Politique

Le plan Boyenga pour sortir la RD-Congo de l’impasse

 
«Ce dont je suis certain, ce qu’il y aura l’alternance. Mais prenons
le temps nécessaire pour l’organiser afin qu’ellm.e soit démocratique.
C’est pourquoi j’appelle à la relance de l’initiative du dialogue
national. L’enjeu est donc historique, tant l’exaspération, le
désespoir et la colère peuvent pousser une majorité des Congolais vers
le pire. Notre pays traverse une immense crise de confiance que les
responsables politiques reçoivent de plein fouet», reconnait-il
«Comment sortir de l’impasse politique pour relancer et achever le
processus démocratique et électoral en RD-Congo: mon plan d’action
pour débloquer de manière responsable la situation politique en
RD-Congo». Voilà la contribution de Frédéric Boyenga Bofala de 52
pages publiée aux Editions Publisud à Paris en 2016. Cette brochure
est accompagnée d’une autre de 28 pages publiée aux mêmes éditions
intitulée: «Mon appel pour la mise en place de la Geronsia: un Conseil
national des anciens pour la facilitation et la coordination du Synode
national sur la relance et l’achèvement du processus démocratique et
électoral en RD-Congo». Le diagnostic de Boyenga est sans
complaisance. «Aujourd’hui notre pays traverse, sur le plan politique,
une des situations de crise les plus inquiétantes de son histoire
depuis son accession à la souveraineté, pour son avenir. Nous devons
nous regarder en face et reconnaitre que 55 ans après, notre gestion
de l’indépendance nationale acquise dans la douleur est un échec»,
note-t-il. Puis: «Nous sommes nous-mêmes nombreux à avoir éprouvé des
blessures de notre pays, à avoir connu le chagrin, la douleur des
séparations, la présence de la mort, à cause tout simplement de
l’inimitié des hommes du Congo entre eux». Il ne s’arrête pas là, il
propose que de transmettre aux générations futures non pas cette
haine, mais au contraire la chance de la réconciliation nationale
basée sur la paix durable. Pour ce faire, il s’explique: «Ainsi cette
réconciliation nationale suppose que l’on reconnaisse et assume toute
l’histoire du Congo Zaïre, indépendamment des appréciations que l’on
peut porter sur telle ou telle période. Nous devons maintenant mettre
fin à l’inconduite politique, à l’irresponsabilité, et aux mentalités
qui ont été modelées par des rapports sociaux d’une vie politique
cinquantenaire au risque que notre pays soit exposé à une disparition
pure et simple, parce que nous n’aurons pas été capables de mettre en
place un Etat capable d’assurer la cohésion sociale, le relèvement du
niveau de vie, le développement, la défense et la sûreté de notre
pays». Pour Boyenga, la voie de sortie à la crise actuelle reste le
dialogue qui puisse répondre aux impératifs d’une politique nationale
et unificatrice.
Il surnomme ce dialogue «Synode». Selon lui, la caractéristique de la
société RD-congolaise aujourd’hui est l’absence d’espoir alors que le
but de la politique est justement d’en donner un. Il avertit : «Quand
le désespoir devient mobilisateur, tout peut arriver. La question
sociale doit être au coeur du renouveau démocratique. Le progrès
démocratique conditionne le progrès social. Le progrès social
conditionne le progrès économique. Le progrès social est aujourd’hui
un préalable à tout progrès démocratique, et je dirais, puisque la
période est grave, à un sursaut national». Boyenga voudrait tant que
la prochaine élection présidentielle que d’aucuns poussent les
RD-Congolais à organiser dans la précipitation inconsidérée, soit
différente. Il estime que la politique du «ôte-toi de là pour que je
m’y mette», sans projet ni vision d’avenir pour la RD-Congo, soutenue
par certaines puissances occultes, ne répond pas aux intérêts
supérieurs du pays. Il appelle les RD-Congolais à se prononcer d’abord
sur le projet au lieu de se prononcer sur un homme soit-il
providentiel et/ou adoubé. «Qu’ils votent pour un projet, mais surtout
qu’ils votent pour le changement dans l’intérêt supérieur de la nation
et non pour chasser un homme, pour un lendemain où beaucoup serait
possible grâce à l’effort, au travail, au mérite», souhaite-t-il. Et
de poursuivre: «la politique du renouveau démocratique n’a pour moi
aucun sens si elle ne fixe pas pour but de donner un espoir à des
millions de Congolais». Ci-dessous, l’intégralité de sa réflexion sur
la révision constitutionnelle, glissement électoral, changement de
régime avec une nouvelle constitution.
