Politique

Jean-Martin Mukonkole: «La CENCO a lavé Katumbi, il est libre de rentrer et servir son pays»

L’honorable Jean-Martin Mukonkole est secrétaire général de l’Union démocratique africaine Originelle, membre de la Dynamique de l’Opposition et du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, aile-Limete. Se confiant à «AfricaNews», il a évoqué le contexte politique mouvementé dans lequel l’Accord du 31 décembre a été signé sous les bons offices de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO. «Aujourd’hui, nous disons que l’Accord de la Saint Sylvestre étant un complément de la Constitution cherchant à sécuriser les animateurs des institutions de la transition, il doit être complètement mis en œuvre», a-t-il souligné. S’agissant de cas Moïse Katumbi, il a fait savoir que ce dernier est lavé dans le rapport d’enquête de la CENCO. «C’est un citoyen RD-congolais. Ce n’est pas parce qu’il est du Rassemblement qu’on doit lui interdire de jouir de ses droits et de ses privilèges. Il est libre de rentrer et servir son pays comme tous les citoyens», a-t-il déclaré. Il a aussi évoqué les activités politiques au sein de l’UDA-Originelle, l’affaire des fosses communes découvertes dans le Kasaï ainsi que la déchéance de certains gouverneurs des provinces issus de la Majorité présidentielle.
 
Nous vous avons rencontré en pleine réunion avec les cadres et militants du parti. Dites-nous en quoi consiste cette rencontre dite forum du militant?
Nous nous sommes retrouvés aujourd’hui dans une des activités propres à l’UDA-Originelle que nous appelons Forum militant. C’est une activité initiée par l’école du parti. Au cours de cette activité, il y a plusieurs questions qui sont abordées. Mais, pour aujourd’hui, nous avons retenu un seul point à l’ordre du jour, à savoir: les enjeux de l’heure. Nous avons échangé avec les cadres et militants sur la situation politique qui plane sur notre pays essentiellement partant de la signature de l’Accord de la Saint Sylvestre et ses conséquences jusqu’aujourd’hui. Et également partant de la vie de l’UDA-Originelle par rapport aux alliances qu’elle noue avec la Dynamique de l’Opposition et le Rassemblement. Nous étions là autour des cadres et militants en vue d’échanger pour récolter des avis des uns et des autres, et surtout en termes des conseils et des orientations étant donné qu’au niveau de notre parti, nous nous retrouvons de cette manière pour récolter les avis de la base qui constitueraient une ligne du parti à suivre par le Directoire.
 
Concernant les enjeux de l’heure, il se pose le problème de l’application de l’Accord de la Saint Sylvestre. Qu’est-ce que votre forum a dégagé?
Les choses sont claires. Nous avons rappelé aux participants que les origines de l’UDA-Originelle sont parties de la défense de la démocratie. C’est ainsi que depuis 1960, le père-fondateur de l’UDA, André-Guillaume Lubaya, avait émis le vœu de voir le peuple élire ses dirigeants à tous les niveaux. Une façon de traduire ses aspirations à travers la démocratie. Aujourd’hui, nous disons que l’Accord de la Saint Sylvestre étant un complément de la Constitution, cherchant à sécuriser les animateurs des institutions de la transition, il doit être complètement mis en œuvre. Etant donné que la Communauté internationale nous a soutenus à partir de la Résolution 2348, nous nous battrons pour l’application dudit accord. Car c’est par là que passe le salut et l’expérimentation de la démocratie dans notre pays.
 
Le Rassemblement s’est divisé, le Premier ministre est déjà nommé. Ne pensez-vous pas que la classe politique tourne en rond quand on sait que la date prévue pour l’organisation de la présidentielle fin décembre 2017 approche?
Je crois que le problème que nous avons aujourd’hui, c’est un problème de volonté politique. Les amis de la Majorité ne veulent que nous attenions les objectifs nous assignés dans cet accord que nous avons signé en commun accord avec eux. Mis parce que nous tenons à préserver les valeurs démocratiques, nous allons continuer à réclamer son application. Nous sommes confiants en l’avenir. Et nous sommes très rassurés que d’ici-là, vers fin mai ou début juin, nous allons signer l’arrangement particulier et le temps qui nous reste c’est pour préparer les élections dans les délais. C’est l’une des raisons fondamentales de la lutte que nous continuons à mener au sein de l’UDA-Originelle, de la Dynamique et du Rassemblement ensemble avec notre peuple pour que nous arrivions à organiser des élections cette année-ci afin que les nouveaux animateurs soient régulièrement élus par notre peuple.
 
