certaines phases préliminaires. Pour Omari, il s’agit d’une véritable «hémorragie des clubs», symptôme d’une pyramide sportive qui a perdu sa cohérence.

Refaire toute la pyramide

Cependant, réduire le nombre de clubs ne suffira pas. L’ancien boss de la FECOFA réclame une refonte globale. «Tout en allégeant, vous réorganisez complètement les championnats. Vous réorganisez le système des montées-descentes. En fait, vous restructurez les championnats», détaille-t-il. Le chantier est donc à la fois quantitatif et institutionnel. Il faut moins d’équipes, mais aussi des compétitions mieux pensées, des mécanismes de promotion et de relégation cohérents et des Ligues provinciales qui retrouvent leur rôle dans la pyramide. Pour lui, cette réforme est suffisamment importante pour supporter les «grincements de dents», quitte à sortir le football du pays de l’impasse.

Même avec moins de clubs et une meilleure gouvernance, la question du financement des déplacements dans un territoire aussi vaste que la République Démocratique du Congo devrait continuer à se poser. Omari estime que la réponse doit également venir des pouvoirs publics. Il rappelle qu’au cours de son mandat, il avait obtenu un mécanisme de prise en charge des déplacements impliquant le gouvernement et les gouverneurs de province. «Les billets étaient payés», affirme-t-il. Et d’ajouter: «Ce n’était pas parce qu’il appartenait à ce club-là. Il payait parce que c’était un club de sa province». Pour lui, la Fédération doit donc «repartir vers le gouvernement» et rechercher à nouveau un accompagnement public structuré.

L’ancien dirigeant a également épinglé la fragilité économique des clubs. «Tous ces clubs vivent au départ des poches de leurs dirigeants», affirme-t-il. Une situation qui empêche l’émergence d’un véritable modèle économique du football professionnel. À quelques exceptions près, les clubs dépendent encore largement de personnes physiques qui injectent leurs propres ressources pour permettre à leurs équipes de fonctionner. «Mazembe a la chance parce que son propriétaire l’a transformé en société où il est actionnaire majoritaire», souligne-t-il. Cette transformation aurait permis, de l’avis de Constant Omari, de clarifier les responsabilités et le financement du club. L’actionnaire majoritaire devient le principal financeur, tandis que la structure juridique donne davantage de lisibilité à la gestion. Le modèle qu’il défend implicitement est donc celui d’une professionnalisation réelle des clubs, loin des structures multiples et parfois concurrentes qui compliquent leur fonctionnement.

Un leadership fort comme garantie

Derrière toutes ces réformes, Omari identifie la qualité du leadership comme une garantie de réussite. «Cette fédération a besoin d’un leadership fort», affirme-t-il. Mais pas seulement. Il faut aussi «une vision» et «les ressources humaines appropriées» pour conduire la Ligue nationale. L’ancien dirigeant considère que la situation actuelle ne peut être corrigée par une mesure isolée. Le nombre de clubs, les déplacements, les règlements, les compétitions provinciales et la gouvernance des équipes forment, selon son analyse, un même problème structurel. Et c’est précisément cette approche globale qu’il appelle de ses vœux.

En dressant ce constat sévère, Omari ne se contente pas de critiquer ses successeurs. Il revient aussi sur sa propre gestion et assume une partie de l’héritage laissé à la FECOFA. Il refuse toutefois de se présenter comme celui qui aurait tout réglé. «Je ne peux pas prétendre avoir résolu tous les problèmes, sinon ce serait malhonnête», reconnaît-il. Certaines choses, admet-il, n’ont pas été réalisées. D’autres ne l’ont pas été correctement. Mais il estime que la comparaison entre la situation de la Fédération lorsqu’il l’a prise en main et celle qu’il a laissée justifie son bilan. «Je ne me gêne pas par rapport au niveau où j’avais pris cette fédération et au niveau où je l’ai laissée», affirme-t-il. Son argumentaire repose notamment sur les performances des clubs congolais dans les compétitions africaines. «Nos clubs se sont retrouvés à chaque coup, au minimum, au quart de finale», rappelle-t-il. Il évoque également les performances des Léopards qui ont été, par deux fois, proches de la Coupe du monde. «Ça signifie qu’il y avait une dynamique», soutient-il.

Aussi, Omari revendique l’influence acquise par la République Démocratique du Congo au sein des instances internationales durant sa période de pouvoir. «Sur le plan international, j’ai amené la FECOFA très haut», soutient-il, énumérant ses différentes responsabilités au sein de la CAF et de la FIFA, notamment celles de vice-président de la CAF, de président intérimaire de la CAF, de vice-président intérimaire de la FIFA et de membre du comité exécutif de la FIFA. «Je n’ai pas souvenance qu’un Congolais ait amené cette fédération au niveau où je l’ai amenée», conclut-il.

WIDAL

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