Politique

Elections en 2017: RD-Congo, le temps est à la refondation de l’Etat!

De plus en plus d’observateurs avertis s’en rendent compte. En 57 ans d’indépendance, la RD-Congo continue à ne vivre que sous la dictature de l’urgence, urgence liée à l’accès ou à la pérennité au pouvoir, laissant de côté l’essentiel: la construction d’un Etat RD-congolais digne de ce nom. Les discussions au Centre interdiocésain sous les bons offices de la CENCO en est un énième exemple. Alors que les politiciens continuent de jouer allègrement à la chaise musicale, partie orientale du pays est toujours en proie aux groupes armés, les femmes y sont continuellement violées, la population s’enfonce dans la pauvreté, la dégradation du tissu économique s’exacerbe,… Les vraies questions restent pendantes: quels sont les intérêts vitaux et fondamentaux de la RD-Congo dans cette guéguerre politicienne parfois aux allures de querelles de cour de récré? Un RD-Congolais intéressé par l’avenir du pays attire l’attention sur cette question.
«Les élections ne créent pas un Etat». Voilà une phrase sortie au beau milieu d’un débat de salon il y a peu, qui a donné lieu à une profonde réflexion sur la marche de la RD-Congo et les défis à relever pour qu’elle retrouve -à mieux dire, prenne- sa place au cœur de l’Afrique et dans le monde. Notre interlocuteur, ancien conseiller assistant en charge des questions stratégiques à la Présidence, qui préfère l’anonymat, estime que le pays a raté un grand rendez-vous: «Il fallait profiter du dialogue pour porter la transition à 4 ans, créer l’Etat RD-congolais, l’Etat devient fort». Pour lui, c’est l’objectif fondamental conformément à l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. L’Etat doit être présent partout.
Décentralisation, une notion constitutionnelle
Pour ça, l’homme a sa petite idée: La démocratie doit se construire en partant de la base. Il a un aperçu chiffré de la décentralisation. Feutre en main devant un tableau blanc, effaçant parfois avec ses doigts, il démontre, les maths à l’appui, qu’en dehors d’autres charges de fonctionnement, la consolidation de la présence de l’autorité de l’Etat coûterait environ USD 6,19 milliards, dont 38% pour les infrastructures et 61% pour les salaires, à raison d’une part de 733 conseils de secteur ou chefferie, 98 conseils municipaux, 20 conseils urbains, 26 assemblées provinciales, le Senat et l’Assemblée nationale.
D’autre part, de 12 956 élus des organes délibérant, et de 90 731 dirigeants des organes exécutifs, partant des villages à la Primature. La majeure partie des postes à pourvoir sont à mandat électif. «On commence donc par les élections locales», suggère-t-il. Et pour éviter l’engouement que suscite notamment les législatives nationales, ce politique dans l’ombre propose la réduction des écarts entre les salaires à différents niveaux. Le député national pourrait avoir entre USD 1000 ou 2000 de plus que le provincial.
Et ainsi de suite, jusqu’aux conseillers des secteurs. Et par conséquent, on aurait plus 17 000 candidats pour les 500 postes à l’Assemblée nationale. Il propose également que cette décentralisation se vive à partir des avenues, quartiers, communes. Ces entités administratives peuvent déjà offrir de l’emploi à leurs habitants et produire des ressources. Tenez: la gestion des immondices peut donner lieu à la transformation en électricité des matières organiques, le recyclage des métaux et autres,… Et la SNEL et la REGIDESO, dont le taux de recouvrement des factures environne seulement 20%, pourraient passer par la commune, de là les quartiers et les avenues pour des meilleurs résultats. Ainsi, ces entités auraient un pourcentage dans les factures payées directement déduit à partir de la banque.

