Société

L’enseignement se meurt au Kwango

Il est révolu le temps où le grand Bandundu était compté parmi les meilleures provinces en termes d’éducation et formation professionnelle en RD-Congo. Le système éducatif de la province du Kwango, nouvelle province issue du démembrement de l’ex-province de Bandundu, a vraisemblablement fait une chute libre. L’enseignement primaire et secondaire est en péril. Interrogé à ce sujet par «AfricaNews», le sous-proved de la sous-division de Pont-Kwango, Léonard Mampwambu, a expliqué cette situation par l’absence d’un personnel qualifié et de la prise en charge publique. «Le niveau de l’enseignement du grand Bandundu, comme au Kwango n’est plus le même. Tout a changé. A l’époque, les enseignants qui avaient presque tous le niveau D4 s’acquittaient bien de leur fonction. Les élèves étaient bien formés parce qu’il y avait également le soutiens de l’Etat RD-congolais. Aujourd’hui, nous avons des diplômés qui ont du mal à enseigner. Ils n’ont tout simplement pas le niveau», a-t-il déclaré.
Aujourd’hui, la nouvelle province du Kwango fait face à plusieurs défis notamment la sécurité alimentaire, les soins médicaux… la détérioration de son système éducatif. Réputée province des intellectuels qui alimentait autrefois en «citoyen monsieur» dans plusieurs écoles de grandes villes du pays, aujourd’hui, le Kwango n’est que l’ombre de lui-même. Son système éducatif héritier du grand Bandundu est en chute libre… se meurt! Selon les experts provinciaux d’énormes plaidoiries devraient être menées auprès des autorités nationales pour relever le niveau de l’enseignement provincial. «AfricaNews» a approché le sous-proved de la sous-division du Pont-Kwango, Léonard Mampwambu qui a peint le tableau de l’éducation de sa province en remontant à partir de 1992. «Il y avait une multiplicité des écoles. Cette situation n’a pas permis aux autorités de bien contrôler les enseignements. Depuis lors, l’Etat RD-congolais a cessé d’être le maître du système éducatif. Par conséquent, la qualité de la formation des élèves a été entamée», s’est rappelé Léonard Mampwambu.
A en croire le sous-proved, c’est également à cette époque «qu’on a commencé à injecter les enseignants peu qualifiés dans ce secteur». Le sous-proved a évoqué plusieurs facteurs à l’origine de la dégringolade du système éducatif dans sa province du Kwango. Il a constaté la modicité des salaires des enseignants ou la rareté des salaires, l’absence du personnel qualifié et de la prise en charge de l’Etat RD-congolais. Des agents de la sous-division de Pont-Kwango touchent entre CDF 90 milles et 100 milles. Les enseignants qui n’ont pas été mécanisés touchent souvent moins de CDF 70 milles. Un salaire ne permettant de nouer les bouts du mois.
Se battre pour les meilleurs
Néanmoins, le sous-proved a affirmé mettre en branle toute son énergie afin que l’enseignement de sa province ne soit pas totalement enterré. Il travaille d’arrache-pied, multiplie des contacts et réunions pour renforcer d’abord le niveau des enseignants. «Dans mes fonctions, j’ai l’habitude de descendre sur terrain pour parfaire le niveau de ces enseignants, rassembler surtout les chefs d’établissements pour desceller les causes de la médiocrité et apporter les conseils au niveau du management», a déclaré Léonard Mampwambu qui a informé qu’il organise, en collaboration avec les partenaires du secteur public de l’enseignement, des séances d’évaluation souvent à la fin de chaque année. Léonard Mampwambu fait du renforcement des capacités des enseignants de sa province son leitmotiv.
Une formation de lecture au premier degré élémentaire, pour la 1ère et 2ème année primaire, est organisée, en collaboration avec la Vision mondiale. «Ces genres des formations rentrent dans le cadre du renforcement des capacités des enseignants. Cette stratégie nous aidera à remettre les choses sur le rail. Nous insistons sur les méthodes pédagogiques. Au moment où je vous parle sur place à la sous-division Pont-Kwango», a-t-il expliqué. La province du Kwango dispose beaucoup d’écoles, peut-être plus même. Mais, ces dernières n’ont rien d’écoles du 21ème siècle. Elles ne possèdent ni bibliothèque ni manuels didactiques ni de salles de lecture encore moins de matériels informatiques. Des écoles d’une autre époque!

La bancarisation aussi controversée

De l’avis du sous-proved, la bancarisation au Kwango n’a pas totalement résolu le problème de l’enseignant kwangolais qui doit marcher des kilomètres à pied pour toucher son salaire. «La bancarisation des salaires a résolu le problème en partie. Son côté positif est que le salaire des enseignants ne traine plus entre les mains des comptables. Mais, pour toucher son salaire, l’enseignant peut attendre trois jours à la banque alors que les enfants à l’école chôment. Les opérations de paie peuvent consommer trois voire quatre jours dans le calendrier», a dit le sous-proved sollicitant que les banques remettent la paie aux responsables des établissements qui, à leur tour, paieront les enseignants.
«Les écoles rapporteront aux banques. C’est une façon d’assouplir et réduire les attentes liées à la paie des enseignants», a-t-il proposé. Alors que la province est presque dépourvue des ressources et que la population vit de la débrouillardise, la gratuité est devenue une question existentielle. La Constitution de la RD-Congo la consacre, mais cette disposition légale peine à être appliquée sur l’ensemble de la République. «Dans une école où seul le directeur est payé, en quoi constituerait cette gratuité lorsque les parents sont obligés de contribuer pour les enseignants impayés», s’est interrogé Léonard Mampwambu. Au niveau primaire, certaines écoles font payer aux parents la somme de CDF 20 milles pour le premier trimestre de l’année 2017 alors qu’au secondaire CDF 30 milles.
Selon plusieurs experts de la province, cette gratuité serait effective si et seulement si l’Etat RD-congolais assumait ses responsabilités en prenant en charge les frais de fonctionnement des établissements et les salaires du personnel. «On aimerait bien que les enfants de la 1ère jusqu’à 5ème primaire ne puissent rien payer, mais qui prendra en charge la paie des enseignants dans ce cas-là?», s’est également interrogé Pindi, coordinateur des écoles protestantes de Pont-Kwango.
Gautier IMBENI, de retour de la province de Kwango

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