Octave Mukendi
Le condensé du plan de Fréderic Boyenga
Mes chers compatriotes,
Jusqu’à ce jour, le dialogue politique tant attendu n’a pas eu lieu et
le pays est toujours dans l’impasse. Pourquoi relancer l’initiative du
dialogue politique du peuple congolais? En effet, malgré les efforts
de M. Edem Kodjo, facilitateur de l’Union africaine -UA- appuyée par
les Nations unies, pour la mise en œuvre d’un dialogue véritablement
crédible, constructif et inclusif, force est de constater que toutes
les tentatives de facilitation du dialogue entreprises par la
Communauté internationale, dans un premier temps par Monsieur
l’Ambassadeur Saïd Djinnit et reprises de manière formelle et
intensive par Monsieur Edem Kodjo, n’ont pas abouti. Il est donc
impérieux que les Congolais reprennent l’initiative sur le dialogue.
Les Congolais doivent parler aux Congolais. C’est la raison pour
laquelle je relance l’initiative du dialogue et ce, dans un cadre
strictement national. Ce sera là le teste de notre maturité politique
et le monde extérieur appréciera. Nous avons l’obligation de réussir à
remobiliser le pays autour de ce dialogue.
Quelles que soient nos rancunes, nous devons être maîtres de notre
destin. Il faut relancer le dialogue et y aller. Les Congolais doivent
parler aux Congolais. A l’heure actuelle, une inquiétude se développe
au sein de la Nation congolaise quant à l’avenir du processus
démocratique. Ce sentiment, qui se généralise, traduit une prise de
conscience croissante des conséquences tragiques d’une conflagration
qui résulterait des affrontements entre la majorité présidentielle et
l’opposition. Les hommes politiques se doivent de donner une réponse
positive aux attentes légitimes du peuple congolais. Si l’on veut
sortir de l’impasse politique et faire bouger cette société bloquée
qu’est devenue la République Démocratique du Congo, il faut absolument
secouer le carcan que font peser sur elle les ambitions légitimes mais
égoïstes.
A quelles conditions et au prix de quelles contraintes l’action
collective nationale, c’est-à-dire l’action organisée des hommes
politiques pour un dialogue national, est-elle possible pour sortir le
pays de l’impasse? La liberté des acteurs politiques pour accéder au
pouvoir est un fait, l’intérêt supérieur de la Nation en est un autre.
Comment ces deux réalités peuvent s’articuler pour définitivement
sortir le pays de l’ornière?
Je le sais, toutes les négociations ne se ressemblent pas. Il y a les
positions particulières des uns et des autres, la psychologie des
interlocuteurs, les contraintes qui pèsent sur eux. Il faut tenir
compte de tous ces paramètres si nous voulons réussir ce dialogue.
Ensuite, il faut écouter chacun, voir ce qui est possible à partir de
cette crise assez dramatique. Il faut trouver un moyen de réunir les
Congolais. L’idée pour moi c’est de faire appel aux anciens. Je suis
convaincu que nous serons bien aidés par nos anciens pour relancer
cette initiative du dialogue. Ils ont été tellement délaissés au
profit des facilitateurs extérieurs ne métrisant aucunement nos
réalités nationales, qu’ils apprécieraient qu’on leur donne un rôle à
leur mesure à jouer dans ce processus de dialogue national. Je pense
qu’ils sont capables de rassembler autour d’une même table des acteurs
aux appartenances multiples.
Je propose dans mon plan pour sortir le pays de l’impasse une
troisième voie d’action politique fondée sur un dialogue politique
ultime et éclairé que j’appelle Synode. Cette troisième voie ou voie
de la synthèse et de la réconciliation sera rendue possible par la
mise en place d’un Conseil national des anciens pour la facilitation
et la coordination du dialogue et j’invite toutes les parties
prenantes congolaises à lui apporter leur entière coopération, et la
communauté internationale de lui apporter l’assistance nécessaire.
