Société

MSF s’inquiète pour les civils déplacés par les tensions persistantes au Katanga

Déplacés
Des affrontements entre des milices Maï-Maï et les forces gouvernementales secouent depuis novembre 2013 la région située tout près de Shamwana, dans la province du Katanga, dans l’Est de la RD-Congo. Des villages ont été réduits en cendres, tandis que les habitants ont trouvé refuge dans les villages voisins ou dans la brousse. Alors que les gens fuient la destruction, les attaques et l’intimidation, Médecins sans frontières -MSF- appelle les groupes armés du Katanga à respecter et à garantir la sécurité des civils, mais aussi à leur permettre d’avoir accès aux soins de santé dont ils ont besoin. 
«En novembre et décembre 2013, des villages le long des routes reliant Shamwana et Dubie ainsi que Mitwaba et Mpiana ont été incendiés. Et signe que la vague de destruction se poursuit, les villages de Lenge, Nkonkole, Lubinda, Kabwesungu et Kilambwilu ont également été incendiés entre Noël et le jour de l’An», a signalé MSF dans un communiqué de presse rendu public jeudi 9 janvier 2014.
Pour la structure, nombre de personnes ont fui dans la peur, en laissant derrière eux leur maison, leur commerce et tout ce qu’elles possédaient pour s’installer dans les villages environnants ou dans la brousse. MSF a poursuivi qu’il est difficile de quantifier l’étendue de ces déplacements de populations, mais des centaines de familles se sont jusqu’ici réfugiées dans au moins huit villages des environs. En plus de cette destruction et de ces déplacements à grande échelle, les personnes en fuite ont aussi été victimes d’intimidation ou ont été forcées par les groupes armés de déménager ou de retourner dans ces villages.
Ces personnes sont particulièrement vulnérables car elles ont dû faire face à un déplacement forcé, à de violents affrontements et à même du harcèlement à leur endroit pendant plusieurs mois. Pour empirer encore les choses, la saison des pluies vient de commencer, alors que de nombreuses personnes devront dormir dehors, sans protection contre les intempéries. «Le fait qu’un nombre important de personnes vulnérables n’auront pas accès aux soins médicaux et à l’aide humanitaire dont elles ont besoin nous inquiète beaucoup», a expliqué Thomas Mollet, chef de mission de MSF dans la province du Katanga.
Et d’ajouter: «La situation qui prévaut en matière de sécurité est tendue, et les organisations ne peuvent se déplacer librement. Étant donné que les civils risquent de se retrouver coincés au beau milieu des combats et d’être pris à tort pour des combattants, nous craignons qu’ils ne cherchent pas à obtenir les soins dont ils ont besoin».
À l’hôpital de Shamwana où MSF offre toute une gamme de services médicaux, ses équipes voient le nombre de patients baisser par rapport aux années précédentes, ce qui semble indiquer que la population ne reçoit plus les soins médicaux nécessaires. «En novembre 2013, le nombre de consultations externes offertes par nos équipes a baissé de 30 pour cent par rapport au même mois l’année précédente. En décembre, 18 patients recevant un traitement à long terme contre le VIH et la tuberculose à l’hôpital de Shamwana ne sont jamais revenus pour poursuivre leur traitement pourtant essentiel», a rappelé MSF dans son communiqué. «Le manque d’accès aux soins va sans aucun doute se traduire en pertes humaines. Des complications durant l’accouchement peuvent s’avérer fatales pour les femmes enceintes, tandis que le paludisme, s’il n’est pas traité, peut être mortel pour les enfants», a prévenu le Dr. Mollet.
Pour lui, les groupes armés dans la province du Katanga, mais aussi l’armée nationale, doivent respecter et garantir la sécurité des civils, et leur permettre d’accéder aux services médicaux dont ils ont besoin. MSF continue d’œuvrer à l’hôpital de Shamwana en dépit des conflits incessants et des conditions de sécurité de plus en plus mauvaises. Les équipes effectuent également des cliniques mobiles, mènent des activités d’approvisionnement en eau potable et en assainissement, et distribuent des moustiquaires gratuitement dans la zone.
Triangle de la mort
Surnommée le «Triangle de la mort», a conclu MSF, cette région est caractérisée par un contexte de violence. En 2005, de nombreuses personnes ont été assassinées, violées, blessées ou déplacées en raison de violents affrontements entre les milices Maï-Maï et l’armée dans cette partie de la province. Ces tensions se sont intensifiées au cours des dernières années, de sorte que MSF peine à poursuivre ses activités médicales dans la région en raison des conditions particulièrement difficiles.
Christian BUTSILA

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