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Le ras-le-bol des agents Onatra, impayés depuis 6 ans

Y en a marre! Dans un acte poignant de protestation, des femmes de l’Office national des Transports -Onatra- se sont dénudées pour faire entendre leur désespoir face à plus de 30 mois de salaires impayés. C’était le jeudi 11 décembre à Kinshasa, où une manifestation tumultueuse a envahi le boulevard du 30 juin, artère principale de la ville. Les agents de l’Onatra, épuisés par des retards de paiement incessants, ont décidé de frapper fort pour attirer l’attention. Malgré un important dispositif policier, les manifestants ont réussi à faire irruption à la direction générale de l’entreprise.

Sur place, pneus enflammés et protestations virulentes ont marqué les esprits, les femmes scellant leur indignation en se dévêtant, en maudissant le Directeur général, perçu comme le principal responsable de leur souffrance. «Rien ne fonctionne avec le tout-puissant DG. Plusieurs syndicalistes ont été révoqués et arrêtés. Les agents n’ont pas touché leurs salaires du mois d’août. Ces mamans se sont déshabillées pour exprimer leur détresse et réclamer leurs 39 mois d’arriérés», a témoigné un observateur sur les lieux.

Images puissantes et humiliante réalité, ces scènes ont circulé en boucle sur les réseaux sociaux, provoquant une vague d’indignation, alors que le pays venait de célébrer avec faste les 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, clôturés la veille. «Comment peut-on laisser des mères de famille en arriver à se dénuder pour demander leur propre salaire? Comment un État peut-il tolérer une telle indignité?», s’est indigné Marley Vuvu sur X.

Un autre internaute a qualifié cette situation de «honte nationale», alors que les détournements de fonds s’élèvent à des millions de dollars. «Alors que l’État détourne le regard, ce sont ces femmes qui paient le prix des échecs d’un système défaillant», a-t-il ajouté.Depuis plusieurs mois, l’environnement de travail à l’Onatra s’est dégradé, les agents s’insurgeant contre des conditions calamiteuses: salaires non versés, contrats avec des partenaires contestés, retraités laissés pour compte, et décès d’employés sans dignité.

Grogne à Matadi il y a plus d’un mois!

Le ton de la contestation avait déjà été donné en septembre dernier, avec une grève générale paralysant le Port de Matadi. Les employés!avaient alors manifesté pour dénoncer un climat social détérioré et appeler à l’intervention des autorités. Une correspondance adressée à la Première ministre avait mis en lumière l’inquiétude grandissante des syndicats, qualifiant le mécontentement des employés de «préoccupant».

Dans une lettre datée du 25 septembre 2025, les syndicats avaient déjà averti des intentions de cessez-le-feu, notamment dans une précédente correspondance évoquant «l’imminence d’un arrêt de travail». Leur mécontentement visait principalement la société privée MCTC, jugée responsable de ne pas respecter les accords bilatéraux et de vouloir imposer sa volonté au gouvernement, exacerbant ainsi les tensions.

La situation a atteint son paroxysme le 24 septembre avec le déclenchement d’une grève générale, en réponse à un projet d’extension controversé du linéaire des quais, imposé sans consultation. Le Bureau Syndical avait appelé les autorités à des mesures urgentes pour protéger les droits des travailleurs et garantir le paiement des créances de l’Onatra, estimées à 205 millions de dollars, nécessaires pour apurer les dettes sociales et relancer l’entreprise.

Les syndicats avaient également exigé la tenue d’une réunion tripartite pour réexaminer tous les contrats portuaires signés au Port de Matadi, jugés contraires à la Constitution et aux procédures internes. Cette demande s’inscrivait dans un contexte de tensions prolongées pour la gestion des quais et l’attribution de concessions portuaires à des partenaires privés, notamment DP WORLD/Matadi. En réponse à cette crise, le Bureau des Syndicats Représentatifs avait réaffirmé son soutien au mouvement et appelé à la suspension de l’occupation du quai 7 par MCTC, à l’annulation des contrats de cession des quais 8 et 9, ainsi qu’au paiement de salaires dus et des redevances au Fonds Social ONATRA. Le feu couvait depuis.

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