La mise en place de la Geronsia, ce Conseil national des anciens, est
une simple réponse au principe de réalité et d’utilité que je rappelle
ici. En effet, si je loue l’action entreprise par les Nations unies,
en la personne de Monsieur l’Ambassadeur Saïd Djinnit et celle
entreprise par Monsieur Edem Kodjo dans leur tentative de faciliter le
dialogue entre Congolais, c’est parce qu’il est un principe de la
Charte de Nations unies qui veut que dans toute situation où paraît
exister une menace contre la paix, une rupture de la paix, le
Secrétaire général des Nations unies a l’obligation d’examiner
immédiatement la question afin de faire les recommandations
appropriées pour maintenir la paix ou la sécurité, et surtout dans un
pays, le nôtre, qui n’est pas encore sorti de la crise des Grands
lacs. C’est dans ce sens à mon avis qu’il faut en droit interpréter la
médiation proposée par la communauté internationale. Il me semble que
c’est une démarche préventive qui a été enclenchée : éviter qu’une
crise politique nationale ne se transforme en guerre civile à grande
échelle et ne déborde de son cadre national pour tourner en conflit
régional, je veux dire international. Il est indispensable d’empêcher
que l’impasse politique congolaise ne se transforme en conflagration
et ne dérive en un conflit dans toute l’Afrique centrale. La nature de
la médiation internationale était donc conditionnée par le but visé.
Mais, en dépit des bonnes intentions de l’UA, je crois pouvoir dire
humblement que les Congolais n’ont normalement pas besoin d’une
médiation ou d’une facilitation extérieure pour régler une crise
politique aux dimensions strictement nationales. C’est à eux qu’il
appartient de se rapprocher pour négocier un accord politique en bonne
et due forme pour sortir de l’impasse. Je rappelle que la démocratie,
la paix, la liberté, la justice ne se traitent pas par procuration :
c’est aux Congolais de si possible régler cette crise. Ce qu’il leur
faut est un cadre politique, psychologique réaliste qui permette aux
parties d’échapper à leur face-à-face stérile – un carcan diplomatique
interne qui les force à négocier utilement. C’est à ce niveau que le
rôle du Conseil national des anciens est déterminant pour la
facilitation et la coordination du Synode national en République
Démocratique du Congo. Et c’est pour parvenir à organiser ce dialogue
que je propose la mise en place de ce Conseil national des anciens, la
Geronsia.
Ce Conseil sera constitué par des personnalités d’envergure nationale,
de haute moralité ou de crédibilité incontestable, disposant d’une
expérience certaine. Parmi ces personnalités d’envergure je vois le
Cardinal Laurent Mosengwo, Monseigneur Bodho Marini, Etienne
Tshisekedi, Léon Kengo, Singa Udju, Benza Tubi, Bieme, Mongulu
Tapangane, Kilolo Musamba, Mario Philippe Losembe, Jonas Mukamba,
Bagbeni Adeito Nzengeya, Raymond Omba pene djunga, Kiakwama, Mbatsi
Mbatsi, Nyembo Shabani, Mukoko Samba, Nkema Lilo, Lunda Bululu, Mabi
Mulumba, Vunduawe tepe mako, Boboliko Lokonga, Ernest Wamba dia Wamba,
Jean de Dieu Oleko, Elikia M’Bokolo, Isidore Ndaywel è Nziem, Madame
Nzuzi wa Mbombo, Léon Engulu, Kyungu Wa Kumwanza, Madame Nlandu Kavidi
Nguz, Konde Vila Ki Kanda, Mpanu Mpanu Bibanda, Arthur Z’ahidi Ngoma,
mais la liste n’est pas exhaustive. J’en appelle à la responsabilité
de nos ainés, nos anciens. Ils doivent sortir de leur torpeur, pour
qu’ils nous guident, qu’ils nous montrent la voie qui nous permet de
sortir de l’impasse en nous facilitant le dialogue.
Ma démarche en l’espèce est supra-politique. Cette troisième voie
réunissant tous les Congolais a pour raison d’être d’atténuer
certaines attitudes contre productives d’un activisme quasi
conservateur d’une partie non négligeable de la majorité politique et
de l’actionnisme émotionnel d’une partie importante de l’opposition,
afin de remobiliser le pays pour cheminer ensemble dans un dialogue
réconciliateur pour sortir le pays de l’impasse. Ce dialogue doit
répondre aux impératifs d’une politique nationale et unificatrice.
J’ai toujours pensé que quel que soit l’enjeu que représente
l’alternance, il ne faut pas non plus plonger la République
Démocratique du Congo dans le chaos. La démocratie demeure notre
inspiration, nous ne le perdons jamais de vue mais il faut emprunter
un sentier ardu et faire attention où l’on marche. Ce dont je suis
certain, c’est qu’il y aura l’alternance. Mais prenons le temps
nécessaire pour l’organiser afin qu’elle soit démocratique. C’est
pourquoi j’appelle à la relance du dialogue national. L’enjeu est donc
historique, tant l’exaspération, le désespoir et la colère peuvent
pousser une majorité de Congolais vers le pire. Notre pays traverse
une immense crise de confiance que les responsables politiques
reçoivent de plein fouet.