Quelle est votre réaction face aux fosses communes découvertes dans l’espace Kasaï où les hommes se réclamant du feu Kamuina Nsapu et les forces de défense et sécurité s’affrontement disproportionnément?
Tout ce qui se passe aujourd’hui dans l’espace grand Kasaï est entretenu par le pouvoir en place. C’est une façon aussi de justifier l’incapacité de ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir de ramener la paix et d’assurer la protection des populations et de leurs biens. Nous décrions cette situation et nous demandons à la Communauté internationale de nous aider pour qu’on puisse mettre en place une commission d’enquête internationale neutre qui pourra avoir le bénéfice de visiteurs que nous pourrons appeler des enquêteurs internationaux afin de nous aider à dégager les responsabilités de ceux qui ont commis les dégâts qui continuent à endeuiller la population RD-congolaise en général et celle du grand Kasaï en particulier. Nous comprenons que c’est de la stratégie de ceux qui sont au pouvoir pour que cet espace de la République soit dans un état de traumatisme afin qu’il ne participe pas aux opérations d’enrôlement et se retrouver sous représenter dans les institutions à venir quand les élections seront organisées. Nous avons déjà démantelé ce jeu et nous continuerons à lutter pour mettre fin à ces attaques afin que la population puisse jouir de ses droits comme tous les autres de pouvoir s’inscrire et participer aux élections. Les institutions à venir doivent respecter la volonté du peuple et la représentativité et être en équilibre total avec les autres provinces.
 
Comment réagissez-vous à la déchéance de quelques gouverneurs du PPRD par motion de censure au niveau des Assemblées provinciales pour mauvaise gestion?
C’est de la pure distraction. Les sociétaires de la MP sont conscients qu’ils gèrent mal les provinces. Qu’est-ce qui empêche de pouvoir traduire ces gens là en justice? Ils disent qu’ils sont déchus pour avoir mal géré. Regardons-nous en face, avez-vous déjà entendu que ces gouverneurs déchus ont été traduits en justice pour mal gouvernance? Tout ce qu’ils font, c’est multiplier des manœuvres pour retarder le processus électoral. C’est aussi pour distraire notre peuple, nous connaissons tout cela mais le peuple n’est plus dupe, le peuple n’est pas distrait. Nous sommes conscients que le moment venu le peuple se prendra réellement en charge parce qu’il pleuve ou qu’il neige, les élections auront toujours lieu à la fin de cette année.
 
Que dites-vous de la proposition du gouvernement de revoir le quorum de prise de décision à la Cour constitutionnelle?
C’est un recul de la démocratie. Notre peuple doit savoir que le gouverneur a fait une proposition du quorum pour siéger, il ne s’agit pas de la réduction de l’effectif de la Cour constitutionnelle. Pour siéger, le quorum requis et de 7 hauts magistrats sur 9. Maintenant, ils veulent ramener le quorum à 3, ce qui est illégal, ce qui n’est pas bien pour notre démocratie et surtout pour notre magistrature. Ce sont là encore des manœuvres dilatoires de ceux qui sont toujours au pouvoir qui tiennent coûte que coûte à régler des comptes à ceux qui n’ont pas joué leur jeu et ont estimé qu’ils pouvaient rester indépendants. Ils ont exprimé cette indépendance au niveau de la magistrature. Et j’estime que cette proposition ne pourra pas passer car après les élections, la configuration des institutions de la République pourra changer.
 
Le cas Moïse Katumbi interpelle plus d’un RD-Congolais. Le rapport établi par la Commission instituée par la CENCO le lave de toute suspicion pendant que le camp de la MP accuse la CENCO d’avoir dévoilé un rapport destiné aux institutions. Que pensez-vous?
Je vous ai dit au début que nous insistons sur la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 pour plusieurs raisons. La décrispation politique viendra de l’application de cet accord. C’est dans la mise en œuvre de l’accord qu’il y aura organisation des élections afin d’apaiser les tensions sociales. Le cas Katumbi figure parmi les cas emblématiques répertoriés au dialogue de la CENCO. Il a été convenu de commun accord entre les délégués de l’Opposition/ Rassemblement et de la MP de confier que cette question aux évêques. Ils ont mené des enquêtes et ont trouvé des solutions, ils ont transmis le rapport. En quoi la publication d’un rapport établi en bonne et due forme est-elle un péché? Il serait souhaitable que la mise en œuvre soit effective. Moïse Katumbi est lavé dans ce rapport. C’est un citoyen RD-congolais. Ce n’est pas parce qu’il est du Rassemblement qu’on doit lui interdire de jouir de ses droits et de ses privilèges. Il est libre de rentrer et servir son pays comme tous les citoyens.
 
Croyez-vous vraiment en l’organisation des élections à la fin de cette année?
Nous y croyons. C’est pour cela que nous tenons à la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre. A cette fin, nous demandons à notre peuple de pouvoir se prendre en charge, pas en restant dans sa maison, mais en acceptant de partager l’expérience de la démocratie partout où il est, que ca soit dans la maison ou dans la rue. Car sans la participation de tout un chacun, la démocratie n’aura pas son sens.
 
 
Propos recueillis par
Octave MUKENDI  

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fermer
Fermer