
Lors d’un rassemblement populaire le samedi 18 octobre à Kinshasa, l’opposant Delly Sesanga a appelé à une prise de conscience nationale face à la crise multidimensionnelle» qui touche le pays. Cet appel, formulé en dix points, a pour objectif de remettre la RD-Congo sur le chemin d’une gouvernance saine. Tout en dénonçant la précarité sociale et les souffrances rencontrées par la population, l’ancien député national a également pointé d’autres fléaux qui affectent la nation, notamment l’insécurité, la corruption et le détournement des fonds publics.
Une nouvelle fois, Sesanga a plaidé pour un «dialogue inclusif», qu’il considère comme la seule solution pour mettre fin à la crise actuelle. «Nous devons engager un dialogue; certains pensent que cela démontre une faiblesse. Si le régime refuse d’instaurer un dialogue inclusif, il doit savoir que ses jours sont comptés», a-t-il averti. Ce dialogue, selon Sesanga et ses collègues de l’Opposition, devrait permettre de «restaurer les libertés publiques et les valeurs du Pacte républicain» tout en «rétablissant la souveraineté» à travers l’établissement d’une armée véritablement dissuasive.
Opposé à l’agression
Profitant de cette occasion, Sesanga a cherché à rectifier ce qu’il considère comme un «mensonge du régime». «Ils soutiennent que l’opposition collabore avec les agresseurs, c’est faux!», a-t-il affirmé. Pour appuyer ses dires, il a rappelé les multiples actions de l’opposition contre l’agression, en particulier la grande marche populaire de 2022 à Kinshasa, qui visait à dénoncer la chute de Bunagana. «Nous avons été les premiers à dénoncer la présence des troupes rwandaises, ainsi que celle d’autres armées étrangères et de mercenaires dans notre pays», a-t-il rappelé. Trois ans plus tard, le M23 a gagné du terrain et contrôle désormais de vastes zones du territoire national.
Cependant, pour Sesanga, l’UDPS porte la responsabilité de cette situation, ayant déjà eu des contacts avec le mouvement rebelle lors de ses premières avancées en 2012. «Ces liens [entre l’UDPS et le M23] sont documentés dans les rapports des Nations Unies», a-t-il précisé. Dans la foulée, il a mis en lumière la responsabilité du président Tshisekedi dans la résurgence du M23. «C’est lui qui a applaudi Kagame et l’a présenté comme un frère après avoir signé des accords. C’est encore lui qui a invité et hébergé le M23 à Kinshasa. Comment peuvent-ils prétendre aujourd’hui que l’opposition soutient le Rwanda?», a-t-il questionné.
Sans détour, Sesanga a émis un double appel aux troupes étrangères et aux groupes rebelles congolais. Des premières, il exige un retrait total du territoire national, tandis qu’il attend du second groupe qu’il dépose les armes. «La guerre doit cesser. Tous les militaires étrangers doivent quitter notre pays», a-t-il insisté.
«Félix Tshisekedi fait partie du problème»
Pour atteindre la paix, Sesanga compte également sur la mobilisation du peuple pour une «nouvelle République du Congo, juste et souveraine». «Unissons-nous», a-t-il exhorté. Cependant, il a averti que son appel au dialogue ne constitua pas un blanc-seing pour la «mauvaise gouvernance de Félix Tshisekedi, marquée par la corruption, le tribalisme et l’incompétence». Selon lui, le président de la République «fait partie du problème» et ne peut en aucun cas se positionner comme la solution ou donner des leçons.
Dans son discours, l’opposant a dressé un tableau préoccupant de la gestion du régime, lequel peine à fournir une réponse humanitaire rapide aux victimes des conflits à l’Est. Parallèlement, il a déploré que la création d’emplois ne soit restée qu’un slogan. Peu importe le dialogue, une chose est claire pour le dirigeant d’Envol: Félix Tshisekedi doit quitter la présidence de la République à la fin de son mandat en 2028. «Pas de prolongation, pas de troisième mandat», a-t-il insisté.
Devant une foule enthousiaste, l’ancien député national a exprimé ses inquiétudes concernant les prétentions du pouvoir à modifier la Loi fondamentale. «Ils veulent changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir, vous êtes d’accord avec cela?», a-t-il demandé au public, qui a répondu d’un «non» collectif.
L’appréciation du franc, une illusion
En substance, la démarche de Sesanga s’inscrit dans son projet de société visant à «refonder le Congo», en promouvant la loi et les droits pour tous, qui sont des gages d’une nation prospère, unie et solidaire. Pour lui, il s’agit du prix à payer pour «rendre la dignité aux Congolais» qui vivent actuellement dans une grande précarité. Cette misère a été aggravée par les récentes fluctuations sur le marché des changes. Bien qu’il admette une appréciation du franc congolais par rapport au dollar américain, Sesanga déplore que cette amélioration de la monnaie nationale ne bénéficie pas réellement à la population.
«Il est vrai que le franc congolais s’est apprécié, mais les prix n’ont pas baissé. Le taux budgétaire demeure à 2 900 francs congolais», a-t-il fait remarquer, redoutant une nouvelle crise semblable à celle du RAM. En résumé, le plan de Sesanga en dix points consiste à «Dire non à la guerre sans fin», «restaurer la souveraineté», «réunifier le Congo», «préserver la vie des Congolais», «créer des emplois réels, et non des slogans», «protéger la démocratie», «bâtir un État juste et efficace», «mettre fin à la République de la prédation», «refonder le Congo» et «restaurer la dignité des Congolais».
WIDAL