La caractéristique de la société congolaise depuis une trentaine
d’années est l’absence d’espoir alors que le but de la politique est
justement d’en donner un. Depuis une trentaine d’année, tant de
Congolais ont renoncé. Renoncé à croire que demain la vie au Congo
peut être prometteuse. Renoncé à la promotion sociale pour leur
famille. Renoncé à un avenir plus heureux pour leurs enfants. J’ai
beaucoup réfléchi sur ces questions durant mon séjour à Kinshasa. Le
plus terrible c’est l’exclusion sociale, le sentiment pour bon nombre
de Congolais que, quoi que vous fassiez, où que vous soyez, vous
n’arrivez pas à vous en sortir. Prenons garde ! Quand le désespoir
devient mobilisateur tout peut arriver. La question sociale doit être
au coeur du renouveau démocratique. Le progrès social est aujourd’hui
un préalable à tout progrès démocratique, et je dirais, puisque la
période est grave, à un sursaut national.
Je voudrais tant que la prochaine élection présidentielle que d’aucuns
poussent les Congolais à organiser dans la précipitation inconsidérée,
soit différente. La politique du « ôte-toi de là pour que je m’y mette
», sans projet ni vision d’avenir pour le Congo, soutenue par
certaines puissances occultes, ne répond pas aux intérêts supérieurs
de notre pays. Que les Congolais se prononcent d’abord sur le projet
au lieu de se prononcer sur un homme soit-il providentiel et/ ou
adoubé. Qu’ils votent pour un projet, mais surtout qu’ils votent pour
le changement dans l’intérêt supérieur de la Nation et non pour
«chasser un homme», qu’ils votent pour un autre lendemain où beaucoup
serait possible grâce à l’effort, au travail, au mérite. La politique
du renouveau démocratique n’a pour moi aucun sens si elle ne se fixe
pas pour but de donner un espoir à des millions de Congolais. Le point
le plus important pour moi, c’est qu’il faut autant que possible,
lorsqu’on choisirait le Président, éliminer les éléments passionnels,
irraisonnés, accidentels. Les Congolais doivent être capables de voter
sur des idées, sur des projets, des programmes, sur de grandes
orientations avant de se prononcer sur un homme. Et si la cohésion
nationale se créait autour d’un projet mobilisateur sur la nouvelle
société congolaise? Je m’interroge. Un projet exaltant mais rassurant
élaboré sur la base des orientations et conclusions du dialogue
national ultime ?
En présentant à la Nation congolaise mon plan de relance de
l’initiative du dialogue, j’attends susciter un débat de fond sur les
objectifs et les moyens d’une action pour sortir de l’impasse,
relancer et achever le processus électoral et démocratique en
RD-Congo. Il s’agit donc, pour moi, d’un document de réflexion et
d’action destiné à l’ensemble des Congolais et surtout des décideurs
politiques, et qui s’inscrit dans la perspective même du projet global
démocratique congolais.
En présentant à la fois de nouvelles orientations générales notamment
la mise en place de la «Geronsia», un Conseil National des Anciens
pour la facilitation et la coordination du dialogue, et un plan
concret comportant une série des réformes constitutionnelles et
administratives significatives et prioritaires accompagnées d’une
méthode de travail, je suis convaincu de contribuer, pour ma faible
part, à la relance nécessaire du processus de démocratisation de notre
pays, dans une démarche inclusive et réconciliatrice.
En poursuivant l’action que j’ai entreprise du 26 janvier au 7 février
2016 à Kinshasa, je suis en effet convaincu que cette relance est
aujourd’hui une nécessité politique et un impératif pour la stabilité
de notre pays, dans la double optique de sortir le pays de l’ornière
et de l’achèvement du processus démocratique et électoral.
Mes Chers compatriotes, Peuple congolais souverain primaire et source
exclusive du pouvoir, Monsieur le Président de la République, Monsieur
le Premier Ministre et tous les membres du Gouvernement, Monsieur le
Président du Sénat, Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs de la République,
Mesdames et Messieurs de l’Opposition et de la Majorité politique,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de provinces, à toutes les
forces vives de la Nation congolaise, à vous tous, femmes et hommes de
bonne foi, aux responsables des Confessions religieuses, à toute la
jeunesse congolaise, à tous les Congolais de la diaspora, c’est dans
l’unité que nous reconstruirons et bâtirons ensemble un Congo plus
beau qu’avant au cœur de l’Afrique. Réconcilions-nous pour accomplir
notre devoir.
Vive la République Démocratique du Congo.
Frédéric BOYENGA BOFALA

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