Société

Quand les «kuluna» colonisent le stade des Martyrs

Les téléspectateurs qui suivent régulièrement les émissions des chaînes de proximité à Kinshasa, n’en reviennent pas encore. En ce début de semaine, ils ont été copieusement servis avec des images d’une rare violence orchestrée par des «kuluna» en activité dévastatrice en plein stade des Martyrs de la Pentecôte.
Aussi révoltant que cela puisse paraître, des jeunes gens aux allures de drogués ont transformé l’habitacle pierreux de la commune de Lingwala en un véritable champ de bataille, avec des jets de projectiles de tous genres, des objets tranchants et contondants devant des éléments de la police nationale visiblement déstabilisés face à une telle levée des boucliers.
Muntubile, Kabongo et les «Léopards» surprennent le Maréchal Mobutu
Tout de go, l’actuel ministre de la Jeunesse, Sports et Loisirs Denis Kambayi a fixé le décor dans les premières actions de son mandat avec la perspective de rendre au stade des Martyrs ses lettres de noblesse. Pour la petite histoire, au lendemain de la qualification de l’équipe nationale de football à la CAN Maroc 1988, les «Léopards» conduits par le capitaine Jean Santos Muntubile Ndiela et Eugène Kabongo sont reçus en audience par le Maréchal Mobutu Sese Seko.
Voulant s’enquérir de la nature du cadeau espéré par les «Léopards», l’autorité suprême du pays est agréablement surprise devant le peu d’intérêt accordé par les ambassadeurs de l’ex-Zaïre aux pièces sonnantes et trébuchantes, mais plutôt leur détermination de voir ce grand pays disposer d’un stade aux dimensions de sa grandeur et de sa vocation africaine.
Avec le concours du directeur de cabinet Roger Nkema Liloo, la solution est trouvée séance tenante. La coopération chinoise, qui a fait ses preuves avec la construction du Palais du peuple, sera mise à contribution pour matérialiser cette demande pressante des jeunes gens dont les prestations ne cessent de porter haut l’étendard national. C’est ainsi que des dispositions utiles sont prises au niveau des autorités des deux pays pour l’érection d’un grand complexe sportif aux dimensions olympiques non loin du pont Cabu. Jusqu’au crépuscule de sa vie, le maréchal Mobutu ne mettra jamais ses pieds au stade Kamanyola, débaptisé par la suite stade des Martyrs de la Pentecôte.
 
Un joyau rare en Afrique
En promenant notre regard sur le continent africain, voire européen, très peu de pays, voire de grands clubs comptent dans leur patrimoine un stade d’une telle envergure. C’est un bijou qui doit faire la fierté de tous et, de ce fait, bénéficier de toute la sollicitude individuelle et collective des Congolaises et Congolais.
S’il y a une activité qui a toujours cimenté l’unité nationale, c’est bien la pratique sportive, surtout lorsque les joueurs de l’équipe nationale, toutes disciplines confondues, défendent valablement les couleurs du pays. Il est dès lors inconcevable et inacceptable que des jeunes désœuvrés cherchent à transformer ce havre de paix qu’est le stade des Martyrs de la Pentecôte, en bouillon de culture propice au hooliganisme.
Les dirigeants du pays parmi lesquels le ministre de la Jeunesse, Sports et Loisirs, celui de l’Intérieur et Sécurité ainsi que le gouverneur de la ville province de Kinshasa se doivent de prendre des mesures urgentes pour étouffer dans l’œuf toute velléité de perturbation de la paix des esprits, des âmes et des cœurs qui doit régner au stade de Kinshasa.
S’inspirer des politiques en vigueur sous d’autres cieux pour contrer le hooliganisme
Des réformes courageuses s’imposent à tous les niveaux. Le hooliganisme n’est pas une invention des RD-Congolais. Certes, ce fléau constitue un casse-tête sous d’autres cieux mais, partout, les dirigeants n’ont pas croisé les bras et ne cessent de se remettre trente-six fois sur le métier pour y trouver les parades appropriées.
Il serait de bonne politique que des contacts soient pris avec les dirigeants de grands clubs de la trempe de Paris Saint Germain, Marseille, Liverpool, Chelsea, Barcelone, Real Madrid, Bayern Munich, Dortmund, etc. pour amener les RD-Congolais à s’inspirer des politiques mises en œuvre en vue de contenir leurs supporters et maintenir le calme dans leurs stades même pendant les chaudes empoignades à forte pondération.
Combien sont les équipes RD-congolaises qui connaissent le nombre de leurs affiliés? Combien sont nos clubs qui détiennent des fiches d’informations sur l’identité des supporters à problèmes, leur résidence et leur modus operandi? Combien sont les teams de la RD-Congo qui disposent des structures d’encadrement de leurs supporters dans les quartiers, les communes et au stade avant, pendant et après les matches disputés? Combien sont les dirigeants qui organisent des séances de sensibilisation et de moralisation de leurs supporters? Combien sont ceux des supporters qui apportent leur contribution financière à la vie des clubs de la RD-Congo? La liste serait longue.
 