Tout petit prince veut se faire ambassadeur …

En principe, pour s’acquitter de leur devoir constitutionnel, les partis politiques, censés être financer également par l’Etat, doivent s’implanter sur dans tout le pays, y avoir des bureaux, du personnel, des moyens financiers,… On n’en est encore loin. Très loin! Même les «grands» partis, PPRD, UDPS, ou PALU, n’ont pas une assise nationale. A en croire cet analyste aiguisé, les partis devraient se fédérer en grands ensembles, histoire d’en avoir au finish cinq ou sept. «On demande aux partis politiques de se regrouper suivant leur idéologie. Et vous allez voir qu’au bout de 4 ans nous aurions peut-être cinq ou sept partis. Les petits partis n’auront même pas l’argent pour se déployer partout. On organise les élections locales. Il y a 1400 avenues à Kinshasa, par exemple, mais tu n’es que sur une avenue. Tu n’es représenté nulle part. Donc tu vas disparaitre», argue-t-il.
Et de poursuivre: «L’UDPS, PPRD, PALU, sont des partis de gauche. Je crois savoir que l’ARC de Kamitatu, l’UFC de Kengo, le MLC, sont de la droite, des libéraux. Ils peuvent se regrouper! La seule chose qui bloque ce que: tout petit prince veut se faire ambassadeur».
Il appuie sa pensée par une comparaison chiffrée du coût d’implantation de 477 partis politiques et de celui 5 partis. Le calcul se fait mentalement: «de la connexion internet à l’organisation de forum en passant par les ressources humaines, pour que les 477 partis enregistrés réunissent 139,67 milliard USD nécessaires pour leur fonctionnement, si chaque membre cotisait 100USD par mois, le nombre requis des contributeurs est 116 390 627, soit 142, 11% de la population du pays, projetée en fin 2016 à 81 886 566 habitants».
«C’est impossible», conclut-t-il. Par contre: «Si les partis politiques pouvaient se fédérer en 5 grands partis idéologiques distincts, avec ou sans des tendances internes, pour que la cotisation passe de 100 à 24, 40 USD au titre de frais de fonctionnement, le nombre d’adhérents par parti politique doit passer de 244 006 à 1 million, soit pour les 5 partis, 5 millions de membres actifs représentant 6, 11% de la population. Dans ces conditions, la cotisation spéciale pour l’implantation de ces 5 partis passerait de 1 845, 75 USD à 448, 90 USD, c’est-à-dire de 153, 31 à 37, 41 USD par mois». Tout est clair. En fait, les partis ont tout intérêt à se regrouper. La démocratie y gagnerait beaucoup.

Préserver les intérêts vitaux et stratégiques du pays

En outre, contrairement à ce qu’on vit. Les partis politiques et particulièrement leurs acteurs devraient avoir un seul credo: Préserver les intérêts de la RD-Congo, et non les leurs, encore moins ceux des Occidentaux à qui ils semblent souvent faire allégeance. Notre interlocuteur considère que les services de renseignement ont également la charge de rappeler aux partis politiques les intérêts vitaux et stratégiques de la RD-Congo. A titre exemplatif, il prend l’Etat d’Israël: «que ce soit la droite ou la gauche, la survie d’Israël est fondamentale. Il n’y a pas de divergences sur ce point là. Les intérêts vitaux, tout le monde les connait.
Les intérêts stratégiques, les gens les connaissent. Mais la manière de procéder peut différer d’un parti à un autre, sans compromettre les intérêts de l’Etat». Et de transposer mutatis mutandis cette réalité sur la RD-Congo: «si le Gabon, la Côte d’Ivoire, ou le Cameroun tombe dans le chaos, les intérêts de la RD-Congo en matière d’approvisionnement en produits pétroliers sont compromis. Parce que ces pays sont les premiers sites d’importation de ces produits pour la RD-Congo». Aussi: «s’il y a une insécurité au Kenya -ou en Ouganda-, l’approvisionnement en produits pétroliers par le Kenya -Kisumu et Eldoret- est compromis. Donc, nous ne pouvons pas en être indifférents, que ça soit le PPRD, UDPS,… ils doivent se dire que l’insécurité en Ouganda ça nous interpelle; notre partie Est ne sera pas approvisionnée. La production de l’or par Kibali gold mining sera compromise. Nous devons intervenir. C’est comme ça».
Appel à une prise de conscience
Pendant que cet homme étale sa réflexion, l’idée que la RD-Congo est potentiellement riche mais sa population est foncièrement pauvre nous revient à l’esprit. Son discours appelle à une prise de conscience et un sursaut d’orgueil parce qu’en fait le pays a tout pour être un grand, non de par sa superficie mais par sa puissance.
«La RD-Congo est naturellement appelée, d’une part, à demeurer un important producteur et exportateur de produits miniers, un stabilisateur de l’écosystème mondial et une destination touristique de premier rang, et, d’autre part, à être un puissant exportateur des produits alimentaires issus de l’agriculture et de l’élevage, un hub sécuritaire et pour le transport aérien, ferroviaire et routier, et un puissant fournisseur d’eau douce et d’électricité d’origine hydroélectrique», martèle notre interlocuteur pour qui: «la RD-Congo doit se relever et rompre avec sa position actuelle d’un pays acculé -qui subit les événements- pour revêtir son véritable costume, celui de leader en matière de construction de la paix, de consolidation de la sécurité et de développement économique dans la région». Pour y arriver, il soutient que l’apport des Confessions religieuses sera indispensable.
Hugo Robert MABIALA

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