Des insuffisances notoires en matière sécuritaire
Voilà autant de chantiers parmi tant d’autres qui nécessitent l’arrêt des mesures drastiques en vue de corriger cette image hideuse que des «kuluna» veulent donner aux stades RD-congolais. S’agissant de ces habitacles pierreux qui reçoivent les rencontres sportives, force est de relever des insuffisances notoires sur le plan sécuritaire.
Le stade des Martyrs de la Pentecôte ressemble à une véritable passoire. Les gens s’y introduisent de jour comme de nuit sans être astreints à des mesures rigoureuses de contrôle. Au moment où la donne sécuritaire figure dans les préoccupations majeures de plusieurs Etats membres des Nations unies, les actes commis dans les stades de la RD-Congo projettent à l’écran la faible intériorisation de cette dimension par les responsables du football local ainsi que les autorités politiques du pays.
Hormis le contrôle des billets d’accès au stade, les fouilles systématiques telles que pratiquées dans les grands stades du monde, dans les aéroports ou d’autres lieux stratégiques, sont une recette inconnue dans nos stades. C’est ce qui justifie que des «kuluna» se promènent royalement avec des armes blanches avec lesquelles ils créent l’insécurité au stade.
 
Fouille systématique de toutes les personnes sans distinction de titre ni qualité
A ce niveau, il sied d’équiper les entrées des stades de plusieurs ceintures de sécurité tout en installant des portiques qui n’autorisent les mouvements que dans un sens unique. Autant les préposés aux entrées ayant subi la formation appropriée auprès des instances compétentes en la matière, ont besoin d’un équipement de pointe pour procéder à la fouille systématique de toutes les personnes qui se présentent au stade, autant ces dernières doivent-elles se plier à ces exigences sécuritaires, quels que soient leurs titres et qualités.
La circulation des personnes dans les installations sportives doit répondre à une discipline rigoureuse. Sur les gradins du pourtour et dans les tribunes qui doivent être équipés des sièges dûment numérotés, des agents préposés à la sécurité émanant des clubs sont appelés à travailler en synergie avec les éléments de la Police nationale. Les stades ne peuvent recevoir au-delà du nombre requis de personnes en adéquation avec les places autorisées.
Il va sans dire que tous les fauteurs de troubles et les personnes attrapées avec des objets tranchants et contondants doivent-ils subir la rigueur de la loi avec des peines d’emprisonnement assorties de fortes amendes. De cette manière seront découragés tous ceux qui n’ont pas encore perçu la grande portée de la pratique sportive, élément fédérateur qui permet de jeter les ponts entre les personnes sans discrimination aucune.
 
Intégrer la donne sécuritaire dans le plan d’urgence
Le stade des Martyrs de la Pentecôte doit redevenir ce havre de paix où les gens se rendent dans le but de se détendre et sceller des liens d’amitié et de fraternité et non plus un antre des gladiateurs déterminés à en découdre à tout prix. Les dirigeants des clubs doivent être interpellés pour jouer pleinement leur rôle tout en dotant leurs équipes des structures indispensables à l’encadrement et à la maîtrise des supporters.
Les autorités gouvernementales ainsi que l’autorité urbaine sont tenues d’intégrer la donne sécuritaire dans leurs plans d’urgence. Si le football apporte beaucoup de joie dans la grande famille congolaise, ce sport mal encadré peut aussi constituer un tremplin pour la commission d’actes répréhensibles. D’où la nécessité de saisir ce problème à bras le corps en vue d’éviter de prêter le flanc aux coups de boutoir des marginaux.
Tino MABADA

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